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Comment les grands évènements sportifs compromettent-ils nos objectifs climatiques et la santé des écosystèmes? Notre chroniqueur Jean-Patrick Toussaint s’est intéressé à la question.
La scène en avait froissé plus d’un : à un point de presse tenu en septembre 2022, l’entraîneur du club de soccer Paris Saint-Germain et son joueur vedette, Kylian Mbappé, avaient tourné en ridicule l’idée de troquer leurs déplacements en jet privé contre des trajets en train entre Paris et Nantes lorsqu’ils avaient été questionnés sur leur empreinte carbone. Retenant à peine leur rire, ils avaient ironisé sur la possibilité de se déplacer… en char à voile. Pourtant, la question n’avait rien de risible.
Quelques semaines plus tard, la coupe du monde de soccer organisée au Qatar, à grands coups de stades à ciel ouvert nouvellement construits et climatisés, de milliers de litres d’eau dessalés et de navettes aériennes destinées aux spectateurs, relançait le débat : à quel point les grands évènements sportifs portent-ils atteinte à nos objectifs climatiques et à l’intégrité des écosystèmes ?
Jouons franc-jeu : j’admets avoir abordé ces questions avec un préjugé défavorable aux kermesses sportives. Or, tout ne semble pas noir ou blanc lorsqu’on s’arrête aux tenants et aboutissants de ces moments phares du sport.
Dans une revue de la littérature publiée en octobre 2022 portant sur l’effet environnemental d’évènements sportifs tenus entre 2000 et 2021, des chercheurs espagnols ont évalué une cinquantaine d’articles sur le sujet. Les auteurs se sont penchés sur l’empreinte des évènements sportifs en fonction de leur taille : giga − 3 millions de visiteurs ou plus (comme les Jeux olympiques d’été) ; méga − 1 million de visiteurs ou plus (les coupes du monde de soccer) ; majeur − 500 000 visiteurs ou plus (le Tour de France).
Mes impressions de départ ont été en partie confirmées : sur l’ensemble des effets liés aux évènements sportifs, l’équipe espagnole a dénombré un plus grand nombre de conséquences négatives (62 % de toutes les répercussions évaluées) par rapport aux retombées favorables, tous gabarits sportifs confondus. Parmi les aspects négatifs recensés, on note principalement la pollution de l’air, la destruction d’habitats naturels protégés, la pollution par les détritus et la forte consommation d’énergie et d’eau. Mais à mon grand étonnement, les auteurs ont également noté un certain nombre d’apports bénéfiques (33 % des effets évalués) associés à ces rendez-vous grand public. Plus surprenants encore, les « gigaévènements » semblent être les plus propices à engendrer des retombées positives pour l’environnement.
Parmi les éléments positifs insoupçonnés, signalons la diminution de la pollution de l’air (dans certains cas) et l’amélioration de l’habitabilité de la ville hôte (verdissement, amélioration des installations de transport). Par exemple, deux études indépendantes publiées en 2019 ont établi que la qualité de l’air à Rio de Janeiro s’était améliorée pendant et après les Jeux olympiques d’été de 2016 en raison de meilleurs aménagements urbains et de plus d’écomobilité.
En contrepartie, les mégaévènements et ceux dits « majeurs » auraient la pire empreinte écologique, s’accompagnant souvent d’une augmentation de la pollution de l’air et ne bénéficiant pas de programmes de compensation environnementale. Ce fut le cas de la coupe du monde de soccer de 2014 (Brésil), où les stades construits pour le tournoi devaient être « carboneutres » grâce à la plantation de 1,4 million d’arbres. Hélas, seulement 5 % des arbres promis ont été plantés et les coûteuses installations étaient déjà en décrépitude un an après la compétition.
Force est donc d’admettre qu’on ne peut plus faire l’économie des dimensions environnementales quand vient le temps d’organiser de grandes rencontres sportives − décisions qui, traditionnellement, ont été fondées sur les retombées économiques.
Voilà pourquoi en 2018, à la Conférence des parties (COP 24) sur le climat de Katowice, en Pologne, le milieu sportif et la branche onusienne consacrée aux changements climatiques ont lancé un cadre de référence sur l’action climatique dans le sport, visant la promotion d’une plus grande responsabilité et l’atteinte de la carboneutralité en 2050. Plus de 300 signataires s’y sont engagés, dont la FIFA, le Comité international olympique, la Fédération internationale de l’automobile (responsable des courses de formule 1), de même que Tennis Canada, le Comité olympique canadien et le Conseil des Jeux du Canada.
Toutefois, à la lumière des coûts environnementaux associés à la coupe du monde au Qatar et considérant la tenue des Jeux asiatiques d’hiver de 2029 en Arabie saoudite, qui s’affaire à développer une véritable mégapole de 25 000 km2 en plein désert, on peut se demander si ces engagements ne font pas office de vœux pieux, voire d’écoblanchiment éhonté…
D’ailleurs, le groupe d’experts des Nations unies sur les engagements de carboneutralité, présidé par l’ancienne ministre fédérale de l’Environnement et du Changement climatique Catherine McKenna, déposait un rapport à la COP 27 recommandant aux industries, aux établissements financiers et aux villes de « rendre compte publiquement de leurs progrès en matière d’action climatique avec des informations vérifiées pouvant être comparées avec celles de leurs pairs ».
Pourquoi ne pas élargir la portée de cette grille d’analyse aux engagements pris par les organisations sportives ? Peut-être serait-ce là l’occasion de s’assurer que nos sports favoris ne deviennent pas extrêmes pour le climat, notre environnement et notre avenir !