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30 octobre 2020
Temps de lecture : 3 minutes

Finalement, il n’y aurait pas de phosphine sur Vénus

Vénus peut-elle abriter la vie? L’hypothèse n’est pas nouvelle, mais les indices récents semblent s’être évanouis. Photo: NASA/JPL-Caltech

La découverte de phosphine dans l’atmosphère de Vénus avait fait grand bruit en septembre 2020. Pourtant, elle est remise en doute dans plusieurs autres études qui ne trouvent aucune trace de ce gaz.

Annoncée le 14 septembre dernier, la découverte de phosphine sur Vénus a agité la communauté scientifique. Du jour au lendemain, ce gaz jusque-là inconnu du grand public a fait la une des journaux car sa présence dans l’atmosphère vénusienne pourrait être associée à la vie.

Dans l’étude menée par Jane Greaves de l’Université de Cardiff et publiée dans Nature Astronomy, dont nous parlions ici, la présence de phosphine dans les nuages de Vénus semblait incontestable, même si les chercheurs se montraient prudents quant à son origine.

Le soufflé est vite retombé : dans les semaines qui ont suivi la publication, de nombreux articles ont mis en doute cette découverte pourtant si enthousiasmante.

Une des principales actrices dans ce retournement de situation est une astrophysicienne française, Thérèse Encrenaz, du Laboratoire d’études spatiales et d’instrumentation en astrophysique (LESIA), à l’Observatoire de Paris. Elle a fait paraître le 16 octobre dans la revue Astronomy & Astrophysics une étude qui revient sur huit ans d’observation de l’atmosphère vénusienne sans avoir trouvé trace de phosphine. « Notre article est très factuel, résume-t-elle. Tout ce que nous montrons, c’est que nos observations sont incompatibles avec leurs résultats. »

Pourtant, Thérèse Encrenaz était la première à trouver les résultats de Jane Greaves solides puisqu’ils avaient été obtenus d’abord avec le James Clerk Maxwell Telescope, puis confirmés avec l’ALMA au Chili. Mais la chercheuse de Cardiff avait prévu d’aller plus loin en se servant d’un autre instrument : TEXES. Ce spectrographe situé au Texas observe les spectres d’émission des molécules de manière très précise et il est utilisé depuis des années par l’équipe du LESIA pour scruter l’atmosphère de Vénus. Jane Greaves a donc demandé du temps d’observation mais les choses ne se sont pas passées comme prévu. « Nous avions accepté, raconte Thérèse Encrenaz, mais la crise sanitaire est passée par là. Alors nous avons dû annuler, repousser, puis annuler encore… Et au final elle a dû décider de s’en passer ! »

Ironie du sort, comme c’est Jane Greaves qui avait fait la demande d’analyse au départ, son nom apparaît sur l’étude qui contredit ses propres trouvailles !

Une erreur d’interprétation?

La nouvelle étude n’explique pas d’où peuvent venir les conclusions apparemment fausses de Jane Greaves. En revanche, un autre article daté du 21 octobre signé par Ignas Snellen de l’Université de Leiden, aux Pays-Bas, apporte des éléments de réponse. L’étude mise en ligne sur Arxiv n’a pas encore été publiée mais l’équipe a ré-analysé les données recueillies par Jane Greaves et ses conclusions sont claires : il y a un problème d’interprétation.

La confusion proviendrait de la méthode utilisée pour corriger les mesures, un polynôme de degré 12. Il s’agit d’un outil mathématique servant à « nettoyer » les données car avec un corps aussi brillant que Vénus il est difficile de distinguer les raies spectrales d’une molécule en particulier. Il faut donc corriger la brillance mais avec ce polynôme, la correction est tellement forte que les résultats finaux sont très contestables. Le 27 octobre, une autre étude conduite par un chercheur de la NASA, Geronimo Villanueva, soumise à Nature Astronomy mais pas encore publiée, enfonce le clou et arrive aux mêmes conclusions.

Gare à l’emballement

Tout cela s’est fait en à peine quelques semaines, comme à chaque fois que le sujet de la vie extraterrestre arrive sur la table. Le grand public se passionne pour ces questions et l’information se retrouve vite amplifiée et déformée. « Il y a un buzz beaucoup trop enthousiaste, estime Daniele Pinti, professeur au Département des sciences de la Terre et de l’atmosphère à l’UQAM. Mais cela ne se limite pas aux médias. Ce sont surtout les revues scientifiques et les agences spatiales qui sont à blâmer. »

Au-delà des revues scientifiques qui peuvent avoir tendance à rendre des résultats plus aguicheurs dans le but d’avoir un écho médiatique, ce qui reste en travers de la gorge du chercheur, c’est surtout le comportement de la NASA. Dès l’annonce de la découverte, le directeur de l’agence spatiale américaine Jim Bridenstine a déclaré vouloir prioriser Vénus par rapport à Mars lors des prochaines missions spatiales. Pour Daniele Pinti, ces propos sont très dommageables mais peu surprenants : « En pleine année électorale, il est tentant de pousser les politiciens à lancer de grands projets, mais il faut que ce soit sur la base de découvertes solides. »

Cette affaire risque-t-elle de discréditer les scientifiques ? Au contraire, pour Daniele Pinti, c’est plutôt rassurant : « Je suis content que les corrections soit arrivées si vite, c’est important de le dire lorsqu’il y a des erreurs, mais ça ne remet pas du tout en cause le sérieux de la première étude. »

« C’est très sain comme démarche, ajoute Thérèse Encrenaz. Le plus gênant c’est l’engouement créé par ces nouvelles, il nous faut être particulièrement vigilants quand nous touchons à des sujets aussi intenses que la recherche de vie extraterrestre. »

 

 

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