Yoshua Bengio, professeur à l’Université de Montréal, sommité dans le domaine de l’intelligence artificielle (IA), intègre le Petit Larousse illustré 2023. Il plaide au passage pour une démocratisation des connaissances dans ce domaine.
« Comment réagit-on à ce type d’annonce? Avec un peu d’incrédulité, a indiqué l’intéressé en conférence de presse. Cela m’amène à me recentrer sur l’humilité, car la science ce n’est pas le fait d’une ou deux personnes, c’est l’effort de toute une communauté de chercheurs qui construisent ensemble », a-t-il mentionné en soulignant spécialement l’apport des étudiants, qui récoltent rarement les honneurs. Le directeur scientifique du Mila, un institut de recherche en intelligence artificielle situé à Montréal, se dit d’ailleurs fasciné par l’intelligence humaine.
Le célèbre dictionnaire Petit Larousse décrit Yoshua Bengio – qui n’a pas été consulté pour la rédaction de sa « définition » – comme un « précurseur des réseaux de neurones artificiels et du deep learning ayant développé une technologie d’apprentissage automatique utilisée dans la reconnaissance vocale des téléphones et la traduction de langues ». L’ouvrage mentionne aussi son obtention du prestigieux prix Turing aux côtés des chercheurs Geoffrey Hinton et Yann LeCun et son intérêt pour les enjeux soulevés par les applications de l’intelligence artificielle.
Chaque année, une quarantaine de personnalités sont choisies de façon indépendante par le comité du Larousse. Environ 300 Canadiens, dont une trentaine de Québécois (Guy Delisle, Yannick Nézet-Séguin, Lucille Teasdale), figurent dans le dictionnaire.
Questions éthiques
Le fait qu’un spécialiste de l’intelligence artificielle soit inclus dans cet ouvrage démontre « que notre travail a un impact dans la société, et que ce sont des questions de recherche qui peuvent être transformatrices. Dans les dernières années, mes réflexions ont beaucoup porté sur l’impact de l’IA sur la société, afin qu’il soit le plus bénéfique possible. Ces reconnaissances-là aident probablement à augmenter l’influence des messages que notre camp de chercheurs peut envoyer aux représentants des gouvernements, aux élus », a précisé l’expert.
Il plaide pour une démocratisation des connaissances liées à l’IA, via une meilleure vulgarisation de ces enjeux. L’IA est utilisée dans tous les secteurs de la science, a-t-il rappelé, et il faut que les citoyens se familiarisent avec le sujet pour être « conscients des abus et des enjeux moraux, éthiques, militaires, etc. ».
Ces questions ne sont pas nécessairement au premier rang des préoccupations du grand public, qui continue à se faire une image très « science-fiction » de l’IA, mais elles sont pourtant cruciales, selon Yoshua Bengio.
La véritable intelligence
Quant à la définition que donne le Larousse de l’IA elle-même, elle pourrait être un peu élargie, d’après lui. Car l’IA n’est pas qu’un « ensemble de théories et de techniques mises en œuvre en vue de réaliser des machines capables de simuler l’intelligence humaine. »
« On ne définit pas l’IA qu’en fonction de l’intelligence humaine. Beaucoup de ce qu’on connaît est d’ailleurs issu de travaux sur des cerveaux non humains, l’intelligence vient aussi du monde animal. » Et l’idée n’est pas forcément de copier l’intelligence humaine; mais plutôt de concevoir des systèmes qui permettent de prendre de bonnes décisions.
L’IA est bien loin d’égaler nos capacités. À ce jour, elle est performante pour reproduire les comportements automatiques (comme la conduite), pour l’interprétation des signaux et la reconnaissance visuelle. « Mais quand on regarde les capacités cognitives de plus haut niveau, de l’ordre du raisonnement, on n’y est pas, observe le chercheur. Il manque à l’IA quelque chose de qualitatif, les humains sont capables de comprendre de façon beaucoup plus efficace avec moins de données. C’est cette chose qui manque et qu’on ne comprend pas qui m’intéresse le plus. »