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Après une année scolaire des plus chaotiques, des chercheurs font appel à la communauté pour favoriser la motivation des élèves et éviter le décrochage.
Des allers-retours perpétuels entre l’école en personne et l’école à la maison. Des cours interrompus à chaque nouvelle éclosion. Des examens suspendus, annulés ou avec des critères d’évaluation moins exigeants. Au cours de la dernière année, les enfants et les adolescents du Québec ont baigné dans un environnement scolaire qui n’avait rien de stable, au point où même les meilleurs ont eu de la difficulté à maintenir leur intérêt.
« Tous les élèves ont vu leur motivation diminuer, rapporte Gabrielle Garon-Carrier, professeure à la Faculté d’éducation de l’Université de Sherbrooke. C’est comme si l’école était devenue facultative pour eux. Plusieurs auraient simplement préféré faire autre chose. »
Un constat obtenu grâce à un projet de recherche sur les effets des mesures sanitaires sur la persévérance et la réussite scolaire, réalisé auprès de plus de 550 élèves dans la région du Bas-Saint-Laurent.
« Au départ, nous voulions évaluer les profils d’élèves de 4e et de 5e secondaire, afin de repérer les plus vulnérables aux effets négatifs des mesures sanitaires, explique Martine Poirier, professeure en sciences de l’éducation à l’Université du Québec à Rimouski. Pour les élèves en difficulté, l’absence de structure de suivi et de travaux obligatoires, ainsi que les distractions à la maison exacerbent le manque de concentration. Pour d’autres, il était extrêmement démotivant de réussir leur année à cause d’une baisse des critères et de certains examens annulés. »
En cours depuis mars 2021, l’étude a pour objectif d’identifier des sous-groupes d’élèves en difficulté, afin de proposer une variété de solutions aux enseignants lorsqu’ils repèrent ces profils dans la classe. Or, avant même la fin de l’analyse des données, les chercheuses ont remarqué que le manque de motivation était non seulement lié à l’absence de socialisation, imposée pas l’enseignement à distance, mais aussi au manque d’objectifs à court et à long terme, ainsi qu’à la déconnexion entre les connaissances enseignées et les carrières futures.
« Normalement, les enseignants jouent un rôle dans cet encadrement, mais au cours de la dernière année, ces derniers ont dû consacrer énormément de temps et d’énergie à simplement s’adapter aux changements perpétuels dans les consignes, ajoute Gabrielle Garon-Carrier. La charge de travail des professeurs était immense, et on pouvait difficilement leur demander d’y ajouter la mise en place de stratégies pour favoriser la motivation. »
L’union fait la force
Les enseignants ne sont pas les seuls à stimuler la motivation des élèves ; ils peuvent compter sur plusieurs ressources, rappellent les chercheuses. « Maisons de jeunes, carrefours jeunesse-emploi, même certaines entreprises ; tout est déjà là, précise Gabrielle Garon-Carrier. La difficulté, c’est de faire le pont entre les jeunes et ces organismes. »
Pour construire des ponts, l’équipe de Martine Poirier a fait appel à l’organisme COSMOSS Bas-Saint-Laurent, un regroupement dont l’objectif est de favoriser le développement social et éducatif des jeunes de 0 à 30 ans. « On nous a sollicités pour offrir des solutions concrètes aux difficultés rencontrées par les jeunes, lance Mélanie Tremblay, agente régionale d’accompagnement pour COSMOSS. Même si plusieurs organismes offrent déjà des services pour aider les enseignants ou favoriser la socialisation chez les élèves, ils ne parviennent pas toujours à rejoindre les enfants et adolescents. »
Dans les prochains jours, Mélanie Tremblay présentera les informations recueillies par l’équipe de la professeure Poirier aux 200 partenaires de COSMOSS, incluant des entreprises et des organismes communautaires. « Cela leur donnera une meilleure idée des besoins à combler pour soutenir les jeunes ou les milieux scolaires », explique-t-elle.
Des exemples ? « Certains peuvent soutenir les enseignants pour avoir un style plus coloré qui capte mieux l’attention des élèves, ajoute Mélanie Tremblay. D’autres offrent des activités parascolaires, à distance ou en personne, qui redonnent aux enfants et adolescents un groupe stable et une forme de socialisation, tout en développant chez eux des compétences qui ne sont pas prévues au cursus scolaire. »
Explorer les professions
Certaines entreprises peuvent aussi présenter des carrières dont les élèves n’ont jamais entendu parler ou dont ils ignoraient l’existence dans leur région. « Les journées carrières présentent toujours des professions « classiques », comme enseignant, ingénieur, médecin, mécanicien… Pourtant, il y a des tonnes de professions non traditionnelles dans la région, s’exclame Mélanie Tremblay. Au Bas-Saint-Laurent, on a de plus en plus de compagnies de jeux vidéo ou de marketing numérique. »
Pour les chercheuses, il y a fort à parier que cette initiation au marché du travail, combinée à des journées de stage ou à des ateliers créés par de jeunes entrepreneurs, pourrait donner aux élèves la motivation requise pour persévérer dans leurs études.
Cela pourrait aussi les aider à persévérer, même dans des cours qui ne sont pas nécessairement en lien avec la carrière souhaitée. Pour Gabrielle Garon-Carrier, « le simple fait de savoir qu’un domaine d’emploi pourrait le passionner après ses études peut donner à un élève l’enthousiasme nécessaire pour passer certains cours obligatoires. »
Les intervenantes espèrent que le retour aux cours en présentiel favorisera la motivation des élèves. Toutefois, elles maintiennent que le mentorat et les partenariats initiés à la suite de leurs travaux sont des avenues pouvant offrir une meilleure stabilité pour les jeunes.
« On veut travailler fort au cours des prochaines années pour que tout ce qu’on a mis en place et appris au cours de la pandémie demeure, conclut Mélanie Tremblay. Et même si on priorise les jeunes plus défavorisés – ceux qui n’ont pas de soutien familial ou de réseau pour les stimuler – il est aussi possible que, de façon générale, notre intervention change le climat en classe. Et que du même coup, on aide tous les élèves, peu importe d’où ils viennent. »
Cet article fait partie de notre série «Métamorphose» qui explore des solutions aux nombreux problèmes et défis révélés par la pandémie de COVID-19.