Illustration: Rachel Idzerda
La cause la plus fréquente de vertige est bénigne. L’expérience n’en est pas moins impressionnante ! Zoom sur les vertiges positionnels paroxystiques bénins.
On me consulte souvent pour des vertiges et des étourdissements. Il s’agit d’une sensation assez unique où, soudainement, le monde se met à tourbillonner alors qu’on est immobile. C’est ce qui arrive à Lucie, une femme de 55 ans venue me consulter pour ce problème. Après le premier épisode, elle était bien inquiète.
Après ses recherches sur Google, la quinquagénaire craignait un accident vasculaire cérébral (AVC). Même s’il est vrai que des troubles neurologiques liés à un AVC ou une tumeur cérébrale peuvent parfois causer ces symptômes, la cause la plus fréquente de vertige reste les vertiges positionnels paroxystiques bénins (ou VPPB). Et, comme leur nom l’indique, ils sont sans gravité.
L’expérience du VPPB est difficile à comprendre tant qu’on ne l’a pas vécue. Ce qui distingue ces vertiges des autres pertes d’équilibre, c’est qu’ils surviennent souvent après un changement brusque de position. Imaginez-vous en train de vous reposer sur votre canapé. Puis, alors que vous vous levez pour aller chercher une collation, un vertige intense vous saisit. Votre tête tourne comme si vous étiez dans un manège ! Ces vertiges s’accompagnent souvent d’une sensation de perte d’équilibre ou d’un flottement, comme si vous étiez sur le point de vous envoler, mais cela ne dure généralement que quelques secondes.
Le VPPB est en fait un trouble de l’oreille interne, où se trouvent des cristaux appelés otolithes. Quand ceux-ci se détachent et bougent de façon anormale dans l’oreille interne, le cerveau s’imagine à tort que la tête change brusquement d’orientation, comme si on était violemment secoué. C’est là qu’on perd l’équilibre et qu’on a la sensation que tout tourne autour de nous.
Comme c’est la première fois que Lucie subissait ce type de vertige, il était essentiel de passer en revue toutes les causes possibles, en posant les bonnes questions et en s’appuyant sur un examen physique. Dans son cas, il n’y avait ni nausée, ni vomissement, ni changement auditif. Les symptômes ont commencé après qu’elle eut lavé ses planchers à quatre pattes. Ces indices orientent clairement vers un diagnostic de VPPB. Pour en être certaine, je devais toutefois procéder à un examen otorhinolaryngologique (ORL) et neurologique complet. Ici, le test à effectuer est la manœuvre de Dix-Hallpike. Cela consiste à provoquer le déplacement des cristaux dans l’oreille interne en plaçant la tête dans différentes positions. Pour chacune, j’évalue le vertige ressenti et j’observe s’il y a un nystagmus, soit un mouvement rythmique involontaire des yeux. Lucie ressentait un vertige et ses yeux effectuaient des mouvements rotatoires quand sa tête était orientée vers la gauche.
Maintenant que nous savons que Lucie souffre d’un VPPB, le traitement consiste à repositionner correctement les cristaux dans son oreille interne gauche grâce à la manœuvre d’Epley, l’une des techniques les plus utilisées. Il s’agit de faire prendre différentes positions à Lucie pour ramener les cristaux à leur place par simple gravité. Par la suite, elle devra éviter les mouvements brusques de la tête.
La plupart des personnes atteintes se rétablissent rapidement après quelques séances, mais un suivi régulier est parfois nécessaire pour éviter les récidives. Un ou une professionnelle de santé, comme un physiothérapeute, pourra pratiquer cette manœuvre et accompagner la personne dans sa récupération. Alors si ça tourne, ne vous arrêtez pas au diagnostic de Dr Google !
Maude Raymond est infirmière praticienne spécialisée (IPS) et présidente de l’Association des IPS du Québec.