Image: Jason Leung/Unsplash
L’affaire de OnlyFans répète une histoire trop bien connue: on construit une plateforme virtuelle, on accepte du contenu à caractère sexuel pour attirer des utilisateurs, puis, une fois le succès au rendez-vous, on revoit les règles et l’on vire capot.
« Couvrez ce sein que je ne saurais voir. » Tel un Tartuffe des Temps modernes, la plateforme OnlyFans a annoncé à la fin août que le contenu sexuellement explicite serait désormais banni de ses pages. Pourtant, pendant plus d’un an, son fondateur, Timothy Stokely, n’a pas vraiment haussé les sourcils devant l’affluence des travailleuses et travailleurs du sexe sur son site, pour lesquels il s’agissait de la seule avenue possible en temps de pandémie : les utilisateurs acceptent de les rémunérer en échange d’images et de vidéos exclusives. La plateforme a ainsi connu une popularité sans précédent : 150 millions d’utilisateurs, plus d’un million de créateurs de contenu et, surtout, des revenus nets qui sont passés de 375 millions de dollars américains à 1,2 milliard entre 2020 et 2021.
Le sexe vendait bien… jusqu’à ce que des investisseurs s’inquiètent de la « réputation » d’OnlyFans. Ils n’ont toutefois pas fait le poids devant la colère des créateurs de contenu X : une semaine plus tard, la plateforme revenait sur sa décision. Mais le mal était fait. Ces personnes ont bien reçu le message : elles ne sont plus les bienvenues.
OnlyFans n’est pas la première entreprise à profiter des travailleuses et travailleurs du sexe pour ensuite les chasser. Bien avant, la plateforme de microblogage Tumblr a interdit le contenu pornographique dans ses pages ; Patreon, un service d’abonnement analogue à OnlyFans, a sévi contre les créateurs de contenu pour adultes ; Craigslist a fermé la section des annonces personnelles où des services sexuels étaient offerts ; et la plateforme de blogues LiveJournal a suscité l’ire des utilisateurs par sa tentative de purger les groupes de discussion liés au sexe.
C’est quasiment comme s’il s’agissait d’un modèle d’affaires : on construit une plateforme virtuelle, on accepte du contenu à caractère sexuel pour attirer des utilisateurs, puis, une fois le succès au rendez-vous, on revoit les règles et l’on vire capot. Sur le plan commercial, la stratégie de départ tombe sous le sens : le sexe est intimement lié au Web (et à sa prospérité). Le site sex.com a été lancé en 1994, à une époque où l’on commençait à peine à avoir un accès Internet à la maison. Et bien avant, en 1991, l’Oxford English Dictionary enregistrait la première utilisation du terme cybersexe. Mais ce qui est déplorable, c’est l’incapacité de ces plateformes d’assumer leur plan jusqu’au bout et leur trahison à l’égard de celles et ceux qui les font vivre.
Encore une fois, OnlyFans a montré que les travailleuses et travailleurs du sexe sont exploités et marginalisés aussi bien en ligne que dans la vraie vie.