Des grains de sorgho. Image: Shutterstock
Après le quinoa et les légumineuses, les Nations unies braquent les projecteurs sur le mil. Une occasion de faire briller ce petit groupe de graminées peu connu au Québec, mais dont dépend la survie de plusieurs millions de personnes dans le monde.
Vous avez peut-être célébré la nouvelle année en dégustant une tourtière végane, mais vous ne vous êtes sans doute pas souhaité une bonne année internationale du mil. Pourtant 2023 est l’année internationale de cette famille de graminées ‒ dont font partie différentes variétés de millet, le tef et le sorgho ‒ qui nourrit des millions de personnes depuis des millénaires.
En mettant le mil à l’honneur, les Nations unies espèrent redorer le blason de cette culture traditionnelle en vue d’en accroître la production dans les pays du Sud, qui la délaissent trop souvent au profit de cultures plus productives comme le blé, le riz ou le maïs.
« Promouvoir ces céréales est important pour la sécurité alimentaire à l’échelle mondiale, pour faire face aux changements climatiques », explique Malek Batal, du Département de nutrition de l’Université de Montréal et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les inégalités en nutrition et santé.
Selon les Nations unies, le mil est en effet assez résistant aux évènements climatiques extrêmes et le cultiver requiert peu d’engrais et d’eau. Une analyse du Data Science Institute at Colombia sur des rendements enregistrés en Inde entre 1966 et 2011 démontre que la production du mil est moins sensible que celle du riz aux épisodes de sécheresse ou de variations extrêmes de température.
C’est d’ailleurs l’Inde, premier producteur de cette céréale avec plus de 12,5 millions de tonnes en 2020, qui a proposé de consacrer l’année 2023 à cette culture, rappelle Malek Batal.
Dans une étude publiée dans la revue Vertigo en avril dernier, une équipe française d’agronomes revient sur cette tendance au délaissement des cultures traditionnelles. On y lit que, avant la révolution verte des années 1960, mil et sorgho couvraient 25 millions d’hectares en Inde, contre moins de 13 millions aujourd’hui. Sur la même période, le riz irrigué gagnait du terrain, passant de 30 millions à 44 millions d’hectares cultivés.
Or, non seulement la riziculture crée une pression sur la demande en eau dans ce pays, mais le riz apporte moins de nutriments que le mil. En 2018, une étude parue dans Science Advances évaluait qu’en remplaçant en partie le riz par le mil le pays pourrait réduire sa demande en irrigation de 33 % tout en produisant des aliments plus riches en fer et en zinc.
Car la famille du mil est intéressante sur le plan nutritionnel, en particulier dans les contextes où l’accès aux protéines est plus précaire, mentionne le nutritionniste Bernard Lavallée, qui insiste aussi sur l’importance de maintenir une certaine diversité des cultures du point de vue de la sécurité alimentaire mondiale. « L’assiette mondiale est en train de s’occidentaliser. On mange beaucoup plus de viande, beaucoup d’aliments ultratransformés. Les cultures et les savoirs traditionnels disparaissent, déplore-t-il. Mettre tous nos œufs dans le même panier est problématique. »
Riche en protéines et en nutriments, sans gluten et présentant un faible indice glycémique, le mil n’est pas sans rappeler le quinoa, dont la consommation a explosé en Amérique du Nord sous l’effet de la mode sans gluten et des célébrations de l’Année internationale du quinoa, en 2013. Malek Batal met toutefois en garde contre l’idée de se précipiter sur ces graminées dans les pays du Nord. Il fait observer que l’engouement pour le quinoa a fait en sorte que des producteurs du Sud l’ont retiré de leur alimentation pour privilégier les exportations, plus lucratives.
« Dans le cadre d’une alimentation suffisante, cela ne fait pas une grande différence, mais dans une situation où l’apport nutritionnel repose sur quelques aliments de base, avoir un aliment qui est plus intéressant sur le plan nutritif peut constituer une sécurité », souligne le chercheur.
Il ajoute qu’il ne faut pas se priver d’en consommer à l’occasion, pour le dépaysement, mais surtout si c’est pour pallier des problèmes de santé bien réels comme « l’intolérance au gluten ou les allergies ».
Reste que pour l’instant, au Québec, on est loin d’une passion généralisée pour le mil.
Même Ricardo ne l’a pas mis en vedette dans une recette. Le chef végane Jean-Philippe Cyr propose quant à lui une recette de tourtière au millet ; avant les fêtes, des fans lui envoyaient régulièrement des photos de ce plat. « Mon travail est de faire connaître les protéines végétales, donc une année internationale est un bon prétexte pour mettre en lumière de tels ingrédients. Mais je ne pense pas que le millet deviendra trop populaire ! » laisse-t-il tomber sur un ton rieur, rappelant à son tour que le secret pour bien manger est souvent dans la sauce, mais surtout dans la diversité.

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Le plus vieux grain du monde
Si le mil attire peu l’attention des scientifiques aujourd’hui, il a été parmi les premières plantes cultivées par l’humanité. Les premiers indices de culture ont été trouvés en Chine et datent d’environ 10 000 ans. Dès le troisième millénaire avant notre ère, le millet commun et le sétaire d’Italie étaient répandus en Europe et en Mésopotamie. Puisqu’il produit des grains mûrs seulement 45 jours après avoir été planté, le mil aurait pu être cultivé par des tribus nomades en combinaison avec la chasse et la cueillette. Il aurait ainsi permis la transition vers la vie sédentaire agricole, selon des archéologues de l’Université de Cambridge. M.C.