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24 septembre 2021
Temps de lecture : 4 minutes

Des quartiers tissés serrés, la clé de la résilience contre la COVID-19

Photo: Kuzmafoto @ depositphotos.com

Même si une bonne coordination gouvernementale est indispensable pour éviter la propagation d’un virus comme le SRAS-CoV-2, rien ne vaut des liens de confiance avec des personnes-ressources sur le terrain.

Depuis un an et demi, on rappelle sans cesse que la distanciation physique est une mesure incontournable pour limiter la propagation de la COVID-19. Si cela est vrai pour se protéger du virus lui-même, des chercheurs affirment néanmoins que la proximité, sociale celle-là, a le potentiel de réduire certaines conséquences de la pandémie.

Là où les groupes communautaires et les services de santé agissent de concert et tissent des liens de confiance à long terme avec la population, la résilience face à la pandémie est même plus grande.

L’idée n’est pas nouvelle : de nombreuses études ont montré que cette proximité, qu’on appelle le capital social, permet d’apporter plus facilement des soins à ceux qui en ont vraiment besoin, que ce soit en temps de crise, ou pour affronter des problèmes sociaux comme la toxicomanie.

Or, ce ne sont pas tous les secteurs qui ont accès à des soins de proximité de qualité égale. « Au cours des 20 dernières années, on est passé du modèle des CLSC, où les services publics étaient en synergie avec les organismes communautaires dans les quartiers défavorisés, à celui des méga-hôpitaux spécialisés, se désole Paul Morin, directeur de l’École de travail social à l’Université de Sherbrooke. Pourtant, la recherche montre que les fusions ne règlent pas la plupart des problèmes de la population. »

Bien sûr, le virus SRAS-CoV-2 infecte sans discrimination, mais les conditions de vie, les infrastructures ou même l’aide disponible aux habitants d’un quartier influent grandement sur les taux d’infection entre les différents secteurs d’une même ville.

Des données préliminaires provenant d’un projet de recherche nommé EnCORE illustrent bien cette différence. Cette étude a récemment montré que 4,8% des enfants d’âge scolaire dans le secteur plus aisé de l’Ouest de l’île de Montréal avaient déjà contracté la COVID-19 avant avril 2021, et que ce nombre est passé à 6,6% lors d’un suivi entre mai et août. Pendant ce temps, dans un quartier moins fortuné comme Montréal-Nord, le nombre d’enfant qui avait déjà été infecté est passé de 7,2% à 15,5% pour ces mêmes périodes. D’autres données provenant de différents quartiers de la ville de Montréal montrent aussi qu’on retrouve deux fois plus d’enfants infectés issus de minorités visibles.

Pour Kate Zinszer, chercheuse à l’École de santé publique de l’Université de Montréal et l’une des autrices de l’étude, bien que la cause exacte de ces résultats reste à confirmer, il semble que la COVID-19 frappe davantage les enfants de quartiers avec des difficultés socioéconomiques ainsi que ceux issus de minorités visibles.

« L’accès aux ressources et un bon soutien communautaire sont des éléments importants pour se protéger, surtout lorsqu’on est en situation d’isolement ou de quarantaine, explique-t-elle. Si on veut rejoindre des communautés touchées par la pandémie, il faut des réponses locales adaptées à chaque réalité et des réseaux auxquels ces communautés font confiance. »

Or, c’est précisément ce type de liens qui manque à des quartiers comme Montréal-Nord, selon une autre étude, réalisée cette fois par le centre de recherche-action sur la gouvernance de la résilience urbaine Cité-ID Living Lab. En analysant les liens sociaux de la population de six arrondissements montréalais au cours de la pandémie, leurs données montrent que les résidents d’un quartier comme Montréal-Nord ont un moins grand réseau que ceux d’autres quartiers, qu’il s’agisse de proches, de voisins, ou de groupes communautaires vers qui se tourner. L’aide est donc moins présente dans les quartiers qui en auraient le plus besoin.

L’importance d’un réseau

« Le capital social est un élément très important de la résilience urbaine, explique Marie-Christine Therrien, professeure titulaire à l’École nationale d’administration publique. Quels sont les réseaux disponibles pour les habitants de ces quartiers ? Qui leur explique les nouvelles normes sanitaires ? En qui ont-ils confiance ? Avoir un bon réseau permet une meilleure coordination pour faire face à la crise sur le terrain. Plus il y a de liens, plus un groupe se rétablira rapidement. »

Cependant, tous les quartiers ne sont pas égaux lorsque vient le temps de développer un capital social. « On sait que des gens qui vivent dans un même quartier depuis longtemps, qui ont plus de diplômes ou un plus grand revenu, ont au final un plus grand réseau, ajoute la chercheuse. À l’inverse, chez des personnes toujours en situation de vulnérabilité, le capital social est difficile à développer. Mettre ces réseaux en place dans l’urgence n’est pas simple. Ainsi, pour rejoindre ces personnes, il faut miser sur le long terme. »

Avec le sentiment d’urgence que la pandémie a engendré dans tous les domaines de la santé publique, le professeur Paul Morin a voulu documenter les effets des réseaux déjà en place dans la municipalité de Sherbrooke.

« Depuis un peu plus de 10 ans, des interventions de quartier sont réalisées par des travailleurs sociaux dans deux secteurs de la ville : Ascot et Jardins-Fleuris. Ces interventions sont à petite échelle, dans des endroits où les services publics sont éloignés des populations défavorisées. Or, nos résultats préliminaires montrent que même ce genre de suivis au cas par cas a joué un rôle essentiel lors de la pandémie et a permis de rejoindre les populations ou les communautés culturelles vulnérables. »

Retour aux suivis personnalisés

La ville de Sherbrooke accueille de nombreux réfugiés. Dans certains quartiers, entre 20 et 25% de la population est issue de l’immigration. « La COVID a complètement transformé le contexte dans lequel se sont retrouvés ces nouveaux arrivants, poursuit Paul Morin. Certains sont arrivés en janvier-février 2021 et se sont retrouvés face à un organisme d’accueil fermé; ils n’ont eu pratiquement aucun soutien. Or, même si les interventions de groupe n’étaient plus possibles, les deux travailleurs sociaux liés au projet d’intervention de quartier n’ont pas été délestés. Ils ont continué leur travail, soit par téléphone, soit en recevant des clients seuls. Ils ont agi en synergie avec les organismes communautaires et le réseau public, mais en s’appuyant aussi sur le voisinage. »

À cet égard, l’implication d’une travailleuse sociale s’est révélée déterminante pour repérer un épisode de contamination communautaire au sein d’une population d’origine africaine du quartier Ascot.

« Avec les années, cette intervenante s’était fait connaître par différents réseaux des communautés culturelles et avait développé des liens de confiance avec les citoyens, ajoute le professeur Morin. Lors de l’éclosion, elle a pu contacter les membres de la communauté touchée par la contamination et leur demander de rester à domicile. Elle a mis sur pied un comité d’urgence avec d’autres citoyens du quartier, et a même aidé à leur vaccination. Ces liens de proximité ont permis d’atteindre des populations éloignées des services, malgré le fait qu’on vive une crise sanitaire. »

Cette réponse rapide a stoppé la transmission du virus et sensibilisé un groupe de citoyens à la vaccination. Toutefois, le risque de contagion reste bien présent en contexte pandémique. « Même dans ces quartiers où il y a un réseau actif depuis longtemps et où on a pu fournir de l’aide, la dernière année a été difficile, conclut Paul Morin. La pandémie montre l’importance de ramener les soins psychosociaux et médicaux plus proches des gens. »

Même avis du côté de Marie-Christine Tremblay : « Quand les organisations communautaires ou les employés des CIUSSS font du porte-à-porte, plusieurs liens se forment et perdurent, estime la chercheuse. C’est important d’en parler pour inciter les villes ou la santé publique à aller vers les citoyens. »

 

Cet article fait partie de notre série «Métamorphose» qui explore des solutions aux nombreux problèmes et défis révélés par la pandémie de COVID-19.

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