Les personnes âgées sont parmi les premières vaccinées dans la plupart des pays. Photo: Shutterstock
Les personnes âgées de plus de 75 ans sont les plus vulnérables face à la COVID-19, et font donc partie des premiers groupes à être vaccinés. Mais quelle est l’efficacité du vaccin chez ces aînés? Et ont-ils plus de risques d’effets secondaires?
Alors que la vaccination des personnes âgées se poursuit dans de nombreux pays, la Norvège a officiellement rapporté le décès de 23 personnes de plus de 75 ans à la suite de leur immunisation par le vaccin Pfizer-BioNTech. Ces personnes étaient toutes malades et affaiblies, a signalé l’Agence norvégienne des médicaments (NOMA).
«Il pourrait s’agir d’une coïncidence», a déclaré le directeur de la NOMA, Steinar Madsen, au BMJ. «Il n’y a pas de lien certain entre ces décès et le vaccin.»
Pour l’instant, le pays poursuit sa campagne comme prévu, tout en se penchant sur les décès suspects. Sur les 13 dossiers déjà analysés, la moyenne d’âge était de 86 ans et six des personnes étaient en phase terminale de diverses maladies. La majorité avait de graves comorbidités, notamment cardiaques. «Il est clair que la COVID-19 est beaucoup plus dangereuse pour la plupart des patients que la vaccination» a tenu à préciser Steinar Madsen aux médias.
De ce côté-ci de l’Atlantique, pour l’instant, «il n’y a eu aucun constat similaire dans les résidences pour personnes âgées», a souligné Janet McElhaney, gériatre et professeure à l’École de médecine du Nord de l’Ontario (EMNO), lors d’une séance d’information organisée en ligne le dimanche 17 janvier.
Cependant, plusieurs cas de COVID-19 ont été rapportés chez des résidents du centre gériatrique Maimonides, à Montréal, qui avaient déjà reçu la première dose du vaccin. L’un d’eux, âgé de 90 ans, est même décédé de la maladie.
Ces constats remettent-ils en question la vaccination des personnes très âgées? Celles-ci sont-elles plus vulnérables face aux effets secondaires des vaccins? Sont-elles moins bien protégées? Ces questions sont encore en suspens, car la communauté scientifique manque de données relatives à ce groupe d’âge.
Que savons-nous de l’efficacité du vaccin chez les plus âgés?
Dans les essais cliniques de Pfizer et de Moderna, malgré la participation de personnes de plus de 65 ans (plus de 7000 pour Moderna; environ 8000 pour Pfizer au-dessus de 55 ans, soit 40% des participants), les données restent calculées sur des tranches d’âge assez larges.
Selon Pfizer, les résultats d’efficacité étaient similaires dans tous les groupes d’âge, bien que les intervalles de confiance calculés sur les petits effectifs de patients de plus de 70 et 75 ans soient moins précis. Il n’y a toutefois ni tableau ni analyse en sous-groupe pour les tranches d’âge les plus élevées dans l’article faisant état des résultats de la phase 3, publié dans le New England Journal of Medicine. «Les résultats démontrent la même efficacité du vaccin – de 85 à 98% — chez les plus de 65 ans et les moins de 65 ans, mais c’est vrai qu’il n’y a pas d’analyses en sous-groupes pour les plus de 80 ans», précise Cara Tannenbaum, gériatre et professeure de médecine et de pharmacie à l’Université de Montréal.
«Aucune estimation d’efficacité chez les groupes les plus âgés n’a encore été publiée pour aucun des vaccins COVID approuvés dans le monde», déplore de son côté Roy Soiza, spécialiste en médecine gériatrique à l’Université d’Aberdeen au Royaume-Uni.
Dans un commentaire publié dans la revue Age and Ageing en décembre dernier, le chercheur observait que «même si les résidents fragiles de centres de soins longue durée et les personnes très âgées avec comorbidités sont parmi les premiers à être vaccinés, ces groupes sont généralement exclus des essais cliniques. Il n’y a pas de données publiées sur l’efficacité et la sécurité des vaccins à ARN dans ces groupes.»
Cette incertitude complique la tâche des modélisateurs. «L’efficacité dans les conditions idéales des essais cliniques ne se traduit pas telle quelle dans la population. Dans notre modélisation, nous nous sommes basés sur les données sur les vaccins contre la grippe, qui ont une efficacité plus faible chez les personnes âgées ou avec des comorbidités», précise Seyed Moghadas, directeur du Laboratoire de modélisation des agents infectieux à l’Université York, à Toronto. Le vaccin contre la grippe saisonnière est en effet jusqu’à 2 fois moins efficace chez les personnes très âgées par rapport aux plus jeunes.
Dans un article en prépublication, le mathématicien a modélisé l’effet de la vaccination sur les flambées épidémiques aux États-Unis. Avec une efficacité moyenne de 90%, si plus de 40% de la population accepte la vaccination, celle-ci aura un impact majeur sur la transmission et les décès, observe l’équipe. «Si jamais l’efficacité vaccinale n’est pas érodée par l’âge et la fragilité gériatrique, l’impact de la vaccination pourrait être encore meilleur, notamment sur la réduction des hospitalisations et des décès», souligne-t-il.
Outre une efficacité réduite des vaccins, la baisse d’efficacité du système immunitaire des personnes âgées (ce qu’on appelle l’immunosénescence) se traduit le plus souvent par une réaction moins forte à la suite de l’injection. «En général, les données provenant des phases 2 et 3 des essais vaccinaux contre la COVID suggèrent que les personnes plus âgées ont moins d’effets secondaires, mais c’est possible que ceci corrèle avec une plus faible efficacité», explique Roy Soiza dans un courriel à Québec Science.
Chez les personnes les plus fragiles, toutefois, «il y a une possibilité que les effets indésirables communs, qui ne sont pas dangereux chez les patients plus jeunes et en meilleure santé et qui sont fréquents avec les vaccins, aggravent une maladie préexistante», avançait Steinar Madsen dans le BMJ.
«Nous ne savons pas encore comment les personnes très âgées et très fragiles tolèrent les effets indésirables. Mais il faut se rappeler que chez ces personnes qui vivent dans un environnement à haut risque de COVID-19, le taux de mortalité est quasiment de 100% si elles contractent l’infection», a rappelé la gériatre Janet McElhaney.
Elle a précisé qu’avec l’accumulation de données sur les personnes vaccinées et la mise à disposition de différents vaccins dans les prochains mois, il sera nécessaire de «comprendre quel type de vaccin est le plus bénéfique pour tel ou tel groupe d’âge. Pour les plus jeunes, ça ne fera peut-être pas de différence, mais pour les plus âgés il y aura peut-être des vaccins meilleurs que d’autres.»
Roy Soiza précise quant à lui que les informations cliniques dans ces groupes d’âge seront récoltées pendant ou après les campagnes de vaccination, lors des études observationnelles de suivi. «Mais la qualité et la fiabilité des données obtenues par ce type d’études sont inférieures à ce qu’on obtient lors d’essais cliniques randomisés. Il est possible que l’efficacité des vaccins dans ces groupes d’âge devienne un sujet de débat scientifique important dans les années qui viennent.»
Que conclure des infections observées après une première dose du vaccin?
Cela ne signifie aucunement que le vaccin est inefficace. «Les études cliniques, les études d’anticorps, et les expériences chez 200 000 personnes qui ont été suivies en Israël et qui ont reçu le vaccin nous indiquent que cela prend 14 jours avant que l’immunité soit bien établie, explique la Dre Cara Tannenbaum. Donc, dans la semaine, et même la deuxième semaine après avoir reçu le vaccin, on n’est pas protégé, et on s’attend à ce qu’il y ait le même taux d’infections qu’auparavant. L’éclosion au centre Maimonides a débuté quelques jours avant la distribution du vaccin. Les patients qui ont reçu le vaccin et qui ont été exposés au virus soit avant, soit dans les jours suivant leur vaccination n’étaient pas protégés.»
Elle précise qu’elle n’a pas eu connaissance de nouveaux cas après deux semaines. «Cela m’indique que la vaccination a mis fin à l’éclosion. C’est une excellente nouvelle qui appuie la décision de vacciner tous les résidents, leurs proches aidants et les professionnels de santé en CHSLD le plus rapidement possible», assure la chercheuse.
Rappelons que plus de 70% des décès dus à la COVID-19 au Canada sont survenus chez les personnes âgées de 80 ans et plus.