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Pourquoi se met-on à acheter des objets anciens, lourds, au rendu modeste, comme des Walkman et des Polaroids, alors que notre monde est rempli d’objets techno au design moderne, légers, qui rentrent dans les poches de nos jeans moulants et compatibles avec toutes nos autres bébelles électroniques?
Je suis entrée dans une brocante l’autre jour et j’y ai vu un Walkman jaune. C’était « mon » Walkman jaune ! Celui de mon enfance, celui dans lequel on insérait des cassettes, celui qu’il fallait ouvrir pour retourner la cassette afin d’en écouter la face B. Mon cœur s’est un peu serré. J’ai repensé à cette époque simple où il y avait peu de technologie et où tout semblait mieux. Suis-je la seule à avoir un penchant pour la techno rétro ?
Les ventes de vinyles ont connu une croissance de près de 12 % en 2018, avec quelque 10 millions d’unités écoulées. Au Royaume-Uni, il s’est vendu plus de cassettes en 2018 que dans les 10 années précédentes. Les consoles de jeux vidéos rétro ont également fait leur grand retour. Et il y a quelques mois, Polaroid a sorti un nouvel appareil photo, le Polaroid Originals OneStep+, qui sous son apparence ultra vintage peut être connecté à un téléphone intelligent.
Mais pourquoi se met-on à acheter des objets passés de mode, lourds, au rendu modeste et difficiles à trouver alors que notre monde est rempli d’articles technologiques légers, au design moderne, qui rentrent dans les poches de nos jeans moulants et qui sont compatibles avec tous nos autres objets électroniques ?
Tout d’abord, il y a la facilité : ces objets rétro se réparent pratiquement en deux coups de cuillère à pot. En revanche, avez-vous déjà tenté de faire de même avec un téléphone intelligent ? Ces appareils sont devenus des miniordinateurs dont la complexité demande une expertise particulière. Je me souviens cependant d’une époque où l’on pouvait soi-même ouvrir un appareil, comprendre le bris, changer la pièce et c’était reparti pour 10 ans ! Je ne m’étends même pas sur le fait que c’est plus écologique de réparer un objet que de s’en départir.
Puis, il y a la longévité. N’est-il pas rassurant de tomber, 33 ans après sa sortie, sur un Amiga 500 ? Ça me donne une impression de continuité et de stabilité à une époque où l’obsolescence programmée est devenue la norme. Si un ordinateur de cette époque peut survivre si longtemps, ce doit être en raison de sa bonne qualité − et je me dois donc de le posséder.
Enfin, consommer du rétro, c’est consommer du « vrai ». Ces cassettes sont tangibles, on peut les toucher, les manipuler. Elles rendent notre dépense tout aussi réelle. Une célèbre citation pastichée ne dit-elle pas « Je consomme, donc je suis » ? Les vieilleries nous donnent le sentiment d’exister dans un monde où nos possessions deviennent de plus en plus immatérielles.