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28 mai 2021
Temps de lecture : 3 minutes

Répondre à la détresse des femmes enceintes

Image: shutterstock.com / Natacha Vincent

Depuis le début de la pandémie, l’isolement frappe durement les femmes enceintes. Une équipe de psychologues de l’Université du Québec à Trois-Rivières a su profiter d’une étude déjà existante pour leur apporter un soutien essentiel.

« L’expérience de ma grossesse m’a été volée. J’ai ressenti le besoin de rencontrer d’autres futures mamans pour partager ce que je vivais. Il n’y a plus de cours prénataux. J’ai besoin de ce contact-là! » Recueilli dans le cadre d’une étude, ce témoignage d’une future mère, qui restera anonyme (appelons-la Isabelle), représente le vécu de plusieurs femmes tombées enceintes avant ou pendant la pandémie.

La pandémie nous a dépouillé de plusieurs moments importants, mais l’absence de suivi de grossesse est sans doute l’un de ceux qui ont fait le plus de mal. Plusieurs femmes se sont alors retrouvées dans une situation de grande vulnérabilité.

Mais il existe un programme pour elles, une véritable bouée de sauvetage : le programme STEP, acronyme pour « Soutenir la Transition et l’Engagement dans la Parentalité ». À sa création, en 2018, il ciblait les femmes enceintes ayant des expériences de vie difficiles, notamment au cours de leur enfance. Depuis mai 2021, il est accessible à toutes les femmes enceintes, quelle que soit leur histoire personnelle. Parce que la pandémie est une source de stress pour toutes.

« Je ne sais pas comment j’aurais vécu ce moment s’il n’y avait pas eu la pandémie, si j’avais eu des cours prénataux, continue Isabelle, mais c’était très clair que ce contact, même virtuel, m’a été utile. Ça faisait vraiment du bien. »

Mené par le professeur Nicolas Berthelot de l’Université du Québec à Trois-Rivières, ce programme de recherche et d’intervention unique a pour but d’aider les futures mères, d’abord en mesurant leurs symptômes de dépression et d’anxiété en lien avec la pandémie, mais surtout, en brisant leur isolement et en leur offrant des pistes de solutions pour se réapproprier leur grossesse.

« En mars 2021, les centres de rendez-vous pour grossesses étaient fermés et les femmes se retrouvaient isolées, rappelle Christine Drouin Maziade, psychologue et coordinatrice clinique du projet STEP. On sait que vivre du stress durant la grossesse augmente le risque d’en vivre aussi après la naissance, mais cela peut aussi se répercuter sur le développement de l’enfant. »

« Plus les femmes sont anxieuses et en détresse durant la grossesse, plus l’enfant risque de connaître des retards dans son développement social et émotionnel, ajoute le professeur Berthelot. La façon dont le bébé communique, le temps nécessaire pour lui donner du réconfort, son engagement lors d’interactions sociales : tout peut être retardé. »

Le programme STEP permet aux femmes enceintes de participer à plusieurs rencontres en ligne pour discuter de leurs attentes, des bouleversements qu’elles vivent ainsi que des stratégies pour composer avec l’anxiété.

« Le groupe a été là pour moi dans des moments de détresses. Ça faisait du bien de me libérer de ces sentiments en dehors de ma bulle familiale, car on vivait cette situation si intensément qu’on était brûlées… », confie Isabelle.

Un projet lancé à une autre époque

Initialement, le programme STEP ciblait seulement les femmes ayant connu une enfance difficile. « Ce n’est pas tant le fait d’avoir vécu des traumas dans le passé qui est déterminant dans le comportement parental, explique Nicolas Berthelot, c’est la capacité de comprendre ce qui s’est passé et d’interpréter nos angoisses. L’idée du programme STEP était donc de les accompagner dans leur adaptation, mais aussi de freiner la transmission intergénérationnelle de la maltraitance. »

Le recrutement se faisait lors de rendez-vous de grossesse, durant lesquels des femmes étaient invitées à participer en répondant d’abord à un questionnaire. Selon les réponses, les chercheurs recontactaient celles qui avaient vécu un trauma.

Au total, 496 participantes ont manifesté un intérêt entre avril 2018 et mars 2020. Un premier groupe a ensuite pris part au programme lors de rencontres en personnes. Les chercheurs planifiaient d’autres réunions lorsque la pandémie a frappé.

Transformer un frein en opportunité

« On s’est adapté pour offrir le tout par Zoom, d’une manière qui permettait quand même de combler les besoins de ces femmes », raconte Christine Drouin Maziade.

Un revirement qui a été révélateur : « En comparant la cohorte de femmes enceintes suivies avant la pandémie avec les participantes recrutées au début de la crise, on a vite constaté que ces dernières allaient beaucoup moins bien, ajoute-t-elle. Les situations de stress en lien avec la COVID-19 touchant tout le monde, on a donc proposé d’ouvrir le projet à toutes les femmes enceintes ».

Le tout-virtuel a nécessité des ajustements, mais le cœur du projet est resté inchangé et bien que les chercheurs n’aient pas encore analysé toutes leurs données, certains éléments attirent déjà leur attention.

« On a remarqué une hausse significative de la détresse chez les femmes enceintes de la province, dit Nicolas Berthelot. Près de 11% des femmes sondées durant la pandémie en manifestent des signes, comparativement à 6% en période pré-pandémique. »

Aucune cause sociodémographique ne parvient à expliquer ce phénomène. Toutefois, les chercheurs ont remarqué qu’une des variables les plus importantes pour prédire quelles participantes allaient vivre une détresse importante reste l’historique de mauvais traitements ou de traumas.

« Presque 65% des patientes recrutées depuis avril ont déjà vécu des expériences de vie difficile, remarque Julia Garon Bissonnette doctorante en psychologie et une des responsable du recrutement pour STEP. On rejoint donc la même population que pour la première mouture du projet, et ce, même après avoir ouvert à la population générale. »

Les premiers résultats apportent aussi un message rassurant : d’autres travaux ont montré que si des femmes retrouvent un équilibre et un bien-être après avoir vécu un épisode de détresse, l’enfant ne subira pas de séquelles. Le projet STEP peut donc servir de signal d’alarme pour repérer les plus vulnérables, afin qu’elles aient accès à de l’aide dans le réseau.

Pour Isabelle, qui accouchera bientôt, STEP a été salvateur : « C’était le seul endroit où je pouvais réfléchir à la grossesse en tant que future mère. Je suis certaine qu’il y a plein de moments où je vais être avec mon bébé et me rappeler de ce que j’y ai appris. »

 

Cet article fait partie de notre série «Métamorphose» qui explore des solutions aux nombreux problèmes et défis révélés par la pandémie de COVID-19.

 

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