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La pandémie de COVID-19 a-t-elle changé votre manière de faire l’épicerie ? Une tendance est claire : l’achat en ligne a de beaux jours devant lui.
Alors qu’à peine 1 % des courses alimentaires se faisaient sur Internet avant la pandémie, ce chiffre s’élevait à 6 % en mars 2022 au Canada, selon l’économiste spécialisé en agroalimentaire Sylvain Charlebois. Le hic : la clientèle est désormais habituée à recevoir sa commande très, très rapidement. Pour répondre à la demande, une poignée de jeunes pousses offrent des services de livraison en aussi peu que 10 minutes. Peu présentes au Canada pour le moment, elles cartonnent dans les grandes villes d’Europe et des États-Unis.
Pour réussir leur mission presque impossible, ces compagnies ont recours à des « magasins fantômes » : de mini-entrepôts disséminés à travers la ville et aménagés de manière à optimiser l’espace de stockage et à faciliter la collecte des articles à livrer. Aucun client n’est admis sur place. La transaction s’effectue via une appli et on ne peut acheter qu’une sélection limitée d’articles les plus fréquemment commandés.
Cette approche est une manière intéressante de résoudre le problème du « dernier kilomètre ». La dernière étape du processus de distribution, qui mène vos colis jusqu’à votre porte, peut représenter plus du tiers des coûts de livraison pour l’entreprise et le tiers de ses émissions de GES liées au transport. Des litres d’encre ont été consacrés à l’étude de son optimisation. Les magasins fantômes sont-ils l’innovation tant attendue ?
Leurs effets sur les villes sont flagrants. À Paris, les plaintes de riverains qui ont vu leur rue autrefois tranquille transformée en quai d’expédition ont mené les autorités municipales à sévir. Certains urbanistes s’inquiètent aussi de l’impact potentiel de ces commerces à la façade anonyme sur les quartiers. Auront-ils les mêmes effets négatifs sur le tissu social et la sécurité des rues que des locaux laissés vacants ?
Il ne faudrait pas oublier les livreurs et livreuses, dont les conditions de travail sont notoirement alarmantes. Salaires faméliques, impératif de livrer dans les délais impartis menant à divers accidents de travail, frais liés à l’entretien du moyen de transport… Allons-nous trop loin dans notre désir de recevoir nos achats quasiment instantanément ?
Il faudra des réglementations claires pour permettre à cette nouvelle façon d’acheter de prendre racine d’une manière responsable. Sur quelle appli nous faudra-t-il les commander ?