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Pour gagner son auréole, le Frère André a dû accomplir deux miracles validés par les savants du Vatican. Notre journaliste s’est rendue à Rome afin de comprendre comment on fabrique les saints.

Le frère André est devenu le deuxième saint québécois. Photo: Les archives de l’Oratoire Saint-Joseph
La place Saint-Pierre, c’est trop. Trop monumental, avec ses 140 statues de saints qui vous regardent de haut. Trop imposant, presque oppressant, avec sa double colonnade qui s’ouvre puis se referme comme deux bras enserrant la foule. Une foule trop dense qui joue trop du coude pour photographier trop d’opulence. Alfred Bessette lui-même aurait sûrement trouvé le site trop grandiose pour l’humble portier qu’il était. «Ce n’est pas moi qui guéris, c’est saint Joseph», répétait-il bien après être devenu le frère André. Le 17 octobre prochain, il sera pourtant canonisé à son tour sur cette imposante place Saint-Pierre, rejoignant ainsi saint Joseph.
Il aura fallu plus de 70 ans de démarches acharnées aux frères de Sainte-Croix avant de décrocher le laissez-passer pour la sainteté du frère André. Deux guérisons miraculeuses permettront bientôt aux catholiques d’invoquer saint frère André: il y a celle de Joseph Audino, un homme d’affaires de Rochester, dans l’État de New York, atteint d’un cancer du foie, en 1958. En 1990, le frère André aurait aussi guéri un enfant de 10 ans – dont la famille souhaite préserver l’anonymat – plongé dans un coma «irréversible» après avoir été happé par une voiture alors qu’il circulait à vélo. Ces deux guérisons ont été scrutées à la loupe par le Vatican avant de se mériter l’appellation miracoloso.
Étonnamment, c’est la science, beaucoup plus que l’illumination du Saint-Esprit, qui guide le processus. Ainsi, sans le savoir, la docteure Jacalyn Duffin a participé à la «fabrication» de la première sainte québécoise : Marguerite d’Youville. Vingt ans après, cette hématologue, aujourd’hui titulaire de la chaire Hannah en histoire de la médecine à l’université Queen’s, à Kingston, en Ontario, se souvient encore des longues heures passées au microscope, à observer les échantillons de moelle osseuse de la mystérieuse patiente L.N., dont les initiales étaient gravées sur chaque plaque. «C’est tout ce que je savais d’elle, et aussi qu’elle était une femme, à cause des traces de chromosomes X qui subsistaient dans les rares cellules normales. »
Elle ne savait rien – c’était voulu – mais a vite déduit que la patiente était déjà morte. Car la mince tache rouge sur fond bleuté ne mentait pas : un corps d’Auer, signe indéniable d’une leucémie agressive.
Sur les tranches suivantes, le tableau changeait du tout au tout. Une modification radicale dans la forme des cellules, témoignant d’un traitement de chimiothérapie. Puis, la rémission : moins de 5% de cellules anormales. Enfin, le retour des cellules leucémiques envahies de corps d’Auer, l’empreinte de la rechute fatale.
«À ce moment, je me suis dit, c’est certain, elle est morte; il était impensable de survivre après une rémission aussi courte.» Quelques jours plus tard, dans un couloir d’hôpital, la collègue ayant sollicité son expertise lui apprenait que la «patiente-certainement-morte» était en fait toujours vivante : «C’est un miracle!» Neuf ans après le diagnostic de leucémie aiguë, une première rémission et une rechute, Lise Normand (la fameuse L.N.), défiant tous les pronostics, se portait à merveille.
Le rapport de Jacalyn Duffin a été envoyé au Vatican. Elle a témoigné de son incapacité à expliquer cette guérison scientifiquement devant un tribunal ecclésiastique. Invitée à Rome le jour de la canonisation de Marguerite d’Youville, on lui a remis un volumineux livre rouge, dont le titre était gravé en lettres dorées: Positio Super Miraculo. L’ouvrage contenait toute la documentation sur «sa» miraculée : les dossiers de l’Hôpital Général d’Ottawa, des témoignages, des articles scientifiques… «J’ai alors réalisé qu’il existait un rapport comme celui-là pour chaque miracle reconnu par le Vatican.»
L’hématologue s’est rendue sur place afin de découvrir l’histoire qui se cache derrière ces miracles. Dans les profondeurs des Archives Secrètes Vaticanes, elle a parcouru plus de 1 400 rapports d’investigation, retraçant les miracles et les canonisations dont la plus ancienne remontait à 1588. «Un des rapports faisait un mètre d’épaisseur!» On lui a même remis par erreur le dossier d’un des miracles du frère André… qu’elle a aussitôt rendu, puisque les documents relatifs aux six dernières papautés – de 1939 à aujourd’hui – doivent rester secrets.
Ce rigoureux travail d’analyse a mené à la publication du livre Medical Miracles : Doctors, Saints and Healing in the Modern World (Oxford University Press, 2009). On y découvre entre autres que la tuberculose est la maladie la plus «miracurable», bien que les progrès de la médecine l’aient complètement fait disparaître des archives du Vatican à partir des années 1970. Faut-il s’étonner de n’y retrouver aucun miraculé du sida? Même les maladies vénériennes (huit cas miraculeusement guéris) ne sont jamais explicitement nommées. Jacalyn Duffin a pourtant bel et bien identifié les signes de la syphilis et de la gonorrhée.
Lorsqu’on lui demande si elle croit aux miracles, elle n’hésite pas longtemps: «Un miracle est quelque chose qui dépasse nos attentes, qui défie les lois construites par l’humain pour identifier, étiqueter, comprendre ce qu’il vit.» Alors oui, elle croit aux miracles et affirme du même souffle ne pas croire en Dieu. C’est l’une des premières choses qu’elle a dites aux sœurs grises le jour où elles sont venues solliciter son témoignage. Ce qui ne les a nullement offensées. «Elles ne me demandaient pas de faire une profession de foi, ni même de témoigner d’un miracle, mais sollicitaient simplement mon opinion de scientifique.»
De toute cette expérience, c’est ce qui semble avoir le plus frappé Jacalyn Duffin: l’effort déployé par l’Église pour éviter la pensée magique. «La religion est beaucoup plus ouverte à la science que la science ne l’est à la religion», dit-elle.

À gauche, la chercheuse Jacalyn Duffin, plongée dans les dossiers de la bibliothèque de l’Académie de médecine de New York. À droite, avec mère Sonia Sapena, chercheuse elle aussi, devant la porte des Archives Secrètes Vaticanes. Photo: Robert David Wolfe
Imposant dans sa longue robe noire ceinturée de rouge, bien assis dans un fauteuil de velours tout aussi rouge – cardinal? –, il rappelle d’emblée que Galilée, entre autres scientifiques, était aussi un «bon catholique». «Les scientifiques, qu’ils soient croyants ou non, étudient les lois faites par Dieu.» Des expressions comme rigoroso, serio, approcio scientifico reviennent en boucle lorsqu’il détaille le processus menant à la canonisation. Un processus qui, dans les instants décisifs, relève plutôt du procès : le postulateur de la cause tente de convaincre les membres de la Congrégation que l’aspirant saint est digne d’être canonisé, tandis que le promoteur de justice – qu’on appelait jadis avocat du diable – plaide l’inverse.
«Plus de 2 200 causes attendent présentement d’être analysées dans les archives de la Congrégation», souligne celui qui, selon ses propres dires, a «très certainement» vu un jour où l’autre passer le dossier du frère André. Lorsque vient le temps de lui soutirer quelques détails, il assure toutefois ne pas se souvenir de ce cas en particulier. Son éminence se bornera à dire que, comme pour tous les saints, le processus rigoroso et serio du Vatican, ainsi que la série d’experts indépendants très scientifico consultés, en sont venus à la conclusion que deux guérisons « inexplicables par la science, instantanées, complètes et durables» sont bel et bien attribuables au frère André, après sa mort. Après sa mort, ce qui exclut les célèbres guérisons dues aux frictions à l’huile de saint Joseph – ses prouesses de «vieux frotteux», comme le surnommaient ses détracteurs, ne comptent pas aux yeux du Vatican. On s’en tient aux miracles post mortem «qui sont le sceau par lequel Dieu garantit que le saint est auprès de lui, en communion».
Miracles ou coïncidences?
Si le Vatican a ses positio super miraculo, la littérature scientifique répertorie elle aussi plusieurs guérisons inexplicables, qui à défaut d’être instantanées, sont néanmoins complètes et durables. Il suffit d’entrer les termes «spontaneous AND remission» sur le site PubMed pour obtenir plus de 16 000 résultats. Surprenant? Pas tant que ça, si on en croit le sociologue Gérald Bronner, spécialiste des croyances et professeur à l’Université de Strasbourg. «Le miraculeux devient la norme quand on évalue des millions de cas.»
Si des millions de personnes se frottent à l’huile, quelques-unes d’entre elles guériront. Si des millions de personnes prient, quelques-unes d’entre elles guériront. Si des millions de personnes regardent la télé depuis leur lit d’hôpital, quelques-unes d’entre elles guériront. Tout comme il y a des gens qui se font frapper par la foudre, naissent avec six orteils ou gagnent à la loterie.
Dans son livre Coïncidences : nos représentations du hasard (Vuibert, 2007), Gerald Bronner a voulu comparer les miracles de Lourdes, un des sites de pèlerinage catholique les plus populaires au monde, aux «miracles» qui surviennent en milieu hospitalier. «Plus de six millions de pèlerins se rendent chaque année à Lourdes, mais seulement 67 guérisons miraculeuses y ont été officialisées par le Vatican en 150 ans.» Le taux de succès y est donc infiniment faible.
Bien sûr, il faut tenir compte du fait qu’il y avait moins de six millions de pèlerins les premières années. Que certains s’y rendent à plusieurs reprises. Et surtout, que tous n’y vont pas dans la quête d’une guérison – on parle plutôt de 60 000 malades et invalides par année. Même en prenant tous ces facteurs en considération, la comparaison avec 1 500 cas de rémissions spontanées en milieu hospitalier (répertoriées dans l’ouvrage Spontaneous Remission : An Annotated Bibliography, par Brendan O’Reagan et Caryle Hirshberg), portent le sociologue à croire que « Dieu pointe le doigt aussi souvent dans les hôpitaux qu’à Lourdes». Et, selon la même logique, aussi souvent qu’à l’oratoire Saint-Joseph, au Vatican et autres sites de pèlerinage, où il ne se produirait pas plus de miracles qu’en milieu hospitalier, « soit environ un sur 350 000» . Mais les gens veulent croire aux miracles, poursuit-il, car « toute croyance est un anxiolytique, et rend ainsi un service que la science ne peut rendre».
Dans l’humide silence des grottes vaticanes, où reposent les tombeaux des papes, sous la basilique Saint-Pierre, cette volonté de croire est palpable. Particulièrement devant la sépulture de Jean-Paul II, qui côtoiera le frère André au royaume des saints aussitôt que le Vatican lui reconnaîtra ses deux miracles. Plusieurs pèlerins défilent, sans doute, justement, dans l’attente d’un miracle.
Que pourrait bien demander d’autre la vieille dame qui dépose au sol une lettre adressée à « Jan Pavel II»? L’enveloppe se perd dans une montagne de lettres, de roses et de chapelets. Mais ce sont les photos d’enfants qui attirent instantanément le regard. On voudrait que cette petite fille avec des tresses soit LA une-sur-trois-cent-cinquante-mille. Par la grâce de Dieu, par la grâce de Jean- Paul II, par la grâce de la loi des probabilités, peu importe. On voudrait que toutes les prières soient entendues. Même le plus impie des athées ne peut rester insensible devant l’ultime espoir des désespérés.

Cellules leucémiques. Image: Wikimedia Commons
L’espoir, le docteur Claude Perreault doit constamment l’entretenir chez ses patients, sans trop l’attiser et sans jamais le laisser complètement mourir. Jusqu’au jour où la mort elle-même est inévitable. Hématologue et professeur titulaire à l’Institut de recherche en immunologie et en cancérologie, à Montréal, il n’a jamais été témoin d’une guérison miraculeuse. Même si les sœurs grises auraient bien aimé qu’il aille soutenir l’inverse, à Rome. «On a voulu utiliser un de mes patients dans la cause de la canonisation de notre première sainte; quel est son nom, déjà?»
Contrairement à la docteure Duffin, le docteur Perreault, qui porte fièrement dans sa poche sa carte des sceptiques du Québec, ne se sentait « pas du tout à l’aise» à l’idée d’aller témoigner de la guérison de cet enfant-bulle aux défenses immunitaires quasi inexistantes, il y a de cela plus de 20 ans. La mère de l’enfant, très pieuse, attribuait le miracle aux prières incessantes qu’elle adressait à Marguerite d’Youville. « Mais je vous jure qu’il n’y avait aucun miracle là-dedans!» Selon lui, la guérison, inattendue, certes, était plutôt attribuable à une transplantation de moelle osseuse provenant de la jeune sœur du patient, l’une des premières interventions du genre. Contre toute attente, le traitement a fonctionné, et le « miraculé» se porte aujourd’hui très bien.
« Rien d’autre que ça!» insiste celui qui a lui-même réalisé la première transplantation de moelle osseuse au Québec. Claude Perreault ne nie cependant pas les authentiques cas de rémissions spontanées qui surviennent chez les patients atteints de cancer : « On ne peut pas prétendre le contraire, ça existe. Maintenant, on parle d’environ 1 cas sur 100 000.» N’ayant pas encore soigné son 100 000e patient, il ne perd pas l’espoir d’assister à l’une de ces spectaculaires rémissions un jour. D’ici là, il consacre ses énergies à comprendre le suspect numéro un lorsque vient le temps d’expliquer ces guérisons inattendues : le système immunitaire. « Je ne vois pas d’autre explication possible.»
Le système immunitaire à la rescousse
À la fin du XIXe siècle, à New York, le chirurgien William Coley ne voyait pas non plus d’autre explication possible derrière la guérison de Fred Stein, atteint d’un sarcome de la joue. Après quatre opérations infructueuses et une infection cutanée post-opératoire, les médecins avaient abandonné tout espoir de guérison pour cet immigrant allemand. Il s’est pourtant mis à aller de mieux en mieux. Et a obtenu son congé de l’hôpital après quelques mois. Un détail a tout particulièrement attiré l’attention de Coley lorsqu’il s’est intéressé à ce cas : l’infection postopératoire. Se pourrait-il qu’un système de défense encore bien mal compris à l’époque, déployant la grande artillerie pour combattre les microbes responsables de l’infection, combatte du même coup le cancer? Une quarantaine de cas semblables ont fini par convaincre Coley que oui.
Pour en avoir le cœur net, il a créé un foyer d’infection chez des patients à l’aide de cultures bactériennes, provoquant des fièvres carabinées chez plusieurs cancéreux, avec des résultats spectaculaires allant de la rémission totale à… la mort. Jusqu’à la fin de sa vie, il a perfectionné un cocktail de toxines qui a même été commercialisé par Parke-Davis, pionnier de l’industrie pharmaceutique aux États-Unis. Aujourd’hui, la piste de l’infection « miraculeuse», ou à tout le moins l’infection qui soigne, intrigue encore bien des chercheurs. Une poignée de publications scientifiques mettent en lumière une corrélation entre les maladies infectieuses et les rémissions spontanées.
Le docteur Perreault consacre ses énergies à comprendre le suspect numéro un lorsque vient le temps d’expliquer les guérisons inattendues: le système immunitaire. «Je ne vois pas d’autre explication possible»
Aurait-on plus de chances de guérir en tombant malade qu’en priant ? Claude Perreault, convaincu que «le taux de succès d’à peu près n’importe quoi surpasse celui de la prière», souligne néanmoins que la très grande majorité des infections causent plus de tort que de bien. «De nombreux médecins ont rendu leurs patients encore plus malades en essayant toutes sortes de traitements atypiques; il faut néanmoins vraiment aller voir ce qu’il y a de bon là-dedans!»
Car c’est après tout l’une des fonctions premières de notre système immunitaire : combattre le cancer. Combattre LES cancers qui se forment dans le corps, de la naissance à la mort. Chez tout le monde, sans exception, comme se plaît à me le rappeler Réjean Lapointe, chercheur en immuno-oncologie humaine au Centre hospitalier de l’Université de Montréal : «Vous êtes pleine de cellules cancéreuses qui, fort heureusement, s’élimineront d’elles-mêmes.» Il est persuadé qu’il se produit beaucoup plus de «miracles» que ne le rapporte la littérature scientifique. «Des rémissions spontanées dont nous n’avons même pas conscience, précise-t-il, car les tumeurs régressent avant d’avoir été diagnostiquées.»
Pourquoi le système immunitaire provoquerait-il ces petits miracles chez certains individus et pas chez les autres ? Réjean Lapointe aimerait bien le savoir. Chose certaine, quand il observe une tumeur au microscope, c’est «un gros party immunologique» qui se déroule sous ses yeux. Des cellules cancéreuses à profusion, et aussi, dans le même amas, des cellules dendritiques, stomales et immunosuppressives.
Mais les invités les plus inattendus sont les lymphocytes T. «On les retrouve en abondance dans plusieurs tumeurs, alors qu’ils ont normalement la capacité de les combattre. Pourquoi se font-ils ainsi endormir chez les personnes qui développent un cancer?» La seule certitude qu’il a pour l’instant, c’est que les cellules cancéreuses ont développé au cours de l’évolution la capacité de neutraliser les lymphocytes T. Quelques rares privilégiés auraient-ils bénéficié d’une pression évolutive favorisant de nouvelles contre-attaques de leur armée immunitaire? «C’est bien possible», dit Réjean Lapointe, qui aimerait pouvoir réunir dans ses labos un échantillon d’une vingtaine de «miraculés». «Il y aurait là un paquet de trucs à explorer d’un point de vue immunologique.»
D’autant que nos défenses immunitaires semblent façonnées non seulement par des millions d’années d’évolution, mais aussi par le plus insidieux fléau de notre époque : le stress. «On découvre de plus en plus de liens entre le système nerveux et le système immunitaire, c’est indéniable», dit Réjean Lapointe. De là à joindre les rangs des apôtres de la pensée positive, à déclarer la guerre aux «conflits refoulés» qui nourriraient les cancers, il n’y a qu’un pas… qu’il se refuse catégoriquement à franchir.
Claude Perreault est encore plus virulent à la simple évocation de cette religion de l’attitude positive. « C’est un des concepts les plus culpabilisants qui soit: la tumeur s’en fiche pas mal, de notre état d’esprit.» Souvent par contre, souligne-t-il, la pensée positive et ses dérivés ésotériques peuvent entraîner des changements avantageux dans le mode de vie qui vont faire une certaine différence : on s’alimente mieux, on fait de l’exercice, etc.
À ses étudiants tout fiers de recevoir leur diplôme, il dit toujours : « Cinquante pour cent des choses que vous avez apprises sont fausses. Mais vous ne savez pas quelle moitié, parce que ce ne sera démontré que dans plusieurs années. » Et c’est ainsi que la science progresse.
Tout le contraire de la religion, pas trop versée dans la notion du progrès par l’erreur…
Pas trop versée dans la notion du progrès tout court, à en croire la réponse que donnera le cardinal Saraiva Martins à LA question qu’il était impensable de ne pas poser : Votre éminence, révoque-t-on la sainteté si on finit par trouver une explication 30, 40, 50 ans après le miracle? Qu’arrive-t-il le jour où la science explique l’inexplicable?
Le cardinal rigole, hésite, élude un peu, digresse beaucoup… S’attarde longuement au cas d’un enfant diabétique dont le Vatican cherche encore à savoir, avec tout plein de rigueur et de sérieux s’il a été guéri ou non par les petits bergers de Fatima. Et finit enfin par conclure avec une parole d’évangile de son cru : «Si la science ne peut pas expliquer une guérison aujourd’hui, il en sera de même dans 50 ans…»
Amen.