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15 mai 2025
Temps de lecture : 1 minute

Pourquoi je suis encore sur Facebook

Illustration: portrait en noir et blanc de Gabrielle Anctil.

Faut-il fuir ou rester pour résister? La question se pose autant dans nos vies réelles que sur les réseaux sociaux.

En novembre 2016, au moment où les recherches faites sur Google pour « déménager au Canada » explosaient aux États-Unis, j’ai croisé une connaissance vivant au sud de la frontière avec la double nationalité. Je lui ai demandé si elle comptait utiliser son passeport canadien pour fuir le tumulte qui s’annonçait. « Pas du tout », a-t-elle répondu, m’expliquant qu’il était essentiel que des gens comme elle restent sur place et soutiennent leur communauté.

Sa réponse me revient chaque fois qu’il est question de quitter un endroit – physique ou virtuel. Que dirait-elle aux gens qui ferment leur compte sur X ou Facebook ? Depuis l’achat de Twitter (maintenant X) par Elon Musk en 2022 et avec la récente volte-face de Mark Zuckerberg sur la fin de la vérification des faits sur Facebook, la question revient régulièrement à l’avant-plan. À l’instar de cette amie, j’ai souvent l’impression que ces départs risquent de faire plus de mal que de bien.

C’est aussi ce que croit la spécialiste québécoise des réseaux sociaux Nellie Brière, qui, en janvier, a déclaré que « laisser ces espaces entièrement à la droite, c’est [lui] donner les clés d’une influence démesurée sur notre démocratie » dans une publication… sur Facebook. Qui sera là pour faire contrepoids à la désinformation, décrite comme une menace existentielle à notre démocratie en 2025 dans un rapport sur l’ingérence étrangère, si les personnes préoccupées par la qualité des faits délaissent ces plateformes ? Pas les médias journalistiques, puisque, rappelons-le, Meta leur a bloqué l’accès sur Facebook et Instagram au Canada il y a deux ans.

Certes, tout le monde n’a pas la même expérience en ligne. Déjà en 2023, Amnesty international dénonçait l’intensification des discours violents visant les personnes LGBTQ+ sur X. Il est toujours légitime de quitter un endroit pour sa propre sécurité, bien sûr. C’est plutôt aux gens comme moi que je pense – ceux qui se préoccupent de la science et qui, hormis la « merdification » de ces plateformes, ne subissent pas réellement les effets délétères des visées politiques de leurs propriétaires.

Le climat incertain sur ces réseaux sociaux nous rappelle aussi l’importance de prendre le contrôle sur nos amitiés virtuelles. Imaginez que vous puissiez télécharger une liste de vos contacts sur Instagram, à l’instar d’une liste de courriels, pour la transférer sur une plateforme qui correspondrait mieux à vos valeurs. C’est ce que propose l’initiative Free Our Feeds, qui aspire à « libérer les réseaux sociaux de l’influence des milliardaires » en développant de manière indépendante le protocole AT, pour l’instant piloté par Bluesky. À terme, ce protocole devrait permettre aux internautes de se déplacer d’une plateforme à l’autre sans perdre leur réseau. En ces temps de tumultes politiques, cette mission est de plus en plus urgente. 

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