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Lors d’une naissance, un manque d’oxygène chez le nourrisson peut avoir des conséquences dramatiques. Une équipe montréalaise a trouvé une piste prometteuse pour limiter les séquelles.
D’un bout à l’autre du monde, 8 bébés sur 1000 manquent d’oxygène à la naissance. L’asphyxie néonatale peut survenir par exemple lorsque le cordon ombilical étrangle le nouveau-né. Ce manque cause souvent des décès ou de lourds handicaps, comme la paralysie cérébrale, caractérisée par une combinaison de troubles moteurs, sensoriels et cognitifs.
La privation d’oxygène a deux répercussions délétères sur le cerveau : la mort rapide de neurones dans les cas graves, et le déclenchement de réactions chimiques destructrices. Celles-ci tuent d’autres neurones quelques heures plus tard. Cette deuxième vague de mortalité neuronale semble causer la plupart des handicaps mentionnés plus haut.
Pour contrecarrer les effets de ces réactions chimiques néfastes, une équipe de l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill a eu l’idée d’administrer à ces nouveau-nés du sildénafil, autrement dit, du Viagra, ce médicament mieux connu pour contrer la dysfonction érectile.
Selon des études sur les rats, le sildénafil aide en effet à maintenir les neurones en vie. Il stimule aussi leur régénération, leur maturation et les connexions entre eux.
Un mécano pour le cerveau
En cas d’asphyxie néonatale, le traitement habituel consiste à placer rapidement le bébé sur un matelas refroidi à l’eau, afin de diminuer sa température corporelle à 33,5 °C. Le froid ralentit les réactions chimiques néfastes le temps que le bébé récupère, sous sédation, pendant trois jours. « Ce traitement préventif n’est toutefois pas une panacée, déplore Pia Wintermark, la pédiatre-néonatologue qui a mené ces travaux. Je préconise plutôt une approche réparatrice. »
De 2016 à 2019, à l’Hôpital de Montréal pour enfants, l’équipe de la Dre Wintermark a recruté 24 nouveau-nés placés en hypothermie pour asphyxie néonatale. Première étape : constater l’étendue des dommages à leur cerveau, visibles deux jours après leur naissance, grâce à l’imagerie par résonance magnétique (IRM). « Pour maintenir l’hypothermie pendant l’IRM, les bébés étaient installés dans des couvertures et des coussins stabilisateurs refroidis au congélateur, » décrit la pédiatre, dont l’étude a été publiée dans The Journal of Pediatrics.
Environ la moitié des bébés présentaient des lésions assez graves pour participer à l’étude. L’équipe leur a donc administré du sildénafil aussitôt, avant même la fin du traitement hypothermique : une dose liquide toutes les douze heures, directement dans l’estomac via un tube inséré par la bouche, pendant sept jours.
Au total, huit bébés ont reçu du sildénafil, alors que trois ont reçu un placebo. Deux ont subi de légères baisses de tension artérielle à la première dose, mais le traitement s’est montré sécuritaire.
Les bébés ont ensuite passé des IRM à l’âge d’un mois, puis à 18 mois. Les bambins du groupe sildénafil présentaient moins de dommages au cerveau que ceux du groupe placebo. À 18 mois, ils obtenaient aussi de meilleurs résultats aux tests de motricité et d’habiletés cognitives et langagières. Très encourageant, même si le nombre de sujets était plutôt faible.
La médecin prépare maintenant l’étape suivante : tester le sildénafil sur un plus grand nombre de bébés, avec un dosage optimisé grâce à des recherches complémentaires déjà effectuées. « Trois hôpitaux québécois et deux albertains sont de la partie », se réjouit-elle.
En parallèle, Pia Wintermark dirige une étude en Ouganda. « Dans de nombreux pays, les familles n’ont pas accès rapidement à des traitements hypothermiques. Or, le sildénafil ne coûte pas cher. On le teste donc « à chaud ». »