Les jeunes ont beaucoup à dire sur leur expérience de la pandémie. Deux chercheuses de l’Université du Québec en Outaouais leur prêtent l’oreille.
Alors que des adolescents ont aimé se rapprocher de leurs parents au cours du confinement printanier, d’autres ont vu leur moral s’étioler au même rythme que leur vie sociale. Pendant ce temps, certains jeunes enfants ont si bien intégré les nouvelles normes sociales, comme la distanciation physique et le port du masque, qu’ils ont presque oublié la « vie d’avant ».
Depuis plusieurs mois, on s’interroge sur le bien-être des jeunes et sur les traces que laissera la pandémie dans leur développement. Deux chercheuses de l’Université du Québec en Outaouais (UQO) se sont attelées à documenter leur perception de la crise sanitaire. « Dès le printemps, il nous est rapidement apparu pertinent d’étudier la compréhension et les réactions des enfants et des adolescents devant ce bouleversement de leur quotidien », raconte Isabel Côté, professeure en travail social. Avec Christine Gervais, professeure au Département des sciences infirmières, elle a mis sur pied l’étude Réactions, qui vise à recueillir non seulement les récits des jeunes, mais aussi ceux de leurs parents, qui composent avec les difficultés de la conciliation télétravail-famille, sans compter l’école à la maison. « Les enfants sont vraiment contents qu’on s’intéresse à leur expérience. Ils veulent contribuer au discours », affirme Christine Gervais.

Les professeures Christine Gervais et Isabel Côté. Image: UQO
Les chercheuses ont interrogé en trois temps près de 200 parents et un peu plus de 150 enfants de 6 à 17 ans : à la fin du premier confinement, durant l’été et après la rentrée scolaire. Elles ont mené des entrevues avec les jeunes et demandé aux adultes de remplir un questionnaire en ligne pour mesurer leur stress, leur anxiété ainsi que leur fonctionnement familial et social, etc. « Pendant le premier confinement, les enfants étaient exclusivement en contact avec leurs parents ; d’où l’importance de s’intéresser au bien-être des parents pour comprendre l’expérience des jeunes de cette période », ajoute Christine Gervais.
Que disent leurs données préliminaires ? « Au printemps, les parents ont mobilisé beaucoup d’énergie pour offrir un milieu sécuritaire à leurs enfants, au détriment de leur propre santé mentale », souligne Isabel Côté. Si les parents ont alors déployé beaucoup d’efforts pour organiser des soirées thématiques, des jeux de société ou des activités, la donne semble avoir changé depuis la rentrée. Désormais, certains enfants disent craindre de déranger leurs parents qui télétravaillent.
Les chercheuses s’inquiètent-elles pour les enfants et les adolescents ? «J’aurais tendance à dire non », avance prudemment Isabel Côté. Jusqu’à maintenant, ils ont fait preuve d’une remarquable adaptabilité, même si ceux qui vivaient une importante transition (comme le passage au secondaire) ont trouvé ce moment plus difficile. « Les tout-petits rapportent beaucoup d’évènements positifs vécus pendant la pandémie, qui prennent souvent plus de place dans leur discours que les difficultés liées aux mesures
sociosanitaires », remarque Christine Gervais. Autre constante dans les données ? L’importance du lien avec les grands-parents. « Nous ne les questionnions pas spécifiquement sur ce sujet, mais malgré cela, c’est venu spontanément. Même les adolescents s’ennuient de serrer leurs grands-parents dans leurs bras », conclut Isabel Côté.
Les chercheuses espèrent revoir cette cohorte dans trois ou quatre ans afin de mesurer les répercussions de la pandémie à long terme. Leurs travaux ont attiré l’attention du ministère de la Famille, qui a apporté son soutien financier au projet. Dans l’immédiat, les données récoltées permettront de fournir des outils pour mieux soutenir les familles et contribueront à assurer un meilleur filet de sécurité pour l’avenir.
La production de cet article a été rendue possible grâce au soutien de l’Université du Québec en Outaouais.