Le pic est l’une des plus importantes réserves de ciel étoilé d’Europe. Photo: Luc Perrot
Au cœur des Pyrénées, ces montagnes qui séparent la France de l’Espagne, un observatoire scientifique atypique tutoie les étoiles. Visite.
Il a failli plusieurs fois disparaître, victime des restrictions budgétaires et de l’engagement de la France dans des collaborations internationales, tel le télescope Canada-France-Hawaï. Perché à près de 3000 mètres au sommet du pic du Midi de Bigorre, l’observatoire du même nom est pourtant toujours en service, 145 ans après sa construction.
C’est un impressionnant vaisseau de pierre qui surgit, tandis que le téléphérique – seul lien avec le monde d’en bas – approche de la gare d’arrivée. Pas moins de 10 000 m2 de surface se révèlent alors, épousant la roche et s’enfonçant même sur quatre niveaux dans ses entrailles. « L’observatoire a été conçu comme un sous-marin, explique Nicolas Bourgeois, l’un des directeurs adjoints du site. Près de 4 km de couloirs souterrains nous permettent de circuler quelles que soient les conditions météorologiques. »
Des conditions souvent extrêmes avec des vents pouvant atteindre 270 km/h, une température annuelle moyenne de 0 °C et un rayonnement solaire trois fois plus élevé qu’en bord de mer. Pourquoi alors faire de la science dans cet environnement hostile ? « Au 19e siècle, les fondateurs de l’observatoire sont d’abord montés pour faire de la météorologie, rappelle Rémi Cabanac, astronome responsable de la science au pic du Midi. L’idée était de profiter de la position dominante du lieu pour prévoir les phénomènes extrêmes qui pouvaient affecter la vallée, par exemple les orages. » Au vu du panorama époustouflant qui se dévoile des balcons, on comprend que ces pionniers aient décidé d’en faire une vigie.
Savoir durer
Très vite, les premiers savants s’aperçoivent aussi de la pureté de l’air local, due à l’altitude et à l’isolement du site. Il est également à l’écart de toute pollution lumineuse, alors que le développement de l’éclairage urbain au 19e siècle perturbe les observations du ciel depuis les installations historiques de Greenwich ou de Paris. Première de la dizaine de coupoles qui se découpent aujourd’hui sur l’horizon, la « Baillaud » y est mise en service en 1908. Fabriquée à Toulouse, elle est transportée jusqu’au sommet à dos de mules.
Dès 1909, son télescope de 50 cm participe à réfuter l’hypothèse alors en vogue de la présence de canaux fluviaux à la surface de Mars. C’est d’ici aussi que des photos sont prises pour le compte de la NASA dans les années 1960 : leur qualité est telle qu’elles contribuent à cartographier la Lune et à repérer les potentiels sites d’alunissage des missions Apollo.
Six coupoles sont aujourd’hui actives, et on peut voir le personnel technique et des scientifiques s’y affairer à toute heure. Durant le jour, pour observer le Soleil au moyen du coronographe inventé ici même en 1930 ; la nuit, pour scruter les nuages de poussières interstellaires avec des caméras infrarouges innovantes ou encore étudier les phénomènes magnétiques des étoiles à l’aide de spectropolarimètres dernier cri. Une manière de prouver l’utilité de l’observatoire du pic du Midi malgré l’entrée en scène, dès la fin du 20e siècle, des premiers grands télescopes modernes installés au Chili et à Hawaï, comme l’explique Rémi Cabanac : « Comme
il est impossible de rivaliser, nous occupons des niches en développant des instruments spécifiques. »
- Construit à 2877 m d’altitude, l’observatoire offre une vue incroyable sur la chaîne des Pyrénées.
- Le positionnement du télescope T1m, actif depuis 1963, se fait en partie de façon manuelle.
- La coupole du coronographe CLIMSO, qui prend chaque jour des milliers de photos du disque solaire et de la basse couronne du Soleil.
- Le planétarium se situe dans la coupole Baillaud.
Ski Rando ; Pierre Meyer/Parc national des Pyrénées ; Nicolas Bourgeois/Pic du Midi ; Hubert RAGUET/Laboratoire de Physique de l’ENS /Observatoire de Paris/Observatoire Midi-Pyrénées/CNRS Images ; Luc Perrot/Pic du Midi
Sciences au sommet
Sous la coupole Gentili, on croise David Darson, dont la caméra infrarouge est testée par le planétologue François Colas. « La technologie employée permet de choisir les temps de pose pixel par pixel au fil d’une même prise de vue », explique son concepteur. Idéale pour révéler des contrastes très marqués et observer des géantes, comme Saturne ou Jupiter, en même temps que leurs satellites, souvent noyés dans la luminosité ambiante.
L’astronomie n’est pas la seule science étudiée au pic du Midi, puisque, entre autres, la station fournit des données atmosphériques en continu depuis ses débuts, dont la température et la concentration d’ozone.
C’est pour aider à financer cette science et à entretenir les infrastructures que le site a fait le choix d’accueillir des touristes depuis l’an 2000. Chaque année, plus de 140 000 visiteurs et visiteuses côtoient ainsi les scientifiques pour quelques heures, voire plus : en témoigne la trentaine de personnes ayant réservé une nuit sur place et que l’on croise sur la terrasse après le départ du dernier téléphérique. « Nos activités d’accueil et de vulgarisation apportent une manne indispensable à la pérennité du site », confirme Nicolas Bourgeois. Après avoir créé une réserve de ciel étoilé autour du pic du Midi (en partenariat avec celle du mont Mégantic), il aspire maintenant à faire reconnaître par l’UNESCO « la valeur exceptionnelle du premier et plus ancien observatoire astronomique de haute montagne encore en activité ».



