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12 mai 2022
Temps de lecture : 3 minutes

La géopolitique dicte-t-elle notre avenir climatique?

Nous ne pouvons continuellement gérer nos actions climatiques à coups de crises. 

Après deux ans d’une pandémie épuisante, voilà que − au moment d’écrire ces lignes − la guerre en Ukraine déclenchée par Vladimir Poutine vient nous accabler. Tout cela au milieu d’une série de rapports tout aussi accablants présentés, au cours de la dernière année, par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat… Un cocktail qui fait planer de nouvelles incertitudes quant à l’avenir de l’humanité.

Plusieurs experts estiment que ces crises sont intimement liées et représentent différentes facettes d’une même problématique : celle de notre soif d’énergies fossiles et de notre consommation effrénée.

Rappelons que Moscou est le premier fournisseur d’hydrocarbures de l’Union européenne (45 % du gaz importé par l’Europe venait de Russie en 2021). En réduisant les importations d’hydrocarbures pour couper les vivres à Vladimir Poutine, les Européens scient en quelque sorte la branche énergétique sur laquelle ils sont assis…

Ce qui fait dire à certains analystes que nous sommes à la croisée des chemins. D’un côté, il s’agirait de l’électrochoc nécessaire pour accélérer la transition énergétique, en s’affranchissant plus vite que prévu des énergies fossiles, ce que l’Union européenne, et principalement l’Allemagne, envisage. De l’autre, il y a le risque d’opter, à court terme, pour des investissements massifs dans les infrastructures et projets d’exploitation d’autres sources d’hydrocarbures pour pallier la pénurie en urgence. Ce qui nous empêtrerait encore davantage dans la spirale climatique.

Bien que je voie pour ma part l’indéniable occasion de nous libérer un peu plus des énergies fossiles, je ne peux m’empêcher de m’interroger sur la pérennité et la variabilité de nos actions climatiques au regard de l’état du monde. Notre avenir climatique est-il à la merci des aléas géopolitiques ?

Inverser la causalité

Pour éclairer ma lanterne, je me suis tourné en partie vers les travaux de Simon Dalby, chercheur en géographie et études environnementales à l’Université Wilfrid-Laurier, qui se penche depuis longtemps sur ces questions complexes, notamment en matière de sécurité climatique (soit le fait de considérer la crise climatique comme une menace pour la paix et la sécurité internationales).

S’il est généralement admis que les changements environnementaux sont susceptibles d’aggraver des conflits émergents et de fragiliser certaines composantes sociales, Dalby nous invite à considérer le problème sous l’angle anthropocène. Pour lui, la question n’est plus tant de savoir quelles répercussions auront les changements climatiques sur la géopolitique, mais plutôt quelles sont les répercussions de la géopolitique sur l’enjeu climatique. Une inversion du lien de causalité, en somme.

Qui plus est, un rapport publié en 2016 par le Stockholm International Peace Research Institute souligne qu’il est impératif de gérer les rivalités géopolitiques actuelles de la manière la plus adéquate, pacifique et coopérative qui soit, sans quoi les cadres politiques qui ont contribué aux changements climatiques pourraient perdurer et perpétuer un cercle vicieux.

Ainsi, nous ne pouvons faire l’économie de prendre en compte les réalités géopolitiques dans nos efforts climatiques. Et comme nous le rappelle l’historienne et journaliste américaine Anne Applebaum, non seulement nous ne sommes pas à l’abri de conflits internationaux, mais nous faisons face à une montée de régimes politiques autoritaires. Or, qui dit régime autoritaire, dit souvent manque de considération pour les enjeux environnementaux, tel que je le soulignais dans une chronique passée.

Deux ans après le début de la pandémie, personne ne souhaitait qu’un climat d’insécurité s’instaure et que des vies humaines additionnelles soient sacrifiées. D’un point de vue environnemental, il nous était même permis d’espérer que la pandémie se transforme en occasion d’effectuer une véritable transition climatique, juste et inclusive. Malgré la tourmente, c’est en quelque sorte ce même espoir qui est entretenu devant un conflit ukrainien alimenté par les énergies fossiles.

Reprenant le dicton de Winston Churchill, plusieurs disent ainsi qu’il ne faut jamais gaspiller une bonne crise. Hélas, nous ne pouvons continuellement gérer nos actions climatiques à coups de crises. Vient alors l’idée entretenue par des politiciens et des experts d’un « plan Marshall pour le climat », mais il serait peut-être judicieux de se rappeler que, si le plan original a permis de relancer l’économie européenne à la suite de la Seconde Guerre mondiale, il aura également eu comme effet collatéral d’accélérer notre entrée dans l’Anthropocène, en plus de façonner des contours géopolitiques dont les échos résonnent encore aujourd’hui.

Et comme les empreintes géopolitiques se mesurent souvent en décennies, nous voilà donc confrontés à un véritable problème épineux. S’il y a donc une leçon à tirer des crises passées et présentes, c’est qu’il faut adapter nos mécanismes de gouvernance collective et de coopération dans un monde en profonde transformation politique et environnementale. L’Anthropocène nous lance tout un défi !

 

Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leur auteur.

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