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La célèbre plante à fleurs jaunes est au cœur de nombreux travaux scientifiques. Recension en trois actes.
1. Il témoigne de la richesse du français
Comme bien des plantes communes, le pissenlit de nos jardins (Taraxacum officinale) a porté plusieurs noms selon les régions et les époques, comme rapporté dans l’Atlas linguistique de la France. Cet ouvrage paru il y a 125 ans présente des cartes indiquant les mots usuels de l’époque dans chaque localité.
La carte consacrée au mot « pissenlit » est particulièrement riche, avec au moins 25 désignations différentes. D’abord, les variantes de pisoli, qui signifie « pisse-au-lit » – clin d’œil aux vertus diurétiques de la plante. Puis, dent de lion, dent de chien, coustélino (petit couteau) ou cramaillot (crémaillère) en référence à ses feuilles dentelées. La texture douce, soyeuse et légère des aigrettes a donné bourre de coucou, duvet ou minou.
« Pour nommer un objet nouveau, l’être humain sélectionne un trait saillant, procède par analogie, fait des comparaisons. Il récupère souvent un mot existant », explique Carole Chauvin, chercheuse au GIPSA-lab de l’Université Grenoble Alpes.
« Ainsi, une plante sera nommée selon sa forme, sa couleur, son goût, son odeur, sa toxicité, sa période de pousse ou ses usages. C’est ce que les linguistes appellent la “motivation sémantique”. Puis le nom créé [passe dans l’usage seulement s’il est] accepté par la communauté, explique la spécialiste en sciences du langage. L’étude des noms des plantes nous fait découvrir les rapports entre elles et les êtres humains dans l’espace et dans le temps. »
2. On s’en inspire
Chaque graine de pissenlit est surmontée d’une petite touffe de soies, appelée pappus. Comme un parachute, ce dernier ralentit la chute des graines, maximisant ainsi leurs chances d’être dispersées à tout vent – au grand dam des amateurs de pelouses parfaites.
Cela dit, la forme particulière du pappus le rend quatre fois plus efficace qu’un parachute, révélait une équipe écossaise dans Nature en 2018. Grâce à une petite soufflerie verticale, les scientifiques ont pu photographier et décrire pour la première fois le tourbillon d’air – un vortex toroïdal, soit en forme de beigne – généré au-dessus du pappus. Ce mécanisme pourrait inspirer les concepteurs de drones miniatures peu énergivores.
Plusieurs membres de la même équipe ont aussi montré en 2022 que la forme du pappus s’adapte aux conditions atmosphériques. En présence d’humidité, les soies se referment et les graines se détachent plus difficilement de la plante. Le pappus s’ouvre par temps sec, quand les vents sont généralement plus forts. Ainsi, la plante essaime moins passivement qu’à première vue. Selon l’équipe, on pourrait imiter cette particularité anatomique pour créer des robots actionnés par l’humidité, et des matériaux qui y réagissent.
La boule blanche de graines de pissenlit a aussi la particularité d’emprisonner une bonne quantité d’air quand on l’immerge dans l’eau. Selon les calculs d’une équipe de l’Université de Trente, en Italie, si on inventait une combinaison de plongée capable de capturer l’air de façon similaire, celle-ci pourrait en fournir assez à son propriétaire pour qu’il respire 10 minutes.
3. On le cultive
Quand on le coupe, le pissenlit laisse couler un latex blanc, collant et mauvais au goût : la plante rebute ainsi les insectes qui tenteraient de la grignoter. Mais ce latex constitue aussi une source prometteuse de caoutchouc naturel. À l’heure actuelle, ce matériau est importé d’Asie. Or, les monocultures d’hévéa sont menacées par un champignon pathogène.
En revanche, les racines du pissenlit russe (Taraxacum kok-saghyz) sont particulièrement riches en latex. La plante était d’ailleurs cultivée à cet effet en Russie dans la première moitié du 20e siècle.
Toutefois, selon plusieurs recherches menées chez nous il y a une dizaine d’années, il faudrait rendre le pissenlit russe plus performant pour que sa culture à grande échelle soit rentable.
Dans les serres de l’Université d’État de l’Ohio, la chercheuse Katrina Cornish y travaille depuis plus de vingt ans. Elle teste aussi des méthodes d’extraction du latex dans une usine pilote. Des recherches financées notamment par l’industrie du pneu ! Toutefois, le secteur médical pourrait être le premier intéressé par le caoutchouc de pissenlit : contrairement à celui de l’hévéa, son latex est hypoallergène. Les agriculteurs du futur sèmeront-ils délibérément des pissenlits dans leurs champs ?
- Cette carte tirée de l’Atlas linguistique de la France présente les variations lexicales du mot « pissenlit » et leur prononciation en alphabet phonétique. Cet ouvrage savant du début du 20e siècle a été élaboré à partir d’enquêtes de terrain.
- Gros plan du pappus qui coiffe chaque graine de pissenlit. Quand l’air traverse ce bouquet de fines soies, il forme un vortex toroïdal qui aide la graine à se maintenir en vol.
- Quand le taux d’humidité est élevé, les soies du pappus sont fermées. Elles s’ouvrent par temps sec et venteux.
- Des plants de pissenlit russe (Taraxacum kok-saghyz) dans les serres de l’Université d’État de l’Ohio.
- Le latex extrait des racines du pissenlit russe est d’une qualité comparable à celui de l’hévéa.
- Pressé entre les doigts, un pissenlit mûr plongé dans l’eau libère beaucoup d’air.
Photos de la première rangée: ANR « ECLATS » ; Cummins et al. (2018), Nature 562, 414–418; Seale et al. (2022), eLife 11:e81962
Photos de la deuxième rangée: Mofidi et al. (2024), PLOS ONE 19(1) : e0295694 ; Pugno et al. (2021), Materials Today Bio, 9, 100095, ISSN 2590-0064, avec la permission d’Elsevier.





