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La question revient de plus en plus souvent alors que le Web est critiqué pour sa toxicité croissante. Pourtant, nous ne serions pas plus malheureux qu’avant, si l’on en croit certaines études.
Je suis née dans les années 1980. J’ai donc connu une époque sans Internet. Quand j’étais enfant, pour trouver une réponse à mes innombrables questions, je devais absolument aller à la bibliothèque. Si je voulais voir mes amis, je devais me rendre chez eux à vélo et nous passions des heures à écouter l’album qui venait de sortir.
Étions-nous vraiment plus heureux « dans le temps » ? La question revient de plus en plus souvent alors que le Web est critiqué pour sa toxicité croissante. Pourtant, nous ne serions pas plus malheureux qu’avant, si l’on en croit une équipe de chercheurs du Royaume-Uni qui a analysé huit millions de livres publiés entre 1820 et 2009 (soit tout juste au moment où les médias sociaux entraient dans nos vies). Chaque ouvrage s’est vu attribuer un « score de bonheur ». Les chercheurs ont ainsi découvert que le moment le moins heureux aux États-Unis se situe à la chute de Saigon, en 1975, bien avant la popularisation d’Internet, qu’on situe habituellement autour de la fin des années 1990.
Pourquoi regrettons-nous le passé alors qu’il est désormais beaucoup plus facile de trouver une forme de bonheur immédiat ? Médias sociaux, vidéos de tous formats, nouvelles en temps réel : quelle que soit votre activité en ligne préférée, vous pouvez vous y adonner sans limites, à n’importe quel moment. Et c’est peut-être bien là le problème : le sentiment de satisfaction est tellement immédiat que la vie en ligne nous incite à moins investir dans nos souvenirs et dans l’établissement de relations à long terme.
Quitter les médias sociaux serait-il la solution ? Pas selon une étude américaine, parue en 2019, au cours de laquelle 130 participants ont dû s’abstenir de consommer des médias sociaux pendant quatre semaines. On leur a demandé de remplir un journal quotidiennement afin de mesurer leur solitude, leur bien-être et l’appréciation de leur journée. Les résultats n’ont montré aucune relation de cause à effet entre les médias sociaux et le contentement quotidien.
Et si nous posions la mauvaise question ? Il ne s’agit pas de savoir si nous étions plus heureux avant Internet, mais plutôt de déterminer si nous sommes capables d’être heureux avec Internet. J’ai des souvenirs très positifs de ma découverte du Web, en 1999. Je me rappelle très bien mon premier téléchargement de musique sur Napster et ma première conversation sur mIRC. Il y avait de la générosité, de la curiosité sincère et une volonté de comprendre. Ce n’est pas la technologie qui nous rend (mal)heureux, mais l’utilisation qu’on en fait.