Les captchas, ces tests de vérification de l’identité humaine, n’ont cessé d’évoluer. Mais sont-ils en passe de devenir inutiles?
Je me souviens de la belle époque où, pour prouver à un site Web que je suis faite de chair et d’os, il me suffisait de déchiffrer quelques mots un peu brouillés et de les inscrire dans une boîte.
Au début des années 2000, les tests captchas (Completely Automated Public Turing test to tell Computers and Humans Apart) ont permis d’analyser des livres vieux de 150 ans numérisés par Google. Chaque petit rébus que vous résolviez améliorait l’outil de reconnaissance des caractères. Aujourd’hui, un peu grâce à vous, 40 millions de livres sont disponibles par l’entremise de Google Books.
La même technique sert aussi à reconnaître des images. Tous ces ponts, motocyclettes ou passages piétons sur lesquels vous cliquez entraînent les voitures autonomes du futur.
En vérifiant que vous n’êtes pas une machine (ce qu’on appelle un « test de Turing ») avant de vous laisser accéder à un contenu en ligne, ces captchas jouent un rôle essentiel pour vous protéger et empêchent les attaques automatisées contre les sites que vous fréquentez. C’est un peu comme montrer sa carte d’identité pour pouvoir entrer dans un bar.
Le hic, c’est qu’en entraînant des outils d’apprentissage automatique grâce aux captchas, nous rendons du même coup ces épreuves inutiles. D’où la multiplication récente de nouvelles versions de ces tests. Avez-vous remarqué qu’on vous demande désormais de changer l’orientation d’une botte ou d’un bateau, ou encore d’insérer une pièce de puzzle au bon endroit ?
Le problème était déjà connu en 2016 : un outil de reconnaissance d’images conçu par une équipe de l’Université Columbia avait alors résolu 70 % des captchas imagés en 19 secondes. Plus récemment, la compagnie OpenAI a mené une expérience déroutante : son bot a pu recruter un humain pour résoudre un captcha à sa place, en prétendant être une personne malvoyante incapable de relever le défi. Si les portiers du Web deviennent inutiles, comment les sites Web seront-ils protégés ?
La recherche pour développer le prochain test de Turing bat son plein. Devrons-nous bientôt faire tourner notre téléphone cellulaire d’une façon précise ? Ou nos appareils pourraient-ils être configurés de manière à confirmer auprès des sites visités que nous appartenons réellement au genre humain ?
Cette course pour créer des outils prouvant notre humanité a surtout une petite saveur philosophique. Car le développement effréné de l’intelligence artificielle soulève la crainte que des machines nous remplacent dans de nombreux domaines. Chaque fois que nous relevons un défi sur lequel ces outils se cassent les dents, nous prouvons que le gros bout du bâton est encore entre nos mains.
Saviez-vous que vous avez déjà fait du travail du clic?
Pour aseptiser les modèles d’intelligence artificielle, des personnes passent des journées à visionner du contenu violent. Pourra-t-on un jour se passer de ce travail du clic?