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04 décembre 2020
Temps de lecture : 3 minutes

La seconde vie d’Hayabusa2

Illustration: Hayabusa 2 par Akihiro Ikeshita

Alors que la sonde japonaise Hayabusa2 doit ramener les échantillons de Ryugu sur Terre, elle prévoit déjà un nouveau voyage. Cette fois, destination 1998 KY26, un astéroïde minuscule où elle pourra mener de nouvelles observations cruciales.

Mission accomplie pour Hayabusa2! Le «faucon pèlerin» japonais doit arriver près de la Terre le 5 décembre et y déposer une capsule contenant les précieux échantillons récoltés sur l’astéroïde Ryugu en 2019. Mais, pendant que la capsule contenant le butin se posera en douceur (croisons les doigts) dans le désert australien, la sonde, elle, n’ira pas profiter d’un repos bien mérité.

Au contraire, sa mission a été prolongée pour 11 ans de plus ! La décision a été annoncée par la JAXA, l’agence spatiale japonaise qui décrit, dans une vidéo, le nouveau voyage de leur sonde lancée en 2014. «L’idée était dans les tuyaux depuis un moment, raconte Patrick Michel, responsable de l’équipe scientifique de la mission pour le Centre national d’études spatiales, en France, principal partenaire de la mission japonaise. Mais nous attendions de voir comment se passait le départ de Ryugu avant de vraiment travailler dessus.»

Car avant de dessiner la suite du trajet, il fallait s’assurer du succès de la sonde à prélever les échantillons, en plus d’estimer la quantité de carburant qui lui resterait à l’approche de la Terre. Quand il est devenu clair qu’un prolongement serait possible, la décision n’a pas été facile : «Une prolongation a un coût, et cela se fait forcément au détriment d’une nouvelle mission. Mais comme celle-ci fonctionne bien, ce serait dommage de s’arrêter en si bon chemin ! Nous voulons l’exploiter au maximum.»

Une fois la mission principale achevée et la sonde en route pour la Terre, il fallait alors identifier la prochaine cible. La destination choisie, 1998 KY26, est un astéroïde extrêmement petit (à peine 30 mètres de diamètre), situé dans le voisinage de la Terre. C’est un géocroiseur: son orbite croise régulièrement celle de la Terre et il y en a plus de 12 000 semblables recensés. «Ce type d’objet s’écrase souvent sur la Terre, ajoute Patrick Michel. C’est important de caractériser ces astéroïdes, étant donné qu’ils sont très nombreux mais mal connus.»

Ce 1998 KY26 tourne très vite sur lui-même: en à peine dix minutes. Selon Robert Lamontagne, coordonnateur du Centre de recherche en astrophysique du Québec, cela révèle qu’il n’est certainement pas composé d’un agrégat de roches, comme c’était le cas pour Ryugu. «Un objet de cette taille n’a pas de forte gravité, ce qui signifie que les grains de poussière [les différents morceaux de roche] ne tiennent pas bien à sa surface. Si, en plus, cet objet tourne vite, il devrait se disperser et être réduit en poussière!» Il s’agirait donc plutôt d’un bloc monolithique.

Une nature différente qui montre une autre phase dans le cycle des astéroïdes. En fait, 1998 KY26 provient probablement d’un plus gros corps brisé lors d’un impact, mais contrairement à ses cousins plus gros, il n’a pas eu la chance d’agréger davantage de matières. Un maillon de l’histoire du Système solaire crucial pour comprendre mieux la formation des astéroïdes mais aussi des planètes.

Il faudra faire preuve de patience avant d’être fixés sur la véritable nature de la nouvelle cible de Hayabusa2. Une fois qu’elle aura quitté l’orbite terrestre, la sonde ira survoler un autre astéroïde, 2001 CC21, le temps de prendre quelques images, puis repassera près de la Terre pour une correction de son orbite. Ce n’est qu’à l’horizon 2031 qu’elle arrivera aux abords de 1998 KY26 pour le scruter sous tous ses angles.

Le hic? Hayabusa2 n’a plus de capsule pour récupérer des échantillons. En revanche, il lui reste un impacteur destiné à Ryugu non utilisé. Elle pourrait le lancer sur sa cible pour voir ce qui se passe et, du même coup, répondre à une tout autre question : comment protéger la Terre devant un scénario catastrophe à la Armageddon, c’est-à-dire l’arrivée d’un astéroïde plus gros et plus dangereux que ceux qui tombent régulièrement. La stratégie à adopter devra être très différente selon la nature de l’objet et 1998 KY26 est une occasion de test, à petite échelle. «Si l’astéroïde est un bloc monolithique, résume Robert Lamontagne, il devrait être possible de le dévier avec un explosif ou un impacteur. Mais s’il s’avère finalement que c’est un agrégat, une telle méthode ne ferait que le briser en plusieurs morceaux qui tomberaient tout de même sur la Terre.»

Il n’est pas certain que cette manœuvre sera exécutée, car l’équipe japonaise est encore trop occupée avec le retour imminent de la sonde, mais M. Lamontagne n’en serait pas étonné. « Quand on arrive aussi loin, on a envie de toucher l’objet forcément, c’est une manière de récolter le maximum de données. C’est la cerise sur le gâteau ! »

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