Connaissez-vous le low tech? Gabrielle Anctil explore cette tendance qui mise sur la simplicité et la réduction radicale de notre consommation technologique.
Le site du magazine en ligne Low-tech n’est pas toujours accessible. C’est voulu ! Alimenté par une batterie connectée à un panneau solaire, il dépend de la météo à Barcelone, où son serveur est situé. L’interface du site indique d’ailleurs le taux de chargement de la batterie, une manière de rappeler aux internautes qu’en lisant un article sur la fabrication d’un vélo générateur d’électricité ou l’art de la fermentation, ils et elles utilisent aussi des ressources quelque part sur la planète.
La publication s’inscrit dans une tendance grandissante visant la remise en question du développement de technologies comme seule solution aux crises environnementales et sociales. Beaucoup critiquent en effet ce que le chercheur Evgeny Morozov décrit comme le « technosolutionnisme », une vision selon laquelle nos problèmes pourraient être résolus par le développement de technologies adaptées.
Au contraire, arguent les adeptes du low tech, chiffres à l’appui, ces solutions ne seront jamais suffisantes. Il faut plutôt « réduire, au plus vite et drastiquement, la consommation de ressources par personne », écrit l’un des penseurs principaux de cette vision, Philippe Bihouix. Dans le livre L’âge des low tech, paru en 2014, il affirme carrément que « l’enjeu n’est pas entre croissance et décroissance, mais entre décroissance subie […] ou décroissance choisie ». D’où l’intérêt pour ces technologies qui, prenant inspiration sur le passé, priorisent la simplicité, la durabilité et la réparabilité.
Cette vision me rappelle celle portée par le courant de science-fiction solarpunk, qui rassemble des œuvres cherchant à répondre à la question : à quoi ressemble une civilisation durable et comment y parvenir ? Inspirée par l’idée que notre manque d’imagination limite notre futur, cette vision est une réponse directe à la multiplication des œuvres de fiction dystopiques. « Les solarpunks résistent au présent en imaginant un avenir qui nécessite un changement sociétal radical, […] mais pas radicalement impossible », écrit la chercheuse Jennifer Hamilton en guise de définition.
Tout comme les principes portés par le low tech, le solarpunk tire son inspiration des technologies d’aujourd’hui, comme les panneaux solaires, et offre une vision du futur qui, bien que différente de notre société actuelle à plusieurs égards, correspond en fin de compte aux désirs de beaucoup d’entre nous. Au cœur de ces visions inspirantes, on retrouve des concepts qui font les manchettes, comme la densification et le verdissement de nos villes, les déplacements actifs ou la mise en commun de nos savoirs. Face au risque d’un futur morose, rêver à un monde meilleur et atteignable, c’est révolutionnaire !