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09 janvier 2025
Temps de lecture : 2 minutes

Cancer de la prostate : quand les hormones féminines s’en mêlent

Portrait.

Étienne Audet-Walsh Photo: Christine Flageole

Et si des médicaments contre le cancer du sein pouvaient traiter le cancer de la prostate ? De quoi transformer les soins pour les patients en cas de récidive.

Il y a près de 60 ans, le chercheur canado-américain Charles Huggins recevait le prix Nobel de médecine pour avoir découvert que le développement du cancer de la prostate est stimulé par les hormones masculines, dont la testostérone. Depuis ces travaux, on traite ce cancer notamment en empêchant l’organisme de sécréter ces hormones naturelles. C’est l’hormonothérapie.

Cependant, dans la majorité des cas, le cancer de la prostate, le cancer le plus fréquent chez les hommes canadiens, et la troisième cause de décès par cancer, finit par développer une résistance à ces traitements d’hormonothérapie.

Mais des travaux récents ont démontré que le cancer de la prostate est aussi stimulé par les estrogènes, ces hormones dites « féminines », également produites par les hommes, mais en plus faible quantité.

« On savait que les estrogènes étaient liés au développement et à la progression du cancer de la prostate, mais on ne savait pas ce qu’ils faisaient au niveau cellulaire ni quels patients bénéficieraient d’une thérapie anti-estrogène », explique Étienne Audet-Walsh, professeur au Département de médecine moléculaire de la Faculté de médecine de l’Université Laval. Avec de nombreux collègues, il a donc voulu voir quel était le rôle des estrogènes et comment ils agissaient sur les tumeurs. Leurs résultats ont été publiés dans The Journal of Clinical Investigation, en avril 2024.

Les scientifiques ont étudié les tumeurs de 280 patients et ont découvert que la moitié d’entre elles possédaient des récepteurs aux estrogènes. En comparant ces résultats avec les dossiers médicaux des patients, ils ont constaté que l’abondance de ces récepteurs était liée au risque de récidive du cancer, à sa progression, à la formation de métastases et inversement corrélée à la survie des patients. L’équipe a aussi montré que, lorsqu’ils se fixent aux récepteurs, les estrogènes déclenchent une série de réactions qui favorisent la prolifération des cellules.

« Les patients dont la tumeur possède des récepteurs aux estrogènes pourraient bénéficier de médicaments qui bloquent ces récepteurs », souligne le professeur Audet-Walsh. Et de tels médicaments anti-estrogènes existent déjà : on les utilise depuis 40 ans pour traiter le cancer du sein.

Outre les traitements suppresseurs d’androgènes, les options sont rares pour les hommes chez qui le cancer réapparaît. Ce nouveau traitement serait destiné aux patients qui développent une résistance à l’hormonothérapie classique, ou ceux qui, après l’opération chirurgicale, ont un risque élevé de récidive.

« L’idée, c’est d’avoir un traitement qui évite la chimiothérapie, ce qui pourrait améliorer la qualité de vie des patients », souligne Étienne Audet-Walsh. Son espoir : que ces travaux se traduisent par des études cliniques positives « dans un horizon de trois à cinq ans ». Rien d’irréaliste, car, comme les médicaments anti-estrogènes sont déjà utilisés dans d’autres contextes, on pourra escamoter les premières phases de recherche clinique, qui visent notamment à déterminer les effets secondaires des traitements. « Ça va accélérer le processus », conclut-il.

 

Ont aussi contribué à cette découverte : 26 autres chercheuses et chercheurs de plusieurs unités de l’Université Laval
et du Centre de recherche du Centre hospitalier universitaire de Québec.

L’avis du jury

Cette étude pourrait rapidement se traduire en progrès thérapeutique, ce qui offrirait une option supplémentaire à de nombreux hommes atteints du cancer de la prostate.

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