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04 septembre 2025
Temps de lecture : 1 minute

Un conifère menacé d’extinction à cause d’activités humaines remontant à 2100 ans

Photo: Wikimedia Commons/Daderot

Le cyprès chinois des marais, un conifère de la même famille que les thuyas de nos haies, était répandu dans le sud-est de la Chine pendant des milliers d’années. Aujourd’hui, l’espèce est en danger critique d’extinction. Les raisons de son déclin font débat, mais un scénario crédible assoit la dynastie des Han au banc des accusés il y a plus de 2000 ans.

Pour reconstruire l’histoire de cet arbre, une équipe de l’Institut de géochimie de Guangzhou a étudié deux tourbières de la région, comme l’a rapporté la revue Science Advances en avril 2025. Dans ces régions marécageuses vieilles de plusieurs milliers d’années, on retrouve sous la surface des souches de cyprès enracinées dans le fond vaseux, ce qui vaut à ces endroits le surnom d’« anciennes forêts englouties ».

« Les tourbières sont des archives naturelles », explique Najat Bhiry, professeure de géographie au Centre d’études nordiques de l’Université Laval. « C’est un milieu humide, anaérobique et acide, ce qui fait que la décomposition y est très faible. Quand les plantes meurent, elles restent sur place et produisent des couches organiques superposées. »

En analysant des traces de pollen trouvées dans les différentes couches des tourbières, les scientifiques chinois ont déduit quelles espèces d’arbres vivaient là au fil des époques. Ils ont aussi prélevé des morceaux de souches submergées, comprenant des anneaux extérieurs. En datant ces échantillons au carbone 14, ils ont déterminé à quel moment les arbres ont cessé de grandir, autrement dit, quand ils sont morts.

Résultat : les cyprès des marais qui habitaient autrefois ces tourbières ont disparu il y a 2100 ans. Qui est le coupable ? Les scientifiques ont écarté l’idée d’un changement de climat, car les températures de la région sont demeurées stables durant les derniers milliers d’années. Ils soulignent plutôt que la période coïncide avec un événement historique majeur : la conquête de ce territoire par la dynastie des Han (au pouvoir de l’an -206 à l’an 220). Selon des documents de l’époque, l’armée impériale avait alors incendié la capitale du royaume local de Nanyue, et ainsi généré un brasier qui s’était propagé aux forêts avoisinantes. Le feu aurait donc réduit en cendres la partie aérienne des cyprès, mais épargné leur portion submergée. Puis, au fil du temps, ces souches à l’extrémité carbonisée se seraient enfoncées lentement dans la vase.

Pour Najat Bhiry, qui utilise des techniques similaires pour étudier les retombées des activités des populations inuites sur des forêts d’épinettes au Labrador, l’hypothèse de l’incendie provoqué pour expliquer le déclin du cyprès chinois des marais est convaincante. Un rappel que les activités humaines avaient des effets sur les éco­systèmes bien avant l’époque moderne.

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