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19 novembre 2020
Temps de lecture : 3 minutes

Pandémie: cheval de Troie de la crise climatique?

Image: Tevfik Teker/Wikimedia Commons

Est-ce que l’électrochoc de la pandémie pourrait être l’occasion de nous «réinventer» face à la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre?

Alors que nos vies se déroulent désormais derrière un masque, les instances gouvernementales s’affairent à établir des plans de relance économique pour nous sortir du marasme covidien. En filigrane, l’heure est aussi à la réflexion quant aux leçons à tirer de la pandémie en matière d’action climatique. Est-ce que l’électrochoc que nous avons vécu pourrait être l’occasion de nous « réinventer » face à la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre (GES) ? Pourra-t-on enfin réussir là où nous avons échoué jusqu’à présent ?

Au pic du confinement, les émissions mondiales de GES ont diminué temporairement de 17 % par rapport à 2019 sur une base journalière, nous ramenant à des niveaux d’émissions analogues à ceux de 2006. Pour l’année 2020, la pandémie devrait ainsi mener à une baisse globale d’émissions de l’ordre de 4 à 7 % relativement à l’an passé. Une réduction qui correspond aux efforts nécessaires annuellement afin de maintenir le réchauffement planétaire à 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels d’ici la fin du siècle (seuil qui pourrait toutefois être dépassé temporairement au cours des cinq prochaines années, selon un récent rapport onusien). Or, il est évident qu’un confinement mondial n’a rien d’un moyen durable pour parvenir à nos fins.

Hélas, malgré ce ralentissement forcé, nos émissions de GES ont repris du poil de la bête depuis, au diapason de l’économie mondiale qui retrouve un pouls. C’est d’ailleurs ce qui s’était produit à la suite de la crise financière de 2008 : les émissions avaient chuté de 1,4 % en 2009, puis remonté de 6 % en 2010. Une ritournelle qui n’est pas sans rappeler d’autres grandes crises socioéconomiques qui ont toutes été marquées par des diminutions de GES suivies d’un regain vigoureux.

La pandémie expose ainsi au grand jour l’ampleur de la tâche qui nous incombe. Il nous faut à la fois parvenir à mettre en place des mesures pour réduire nos émissions de manière soutenue et notable et le faire dans un contexte sanitaire hors norme et dans une fenêtre de temps qui s’amenuise sans cesse.

Entrent alors en scène les plans de relance économique dits « justes, équitables, résilients et verts » réclamés de toutes parts. Néanmoins, en juin dernier, sur 12 000 milliards de dollars américains promis par les gouvernements des plus grandes économies mondiales pour les efforts de relance, moins de 0,2 % étaient officiellement alloués aux priorités climatiques.

Pourtant, nous n’en sommes pas à nos premières tentatives de relances vertes et autres Green New Deals. La crise de 2008 l’a bien illustré : la plupart des grandes nations avaient créé de larges programmes de stimulus verts… avec des résultats mitigés. Non seulement les émissions mondiales de GES n’ont cessé d’augmenter depuis, mais certaines mesures implantées à l’époque, tel que le plan vert de l’American Recovery and Reinvestment Act aux États-Unis, n’ont pas su répondre aux besoins à court terme en matière d’emplois. Pire, ce programme a favorisé de manière disproportionnée les communautés déjà capables de soutenir une économie verte. Pour l’équité, on repassera…

Comment s’assurer que les efforts de relance seront les bons cette fois-ci ? Il faudra sans doute commencer par tempérer nos attentes. Tout ne pourra être accompli en même temps. Comme disent les Anglais, « timing is everything ». Il faudra bien cibler nos besoins et y répondre en différentes phases. Par exemple, il faudra tout d’abord bien comprendre où se trouvent les besoins pressants afin que les populations les plus vulnérables et les plus touchées par la pandémie ne perdent pas au change. Ensuite, une relance verte n’est pas inclusive par défaut ; s’il est important de favoriser la construction de bâtiments écoénergétiques, il ne faut pas négliger d’autres secteurs, comme celui des services, qui a vu disparaître des milliers d’emplois en raison de la pandémie. Soutenir l’éducation et la formation continue de tous ces chômeurs covidiens pourrait être une façon d’améliorer et de maintenir à jour leurs compétences. Enfin, une meilleure coordination des politiques gouvernementales accompagnée de mécanismes éprouvés d’évaluation et de reddition de comptes seront des conditions sine qua non, sans quoi toute mesure verte risque de faire chou blanc.

Aurons-nous l’audace de «ne pas gâcher une bonne crise», pour reprendre les mots de Churchill ? Arriverons-nous à faire de la pandémie de COVID-19 un véritable cheval de Troie de la crise climatique ? Plusieurs experts, tels que le Groupe de travail pour une reprise économique résiliente, y croient et proposent même des mesures concrètes pour endiguer la crise climatique et envisager un avenir plus prospère. Mieux, nous avons tous les outils en main : les connaissances climatiques n’ont jamais été aussi solides, le coût des énergies renouvelables aussi bas et les appuis pour des engagements environnementaux ambitieux de la part de nos gouvernements aussi forts et variés. Les bases sur lesquelles reposeront les plans de relance sont donc bien différentes de celles du passé et, espérons-le, beaucoup plus stables !

Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leur auteur.

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