Plusieurs femmes enceintes ayant passé le test de dépistage du diabète de grossesse au Québec depuis mars 2017 pourraient avoir reçu un résultat faussement négatif. Autrement dit, elles pourraient être diabétiques et ne pas avoir été diagnostiquées!
C’est ce qu’annonce Santé Canada, qui a rappelé six lots de Jamp-Glucose, un « jus » sucré qui est utilisé pour le dépistage de cette maladie entre la 24e et la 28e semaine de grossesse. Le rappel date du 7 juin 2018.
« Jamp Pharma Corporation, en consultation avec Santé Canada, a volontairement rappelé six lots de Jamp-Glucose 50 et de Jamp-Glucose 75 car ils contiennent jusqu’à 5 fois moins de D-glucose que la quantité déclarée sur les étiquettes ce qui pourrait potentiellement conduire à des faux négatifs. Chez les femmes enceintes, les résultats faussement négatifs peuvent conduire à un diabète gestationnel non diagnostiqué », indique le site de Santé Canada.
Le diabète gestationnel, qui touche environ 7 à 9% des femmes enceintes au Québec, se caractérise par un taux de glucose trop élevé dans le sang.
S’il n’est pas pris en charge (soit par des mesures alimentaires soit par un traitement à l’insuline), le diabète gestationnel entraîne une augmentation du risque de complications pour la mère et l’enfant : prévalence plus élevée de prééclampsie, de césariennes, de dystocie des épaules, et de macrosomie (poids de naissance trop élevé pour le bébé).
Pour l’instant, on ne connait pas l’ampleur des éventuelles erreurs diagnostiques. Ce qu’on sait, c’est que chaque lot représente environ 30 000 unités, et qu’ils ont été distribués dans tout le Canada, depuis mars 2017.
«Tous les produits en circulation sont retirés immédiatement, et les hôpitaux vont contacter certaines patientes pour refaire des tests. Cependant, c’est difficile d’évaluer combien de diagnostics auraient pu être faussés. On estime que ça pourrait concerner environ 10 000 femmes au Canada», a expliqué à Québec Science Patrick Faubert, directeur du marketing et des communications de Jamp Pharma Corporation, qui distribue le produit (mais ne le fabrique pas).
Du côté de Santé Canada, on ne peut pas non plus estimer le nombre de femmes concernées. «Les professionnels de la santé ont été avisés et c’est leur responsabilité de refaire passer des tests si nécessaire», explique Félix Fontaine, au service clientèle de Santé Canada.
Comment se déroule le test?
Un test de dépistage du diabète est recommandé chez toutes les femmes enceintes, entre la 24e et la 28e semaine de grossesse. Pour certaines femmes à risque, le test peut être fait plus tôt.
Le test consiste à faire boire à la femme un « jus » contenant 50 g de glucose, puis à mesurer sa glycémie une heure après.
Si le résultat est inférieur à 7,8 mmol/L, le test est normal. Au-dessus de ce seuil, il y a un risque de diabète, car l’organisme a de la difficulté à faire baisser suffisamment le taux de glucose présent dans le sang. Dans ce cas, un second test est effectué : un test d’hyperglycémie orale provoquée (HGPO).
Il consiste en l’ingestion d’un liquide sucré du même type, contenant cette fois 75 g de glucose, suivie de plusieurs mesures de glycémie.
Quels sont les produits rappelés?
Les produits rappelés sont les « jus » distribués par la compagnie Jamp Pharma. Il s’agit de 6 lots de solution sucrée contenant 50g ou 75g de glucose.
Les lots affectés ont été retirés du marché car ils contiennent une quantité de D-glucose jusqu’à 5 fois inférieure à celle déclarée sur les étiquettes. La cause de la faible teneur en glucose de ces lots est à l’étude. C’est lors d’un contrôle aléatoire des lots que le distributeur s’est aperçu du problème.
Que faire si vous avez passé récemment un test de dépistage du diabète gestationnel?
Santé Canada demande aux professionnels de la santé de contacter les patientes qui ont obtenu un résultat négatif lors d’un test de dépistage du diabète ou d’un test d’hyperglycémie orale provoquée (HPGO) et considérer répéter le test ou utiliser une méthode alternative de diagnostic du diabète.
Quelles sont les conséquences potentielles pour la mère et l’enfant?
Outre les risques à court terme pour le bébé (poids de naissance trop élevé), « on sait que les enfants dont les mères ont eu du diabète pendant la grossesse ont plus de risques d’être obèses en grandissant. Cela peut donc très dommageable, d’autant que c’est une maladie que l’on sait traiter», commente Évelyne Rey, spécialiste en médecine interne obstétricale et gynécologique au CHU Sainte-Justine.
De plus, les femmes ayant eu un diabète gestationnel ont un risque important de développer un diabète de type 2 dans les années suivant la grossesse.
« Normalement, ces femmes-là doivent passer un test de contrôle dans les mois qui suivent l’accouchement, et des tests réguliers tous les 2 à 3 ans », ajoute-t-elle, précisant qu’elle ne sait pas si c’est ce produit qui est utilisé à Sainte-Justine.