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14 janvier 2025
Temps de lecture : 1 minute

Une bûche vieille de 3775 ans comme piste de stockage du carbone

Photo: Mark Sherwood, Université du Maryland

Et si on enfouissait du bois dans le sol pour séquestrer du carbone?

Lorsque sa pelle mécanique s’est heurtée à un arbre enfoui deux mètres sous terre, Ghislain Poisson ne se doutait pas qu’il venait de trouver un cèdre rouge vieux de 3775 ans remarquablement bien conservé. Il ignorait aussi que cette trouvaille servirait à démontrer la faisabilité d’une solution originale pour stocker du carbone.

Ghislain Poisson est agronome au ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation. En 2013, il collaborait avec des agriculteurs de Saint-Pie, en Montérégie, pour désencombrer un cours d’eau. Des amoncellements de bois causaient alors des embâcles risquant d’aggraver l’érosion des berges, notamment lors des crues printanières.

Mais comment se débarrasser ensuite de ces branches et de ces troncs ? « Un des producteurs, qui avait accumulé un tas assez important, proposait de les brûler, parce qu’il ne pouvait pas les revaloriser autrement », se remémore Ghislain Poisson. Ce dernier s’est alors demandé si le renvoi de tout ce carbone directement dans l’atmosphère était la meilleure solution.

À cette époque, il avait eu vent du wood vaulting (« séquestration de bois »), une technique que le climatologue Ning Zeng étudie au Département des sciences atmosphériques et océaniques de l’Université du Maryland. Le principe : enfouir du bois mort dans le sol pour éviter qu’il se décompose.

Ghislain Poisson invite donc Ning Zeng à mener avec lui un projet pilote d’enfouissement de bois à Saint-Pie. C’est lors des travaux d’excavation qu’ils tombent, épatés, sur cette souche presque intacte et très ancienne, d’après une datation au carbone 14. D’autres analyses réalisées sur une bûche emportée au laboratoire ont ensuite montré qu’elle avait conservé environ 95 % de son carbone !

Dans leur étude publiée en septembre 2024 dans la revue Science, les chercheurs expliquent que l’arbre, enfoui à une profondeur de deux mètres et recouvert d’une couche d’argile gorgée d’eau, a été presque totalement coupé de l’oxygène pendant trois millénaires.

Dans un tel environnement « anoxique », les micro-­organismes ont bien du mal à digérer la lignine, un composant du bois riche en carbone. « La nature elle-même a trouvé cette façon de stocker du carbone pour des millénaires ! » lance Ghislain Poisson.

Selon Ning Zeng, le wood vaulting a un potentiel énorme pour de grandes quantités de résidus forestiers. Il reste à déterminer si cette technique encore embryonnaire pourrait être déployée à large échelle.

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