Que cherchez-vous ?

Publicité
09 janvier 2025
Temps de lecture : 2 minutes

Enfin un vaccin universel contre la grippe aviaire ?

Photo: Un groupe de poules dans l'herbe.

Photo: Shutterstock

Grâce à des nanoparticules, une équipe a développé des formules prometteuses pour un vaccin universel contre la grippe aviaire et un vaccin intranasal modulable.

Responsable de la grippe aviaire, le virus H5N1 cause régulièrement des ravages dans les populations d’animaux sauvages et d’élevage. Des cas récents ont été détectés chez des mammifères marins, des bovins et même des porcs. Ayant le potentiel de déclencher une pandémie, H5N1 fait aussi partie des virus les plus dangereux pour les êtres humains. Bien que la transmission entre individus demeure rare, le taux de mortalité dépasse 50 % chez les personnes contaminées. « Si une mutation vient à permettre la transmission d’humain à humain, vous pouvez imaginer le chaos », souligne Denis Archambault, médecin vétérinaire et professeur en virologie et en immunologie à l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

Après des années de recherche, une formule vaccinale pourrait transformer la lutte contre ce virus hautement pathogène. Elle a été mise au point par Denis Archambault et son collègue, Steve Bourgault, titulaire de la Chaire du Canada en chimie des nano­assemblages biologiques, en collaboration avec différents laboratoires au Canada et en France. Publiés en septembre 2024 dans la revue NPJ Vaccines, les essais montrent que le vaccin protège complètement les poulets, sans aucune mortalité ni transmission du virus. Du jamais vu.

Les vaccins traditionnels contre la grippe déclenchent généralement une réaction immunitaire contre l’hémagglutinine, une protéine située à la surface du virus. Le problème, c’est que cette dernière a une fâcheuse tendance à muter fréquemment ; il faut donc régulièrement adapter le vaccin en utilisant la dernière souche en circulation.

L’équipe de Denis Archambault et de Steve Bourgault a plutôt sélectionné une molécule plus stable du virus : une portion de la protéine M2, qui évolue peu avec le temps. On la retrouve donc presque inchangée d’une souche virale à l’autre, mais elle est insuffisante pour déclencher une forte réponse immunitaire chez les animaux.

Pour contourner cet obstacle, les scientifiques ont conçu un assemblage imparable. Ils ont fixé de multiples copies de M2 sur des nanoparticules qui renforcent la réaction immunitaire et y ont ajouté des copies d’hémagglutinine. « Cette combinaison permet d’amplifier fortement la réponse immunitaire spécifique contre M2 », explique Steve Bourgault. De plus, le vaccin a volontairement été fabriqué à partir d’une souche virale éloignée de la souche utilisée pour infecter la volaille vaccinée, ce qui laisse entrevoir un large spectre de protection pour différents variants du virus. Un potentiel vaccin universel contre la grippe aviaire, en quelque sorte.

En parallèle, les chercheurs et chercheuses ont développé un autre vaccin sur un modèle semblable à base de nanofilaments, conçu pour être administré par voie nasale. En neutralisant les virus dès leur entrée dans les voies respiratoires, ce vaccin pourrait prévenir efficacement des maladies comme la grippe ou la COVID-19, aussi bien chez les humains que chez les animaux. Testé avec succès sur des souris contre la grippe, ce vaccin intranasal tire profit des nanoparticules pour remplacer l’adjuvant qui fait généralement obstacle au développement de ce type de vaccin.

« Le vaccin pourrait être un petit vaporisateur vendu en pharmacie », propose Steve Bourgault. « Dans les élevages avicoles, un tel vaccin pourrait être administré plus facilement par des nébuliseurs diffusant une fine bruine », ajoute Denis Archambault.

Leur commercialisation n’est pas pour demain, mais les deux vaccins pourraient être des armes cruciales pour enrayer la grippe aviaire et d’autres infections au potentiel pandémique.

 

Ont aussi participé à ces découvertes :
Vaccin contre la grippe aviaire :
 Vinay Khatri (UQAM) ; le Centre national des maladies animales exotiques (Winnipeg) ; l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (France).
Vaccin intranasal : Philippe St-Louis, Clément Martin et Vinay Khatri (UQAM).

L’avis du jury

Sujet brûlant d’actualité, la grippe aviaire est une menace qui revient trop fréquemment sur le devant de la scène. La quête d’un vaccin universel est une sorte de Graal, et cette piste pourrait bien y mener.

Publicité