Que cherchez-vous ?

Publicité
04 mars 2025
Temps de lecture : 1 minute

Contre l’insomnie, gare à l’automédication

Photo: Shutterstock

L’insomnie affecte la santé physique et mentale de 16 % de la population. Parmi ces gens, trop s’autotraitent inefficacement, malgré l’existence de meilleurs traitements.

Au Canada, près d’une personne sur six souffre d’insomnie. C’est ce que révèle une étude du Consortium canadien sur le sommeil dirigée par Charles Morin, de l’École de psychologie de l’Université Laval et du Centre de recherche CERVO, et publiée dans Sleep Medicine en décembre 2024. Parmi ces personnes qui présentent des difficultés à s’endormir ou à rester endormies, 46 % ont utilisé des produits pour aider au sommeil au cours des douze mois précédant l’enquête. « C’est presque le double d’il y a 16 ans », précise Charles Morin. On note également que plus de 16 % des sujets de l’étude ont utilisé des produits dérivés du cannabis pour mieux dormir. « Les recours thérapeutiques sans ordonnance [comme le cannabis, l’alcool, les médicaments] peuvent améliorer le sommeil à court terme, mais une utilisation chaque nuit sur une période prolongée leur fait perdre leur efficacité », indique le chercheur. Et ce n’est bien sûr pas anodin.

En première ligne pour traiter l’insomnie chronique, la thérapie cognitivo-comportementale contre l’insomnie (TCC-I) donne les meilleurs résultats. « Cela fait 30 ans que je travaille là-dessus. Dans les cinq dernières années, elle a finalement été reconnue comme le traitement de choix pour l’insomnie. Il faut être patient avec ce traitement, mais les gains obtenus sont durables, contrairement à ceux des somnifères », dit Charles Morin. La TCC-I consiste en une psycho­thérapie de quelques semaines qui vise à déconstruire les comportements et les croyances à l’origine de l’insomnie. Il a été démontré que cette intervention améliore le sommeil de plus de la moitié des personnes qui l’essayent. Toutefois, elle est peu accessible.

Dans une lettre ouverte publiée récemment dans Le Devoir, une cinquantaine de scientifiques et de membres du personnel de la santé ont plaidé pour un remboursement de ce traitement par la RAMQ. Son premier auteur, Thien Thanh Dang-Vu, neurologue et chercheur à l’Institut de gériatrie de Montréal et professeur à l’Université Concordia, déplore le peu d’accès à la TCC-I pour les personnes ayant peu de moyens financiers, vivant en région éloignée ou n’ayant pas d’assurance privée. Avec une équipe de recherche à Concordia, il a contribué en 2024 à une étude pilote démontrant les bienfaits de la TCC-I et de l’exercice physique chez les patients souffrant d’apnée du sommeil et d’insomnie. « Il serait bien de développer une première ligne d’interventions contre l’insomnie, testées et validées par des études scientifiques, comme des capsules sur le Web », conclut-il. Au Canada, le fardeau économique de l’insomnie se chiffre à 1,9 milliard de dollars par année.

Publicité