Photo: Michel Caron/Université de Sherbrooke
Un retour rapide au travail après un congé de maternité pourrait accentuer l’anxiété de séparation chez les enfants dans les premières années de leur vie.
Au Québec, dans la plupart des cas, on a la chance de pouvoir s’arrêter de travailler plusieurs mois pour accueillir son bébé tout en recevant une partie de son salaire. Mais, dans certaines familles, cette réduction de revenus peut être difficile à encaisser. Dans un tel cas, qu’est-ce qui est le moins préjudiciable pour l’enfant : le garder longtemps à la maison et vivre un stress financier ou retourner au travail rapidement ?
C’est la question qu’ont posée Gabrielle Garon-Carrier et Caroline Fitzpatrick, professeures au Département de psychoéducation de l’Université de Sherbrooke. Dans une étude qu’elles ont publiée en juillet 2023 dans la revue Health Education and Behaviour, elles démontrent les bienfaits d’un congé de maternité plutôt long que court sur la santé mentale des enfants.
« Nous avions déjà des données sur l’influence d’une entrée rapide en milieu de garde sur les troubles du comportement chez les enfants, ou encore sur les effets socioaffectifs et cognitifs de certaines dynamiques familiales précaires, mais très peu d’études étaient centrées sur les congés parentaux et leur lien avec le bien-être des enfants », explique Gabrielle Garon-Carrier. Les études étaient axées sur les aspects économiques chez les parents en congé plutôt que sur les aspects affectifs et centrées sur les enfants, ajoute-t-elle.

L’équipe de Gabrielle Garon-Carrier. Photo: Michel Caron/Université de Sherbrooke
D’après les travaux des chercheuses, menés sur des enfants de 17 mois à 6 ans, un congé de maternité de plus de 5 mois diminuerait de manière importante le risque de développer un problème d’anxiété de séparation pendant la petite enfance, et ce, malgré une situation financière précaire. « J’ai été surprise de constater que la situation économique précaire, si elle est temporaire, contribue moins à l’anxiété des parents, et donc, des enfants, qu’un retour rapide au travail », confie la scientifique.
Attention ! Cela ne signifie pas que, si une mère doit retourner rapidement au travail, son enfant vivra obligatoirement de l’anxiété de séparation, tient à préciser Gabrielle Garon-Carrier. « Et il y a également des manières de prévenir cette anxiété auprès de l’enfant ; en le rassurant, par exemple, ou en établissant une routine claire, en la lui expliquant, en le réconfortant », croit la professeure.
Plus de 1295 familles québécoises ont été sondées pour cette étude, réparties en trois groupes de mères qui, 5 mois après la naissance de leur enfant, étaient soit en congé de maternité sans difficulté financière, soit en congé de maternité et en situation de précarité économique, soit retournées au travail.
En guise de solutions, les chercheuses proposent, par exemple, des changements dans les politiques publiques afin que le congé de maternité soit mieux rémunéré. « L’idée serait que le pourcentage du salaire déjà payé soit plus élevé pour les familles à risque de précarité financière », détaille Gabrielle Garon-Carrier. Elle ajoute aussi que la durée de la couverture salariale à 70 % pourrait être plus longue que 18 semaines. « Cette recommandation, de simplement rémunérer le congé parental, peut toutefois s’appliquer à d’autres pays, comme aux États-Unis, où il n’y a pas de congé payé du tout », affirme la chercheuse.
Le constat s’adresse à tous les parents, bien que l’étude se penche sur les mères. « Quand on parle d’anxiété de séparation, on parle de la figure d’attachement principale. Ça peut être le père, mais comme le congé le plus long est encore attribué à la mère, il s’agit souvent d’elle », spécifie Gabrielle Garon-Carrier.
Dans les prochaines années, grâce à un nouveau financement, la professeure et son équipe s’intéresseront au congé parental, donc du côté du père aussi, et à ses retombées sur la santé mentale des parents.

Ont aussi participé à cette découverte : Arya Ansari de l’Université d’État de l’Ohio, aux États-Unis, et Rachel Margolis de l’Université Western Ontario.