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La réflexion de notre chroniqueur: l’humour peut-il être un bon véhicule pour partager des informations scientifiques complexes?
Comme plusieurs, je n’ai pu m’empêcher de visionner le long métrage Déni cosmique (Don’t Look Up), dont tout le monde parlait ces derniers mois. Cette satire, qui dépeint le désespoir d’une poignée de scientifiques tâchant de convaincre politiciens, grands médias et population incrédule de l’imminence d’une catastrophe planétaire, a fait couler beaucoup d’encre depuis sa sortie.
Le film se veut une caricature à peine voilée de notre relation avec la crise climatique et particulièrement de celle qu’on entretient avec la communauté scientifique qui sonne l’alarme depuis belle lurette à ce sujet. Chercheurs, climatologues, organisations environnementales, journalistes scientifiques, critiques de cinéma… tous y sont allés de leurs analyses quant à la portée du film.
Au-delà des avis partagés, ce qui m’intéresse ici n’est pas tant le contenu du film que le contenant : l’humour peut-il être un bon véhicule pour partager des informations scientifiques complexes comme celles sur le climat et l’environnement tout en encourageant l’action ?
Qu’on pense au film The Unchained Goddess (1958) ou au documentaire nobélisé Une vérité qui dérange (2006), la communication des enjeux environnementaux s’est plutôt faite, au fil des décennies, par l’entremise d’approches sérieuses, voire angoissantes. Or, celles-ci peuvent avoir des effets mitigés sur les comportements liés à l’action climatique. Serait-ce une bonne stratégie de répliquer, à contrepied, par le biais de l’humour ?
D’emblée, il est admis que l’humour peut avoir un certain effet persuasif lorsqu’on veut transmettre un message − sa portée a particulièrement été étudiée dans le domaine publicitaire. Par contre, la littérature scientifique portant sur l’utilisation de l’humour comme outil de persuasion ou de vulgarisation scientifique est plutôt récente, notamment en ce qui concerne la communication sur les sciences environnementales.
Dans une revue de la littérature sur la question parue en 2020, des chercheurs espagnols indiquent que le recours à l’humour peut contribuer à sensibiliser à l’enjeu climatique, voire à influencer les perceptions sur la question, surtout chez les individus initialement peu intéressés par le sujet, ce qui n’est pas sans rappeler le but du balado 3,7 planètes, de François Bellefeuille. Les auteurs soulignent toutefois que le type d’humour utilisé peut influer sur la façon dont le message est perçu et interprété. Ainsi, certaines approches humoristiques pourraient comporter des risques. En réduisant la crédibilité du message diffusé ou encore en diminuant la perception du risque associé à l’information climatique ou environnementale transmise, le véhicule humoristique peut parfois faire chou blanc.
C’est aussi ce qui s’était dégagé d’une étude menée par des chercheurs américains en 2018 qui laissait entendre que l’humour pouvait contribuer à abaisser le niveau de peur ou de colère associé à la gravité des répercussions climatiques − et donc limiter la motivation des troupes. Les chercheurs observaient d’ailleurs que l’utilisation de faits attisant la peur peut être tout aussi efficace que l’humour afin de susciter un engagement concret à l’égard des enjeux climatiques. Fait intéressant, il ressort de cette étude que ce sont les jeunes adultes âgés de 18 à 25 ans qui semblent plus susceptibles de répondre positivement aux mises en scène humoristiques, d’où l’importance d’adapter le contenu et le contenant en fonction du public cible.
Mais permettez-moi de revenir au type d’humour employé. Prenons le cas de la satire, utilisée par le site américain The Onion et dans la série The Honest Government Ads, réalisée par la chaîne australienne The Juice Media. Lorsqu’on y recourt de manière unidirectionnelle, c’est-à-dire en se basant sur les faits scientifiques liés à la crise climatique plutôt qu’en présentant deux argumentaires opposés, la satire peut donner les résultats attendus et convaincre de l’urgence climatique. C’est probablement dû au fait que ce type d’humour force à comprendre la blague d’une part et à décortiquer les faits de l’autre… La satire ferait donc travailler les méninges un peu plus !
Pour ce qui est de Déni cosmique, on est en droit de se demander s’il atteint sa cible, aussi populaire soit-il sur Netflix… D’autant plus que l’utilisation de la satire peut également avoir un effet polarisant et délétère, ce qui n’est pas sans rappeler le spectre de réactions suscitées par le film. L’ancien journaliste français Léon Zitrone dirait : « Qu’on en parle en bien ou en mal, l’important, c’est qu’on en parle. » Mais difficile pour moi d’évacuer la question suivante : qui cherche-t-on réellement à convaincre par de telles tactiques de communication ? Car si l’on admet que les gestes individuels sont insuffisants face à l’urgence climatique au lieu de chercher constamment à convaincre le grand public, n’est-ce pas nos élus et les grands pollueurs qui devraient plutôt rire jaune ?
Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leur auteur.