Article publié avec le reportage: 1,2,3… bébés
La ménopause n’existe que chez l’être humain, et pas chez les autres mammifères. Il y a certainement une raison évolutive à cela, croit Marc-André Sirard du Centre de recherche en biologie de la reproduction, à l’Université Laval.
Élever un petit humain exige tellement de temps et de ressources que la mère a tout intérêt à cesser d’avoir des rejetons à un certain âge pour prendre soin de ceux qui sont déjà nés. Les ovaires seraient donc programmés pour donner des ovules de qualité moindre à mesure que les années passent. Ces ovules médiocres engendrent des embryons non viables ou présentant des défauts majeurs, tels que des chromosomes en moins ou en trop, ce qui cause des handicaps comme la trisomie.
Stimuler les ovaires avec des hormones, au moment même où ceux-ci considèrent qu’ils ont assez donné – tel qu’on le fait en procréation assistée – n’arrange probablement pas les choses. «Chez les animaux, en tout cas, la stimulation ovarienne diminue la qualité des embryons», souligne Marc-André Sirard. Reste à prouver que les ovaires se rebiffent de la même manière chez l’humain.
Quand on observe au microscope des ovules âgés, on s’aperçoit que ces grosses cellules, habituellement lisses, présentent une surface parsemée de crevasses. Les embryons que l’on réussit à obtenir à partir de ces ovules sont à l’avenant: leur division cellulaire semble un peu chaotique; ils sont asymétriques et montrent des altérations. «La science a des outils pour permettre la maternité à 40 ans. Mais je crois qu’il vaut mieux promouvoir la maternité dans la vingtaine que de soigner l’infertilité dans la trentaine! dit Marc-André Sirard. Il faut se demander ce qu’on veut comme société: créer des conditions propices pour que les femmes puissent avoir leurs enfants plus tôt, ou dépenser des millions pour les aider à en faire plus tard.»