La brutalité symbolique peut aussi permettre d’apprivoiser celle du monde réel.
Des dizaines d’études ont conclu que la violence vue à la télévision et dans les jeux vidéo pouvait amener les enfants à utiliser leurs poings. En mai 2009, cependant, le chercheur états-unien Christopher Ferguson a publié dans The Journal of Pediatrics une vaste analyse aux conclusions différentes. En passant en revue 25 de ces études, ayant porté sur plus de 12 000 sujets (adultes et enfants), il en a déduit qu’elles souffraient d’un biais méthodologique. Elles avaient été réalisées auprès de personnes déjà portées à la violence, en raison de leurs modèles familiaux et d’un manque de repères sociaux ainsi que psychologiques.

«Les images ne rendent pas tous les enfants violents, mais elles peuvent rendre plus violents ceux qui ont tendance à l’être», résume le psychiatre Serge Tisseron, auteur du livre Faut-il interdire les écrans aux enfants?.
Au terme d’une étude auprès de 200 jeunes de 11 à 13 ans, il a aussi démontré que les images ont un impact différent selon les enfants. Certains s’identifient aux agresseurs, mais d’autres se reconnaissent dans les victimes et finissent par considérer les coups et les menaces comme une fatalité. Enfin, une troisième catégorie réagit en cherchant à réduire la violence : ils valorisent la solidarité et l’empathie.
Serge Tisseron a noté le même phénomène chez les tout jeunes: comme ils ressentent des émotions intenses en regardant la télévision, mais qu’ils ne comprennent pas bien l’intrigue, ils s’accrochent au personnage dont ils se sentent le plus proche et ils s’identifient à lui de façon exclusive, au lieu d’apprendre à jouer tous les rôles comme dans des jeux spontanés.
Cela dit, il n’est peut-être pas nécessaire de cacher toute violence. Les jeux des enfants en contiennent depuis toujours, tient à préciser Serge Tisseron. Voir sur un écran un bonhomme en LEGO qui se disloque (comme dans LEGO Star Wars), ce n’est pas nécessairement pire que de démolir ses propres constructions. La violence, quand elle est symbolique plutôt que représentée de façon réaliste, peut être une façon d’apprivoiser la brutalité du monde réel. Pour plusieurs enfants, le téléjournal est d’ailleurs bien plus perturbant que la fiction.
Le rôle du parent, autant devant la télé que les jeux est de commenter les images, valoriser les personnages qui portent secours, demander à l’enfant ce qu’il en pense. Et de respecter la signalétique indiquant l’âge approprié pour regarder un film ou jouer à un jeu vidéo (voir l’article La tablette dès 18 mois?).