Photo: Valérian Mazataud/Le Devoir
À l’approche d’une quatrième vague alimentée par le variant Delta, la communication et la proximité sont essentielles pour convaincre les personnes de se faire vacciner.
Une rue piétonne, un stationnement de centre commercial, au pied d’un manège à La Ronde, au Piknic Électronik, au circuit Gilles-Villeneuve, ou même au Centre Bell durant la fièvre des séries : les responsables de la campagne de vaccination ne ratent pas une occasion pour dégainer leurs seringues.
« Si une personne se trouve à passer devant un centre de vaccination mobile, elle pourrait se dire : tiens, pourquoi pas », dit Lucie Poirier, conseillère en communication au CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal.
Plus que jamais, les mots d’ordre sont visibilité, accessibilité et facilité.
Car si le Québec a réussi à vacciner une bonne partie de sa population, la partie est loin d’être gagnée. En date du 18 août, 75% des Québécois ont reçu une première dose de vaccin, tandis que 67% ont les deux doses requises. Mais après une réponse initiale forte, le rythme de la vaccination a décliné, victime du beau temps, de l’assouplissement des mesures sanitaires et d’un sentiment d’urgence à la baisse.
Or, avec l’arrivée du variant Delta, plus coriace, le nombre de personnes ayant reçu deux doses n’est plus suffisant pour éviter une hausse des hospitalisations et même des décès lors de la quatrième vague.
L’entrée en vigueur du passeport vaccinal le 1er septembre prochain pourrait momentanément augmenter le taux de vaccination, tout comme la vaccination obligatoire pour certaines catégories d’emplois. Toutefois, ce type de méthode, perçue par certains comme étant coercitive, pourrait ne pas suffire à long terme, ou pire, isoler davantage des communautés déjà marginalisées.
Des groupes plus difficiles à atteindre
« Même dans les pays qui appliquent des méthodes fortes, il y a une proportion de personnes qu’on ne rejoint pas, tient à rappeler Ève Dubé, chercheuse à l’Institut national de santé publique. Parmi eux, on retrouve des personnes contre les vaccins, mais aussi des groupes plus hésitants, ou qui vivent du racisme systémique – une situation qui contribue à les rendre craintifs face aux autorités médicales. Ça va prendre d’autres types de stratégies pour les rejoindre. »
Pour y parvenir, chaque CIUSSS de la province a mis en place une panoplie de mesures différentes, mais avec un but commun : rejoindre les personnes là où elles se trouvent, au cœur de leurs habitudes de vie, et simplifier l’accès non seulement au vaccin, mais aussi à l’information au sujet de l’injection et du virus.
Une tâche complexe, comme l’explique Francis Picard Dufresne, conseiller en communication à la santé publique de Montréal. « Les partis politiques, en dépit de toute leur machine électorale, ne font parfois sortir le vote de seulement 50 à 60% de la population. De notre côté, on doit mobiliser plus de 80% des gens, tout en leur fournissant l’information nécessaire pour qu’ils prennent une décision éclairée afin d’obtenir leur consentement au vaccin. »
Pour rejoindre le maximum de personnes, le CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal mise sur les données compilées depuis le début de la campagne de vaccination, ce qui leur permet de cibler les groupes ou les quartiers où moins de doses ont été distribuées.
Toutefois, il ne suffit pas de simplement demander l’autorisation de mettre en place un kiosque à la porte d’un centre commercial ou à l’entrée d’un événement. Pour réussir ce type d’initiative, il faut une collaboration à tous les niveaux.
« Lorsque les gens de la communauté nous prêtent main-forte, on leur laisse une grande marge de manœuvre et on travaille avec eux, explique Francis Picard Dufresne. Par exemple, ce sont les employés du Grand Prix de Formule 1 de Montréal qui nous ont sollicités. Ils avaient des garages et ils étaient habitués à diriger des foules, alors on a travaillé en collaboration. C’est très rare qu’un problème sanitaire devient ainsi la priorité pour autant de monde. »
Outiller la communauté
Amener une personne à surmonter ces réticences face à la vaccination est un processus de longue haleine. Voilà pourquoi une campagne à échelle humaine s’impose. « Il y a eu un travail extraordinaire des organismes communautaires, explique Lucie Poirier. On outillait nos partenaires pour qu’ils soient en mesure de répondre aux questions du public. Par la suite, il y a eu du porte-à-porte, des camions crieurs dans certains quartiers et dans différentes langues. Des popotes roulantes ont même permis de rejoindre des groupes plus défavorisés. »
L’approche a été encore plus poussée lorsqu’est venu le temps de collaborer avec certaines communautés autochtones.
« On était là pour les outiller, donner les balises cliniques pour l’organisation du site, mais c’était vraiment à eux d’assumer le leadership et de s’occuper de la communication dans leur communauté », ajoute Francis Picard Dufresne.
Pour Ève Dubé, ce genre de méthode pourrait offrir de bons résultats au cours des mois à venir. « Les directions régionales connaissent leur terrain et ont une bonne idée des groupes qui n’ont pas été rejoints. Ils peuvent plus facilement cibler les quartiers, comprendre pourquoi certains ne s’y font pas vacciner et offrir des solutions personnalisées. »
Et ça fonctionne!
Bien que l’ampleur de ces initiatives soit très variable, toutes finissent par porter fruits. Certaines approches permettent de convaincre quelques dizaines de personnes, comme lors d’interventions de cliniques mobiles près de lieux communautaires.
D’autres attirent des centaines de personnes. Lorsque le Piknic Electronik a permis la vaccination sur son site, 600 personnes ont reçu une première dose en une fin de semaine, tandis que la collaboration avec le chanteur Émile Bilodeau, au site de vaccination du Palais des congrès le 13 mai dernier, a débouché sur l’injection de 300 doses de vaccins supplémentaires.
Finalement, certains événements ajoutent des milliers de personnes au rang des premiers vaccinés! Par exemple, la participation du Grand Prix de Formule 1 a, en quelques fins de semaine, permis plus de 4 000 nouvelles vaccinations.
Pour les responsables de la campagne, ce genre d’approche locale pourrait même être une retombée positive de la pandémie.
« On essaie de créer un mouvement social, avec un message cohérent, pour s’adapter à tout le monde, conclut Francis Picard Dufresne. Ces partenariats avec le public, on ne les avait pas auparavant. On a développé un réseau très organique, avec de nouveaux acteurs : des entreprises, des commissions scolaires, des groupes communautaires ou évènementiels… J’espère qu’on pourra conserver ces liens, voire les solidifier. »
Cet article fait partie de notre série «Métamorphose» qui explore des solutions aux nombreux problèmes et défis révélés par la pandémie de COVID-19.