Quels sont les événements ou les nouvelles scientifiques qui ont marqué 2016?
Une neuvième planète?
L’hypothèse a de quoi surprendre : il y aurait une neuvième planète aux confins du Système solaire. C’est ce que suggèrent des chercheurs du California Institute of Technology, dans une étude publiée en janvier 2016 et qui a fait les manchettes. Attention ! Cette planète Neuf, ou X, n’a jamais été observée. Mais son existence titille les astronomes depuis longtemps, en raison d’anomalies observées dans les orbites des corps célestes situés dans la ceinture de Kuiper, au-delà de l’orbite de Neptune. Les deux chercheurs américains ont repris tous les calculs à partir de six de ces objets dont les orbites sont situées sur un même plan et « pointent » dans la même direction. Selon eux, ces trajectoires bizarres sont dues à la présence d’une planète gazeuse géante (au moins 10 fois la masse de la Terre) et très lointaine (200 à 1 200 fois plus éloignée du Soleil que la Terre). D’autres explications ont toutefois été avancées par des critiques. À quand l’observation directe ?
Un premier essai clinique avec CRISPR

Avec CRISPR, les choses vont vite ! Moins de cinq ans après sa découverte, cette technique révolutionnaire, qui permet de modifier les gènes avec précision, fait l’objet d’un essai clinique lancé au mois de novembre en Chine. Le but ? Utiliser ces « ciseaux » génétiques (voir notre article complet sur le sujet) pour modifier des cellules immunitaires de patients atteints de cancer du poumon. Les cellules, rendues plus agressives contre les tumeurs, seront ensuite réinjectées aux malades. Un essai similaire devrait débuter en 2017 aux États-Unis.
L’année 2016 aura vraisemblablement été la plus chaude jamais enregistrée, selon la NASA. Pour leur part, 2015 et 2014 suivent tout juste derrière. À moins d’un revirement climatique spectaculaire, on n’a pas fini de battre des records.
Zika gagne du terrain
Transmis par des moustiques (mais aussi par voie sexuelle), le virus Zika a fait parler de lui cette année, au point d’être qualifié d’urgence de santé publique par l’Organisation mondiale de la santé en février 2016.
Ce statut a été retiré en novembre, mais la situation reste préoccupante : l’épidémie, qui avait débuté
au Brésil en 2015, a touché 73 pays et 23 d’entre eux (dont les États-Unis et le Canada) ont rapporté des cas de microcéphalies et de syndrome de Guillain-Barré, potentiellement liés à l’infection.
De nombreuses incertitudes scientifiques subsistent : combien de personnes ont été infectées ? À quelle fréquence surviennent les complications ? Combien de temps le virus persiste-t-il dans le sang ou le sperme ? Les recherches se poursuivent, alors qu’un vaccin est en cours d’essai clinique, piloté entre autres par l’Université Laval, et qu’un premier test de diagnostic rapide devrait être disponible sous peu.
Le cerveau se dévoile
Dans ses plis et replis, le cerveau possède plus de 180 zones distinctes, selon une équipe de chercheurs. C’est 100 de plus que ce que l’on croyait auparavant! Les scientifiques ont étudié le cortex cérébral de 210 personnes à l’aide de l’imagerie par résonnance magnétique. Un algorithme s’est chargé de faire des liens entre toutes ces données et a identifié les 180 zones corticales illustrées ci-dessous.
Changer le CO2 en pierre
Prélever du gaz carbonique dans l’air et le séquestrer dans le sol : voilà sur quoi planchent de nombreux scientifiques pour freiner le réchauffement climatique. Jusqu’ici, les tentatives, menées dans des roches sédimentaires, ont été peu concluantes, en raison des coûts astronomiques et des fuites inévitables. Mais une découverte faite en juin dernier par des chercheurs islandais pourrait changer la donne. Alors qu’ils avaient injecté 220 tonnes de CO2 dans du basalte (une roche volcanique) à plus de 400 m sous terre en 2012, ils ont constaté que près de 95 % du gaz avait réagi chimiquement pour former des minéraux et de la calcite. Autrement dit, il s’est emprisonné définitivement dans la roche. Une solution durable ?
Il était temps!
Cent ans après qu’Einstein eut théorisé l’existence des ondes gravitationnelles, une équipe internationale de chercheurs a annoncé en février 2016 les avoir détectées pour la première fois. Ces ondulations dans l’espace-temps sont causées par des événements forts en énergie. Le premier cas observé par des chercheurs de l’expérience LIGO (pour Laser Interferometer Gravitational-Wave Observatory) résulte de la fusion de deux trous noirs, survenue il y a 1,3 milliard d’années.
L’impact a été si violent que l’espace-temps autour a été déformé et la secousse continue de se propager dans l’Univers comme une vague. Elle vient de nous arriver.
Pour la détecter, l’équipe a utilisé deux interféromètres ultra précis positionnés à 3 000 km l’un de l’autre, aux États-Unis. Elle a fait circuler de la lumière dans ces appareils munis de deux tunnels perpendiculaires de 4 km de long. Si une onde gravitationnelle en traverse un, la lumière mettra plus ou moins de temps à parcourir l’un des bras. Les deux interféromètres ont justement perçu un tel décalage, à 7 millisecondes d’intervalle.
Le flop de l’année
« Une révolution », « le début d’une nouvelle physique », « la plus grande découverte depuis un siècle »… C’est ce à quoi s’attendaient les physiciens du CERN (Conseil européen pour la recherche nucléaire), début 2016, alors que les expériences menées au Grand collisionneur de hadrons laissaient entrevoir l’existence d’une nouvelle particule, non décrite par le modèle sur lequel repose toute la physique actuelle. L’enthousiasme a donné lieu à la publication de quelque 500 articles, spéculant sur les conséquences de la découverte de la « particule X ». Mais voilà : ce qui devait être confirmé en août grâce à de nouvelles données s’est avéré un flop total. Le boson n’était en fait qu’un mirage, une anomalie sans intérêt. Depuis, les physiciens dépriment.
La communauté scientifique des États-Unis imagine le pire depuis l’élection de Donald Trump. Plus de 2300 scientifiques, dont 22 prix Nobel, l’ont appelé à respecter la science dans une lettre ouverte. Pour rappel, voir ses positions sur quelques sujets scientifiques.