Comme le SARS-CoV-2 pénètre dans notre corps par les voies respiratoires, pourquoi ne pas simplement lui bloquer l’accès? C’est ce que des scientifiques tentent de faire en développant différentes technologies administrées par vaporisateur nasal.
Professeur titulaire de la faculté de médecine de l’Université d’Ottawa et détenteur de la Chaire de recherche du Canada en virologie moléculaire et immunité intrinsèque, Marc-André Langlois travaille sur un vaccin contre le coronavirus que l’on pourrait se pulvériser dans le nez.
En utilisant la plante du tabac, Marc-André Langlois et son équipe produisent la fameuse protéine S, en forme de pic, du coronavirus. Une fois celle-ci purifiée, elle pourrait servir à stimuler une réponse immunitaire mucosale.
«Les muqueuses subissent toujours l’assaut de pathogènes, explique Marc-André Langlois. Elles ont donc une façon particulière de les gérer. Elles sont capables de produire en grande abondance un type d’anticorps (les immunoglobulines A ou IgA) qui sont très bons pour les neutraliser.»
En induisant la production d’IgA dans les muqueuses, on pourrait ainsi éliminer le virus avant même qu’il ne réussisse à pénétrer dans nos cellules. Au contraire, un vaccin intramusculaire provoquera une réponse immunitaire systémique. Il y a donc une probabilité pour que le virus parvienne à infecter des cellules, notamment au niveau des muqueuses, avant que la réaction immunitaire se mette en branle.
Une approche à approfondir, selon Andrés Finzi, professeur du département de microbiologie, infectiologie et immunologie de l’Université de Montréal. À son avis, il y a des avantages évidents à développer plusieurs plateformes vaccinales. Non seulement cela permet de ne pas avoir tous nos œufs dans le même panier, mais certaines formes de vaccins pourraient être mieux adaptées que d’autres pour protéger certaines populations.
«L’idée d’avoir une protection mucosale est formidable, indique-t-il. Cela dit, quelle sera sa durée? Y aura-t-il des effets secondaires? Il faut pousser la recherche davantage pour bien en comprendre le fonctionnement.» Andrés Finzi ajoute que pour la présente pandémie, il sera difficile de concevoir un vaccin plus efficace que ceux créés par Pfizer et Moderna qui sont déjà à des stades de développement très avancés.
L’immunité mucosale serait moins durable que celle induite par d’autres types de vaccins. Marc-André Langlois ignore la durée exacte de la protection que pourrait offrir son vaccin, mais on parle probablement de mois. Il faudra donc s’immuniser grâce au vaporisateur nasal sur une base plus ou moins régulière.
Marc-André Langlois est bien conscient qu’il ne risque pas de gagner la course au vaccin pour cette crise sanitaire, mais les avantages de son approche ne se trouvent pas là. D’abord, le fait d’utiliser des végétaux comme bioréacteurs pour fabriquer la protéine virale abaisse considérablement les coûts de production. De plus, le tabac est une plante facile à cultiver et qui peut pousser à peu près n’importe où sur le globe.
Mieux encore, ce vaccin pourrait être conservé à température pièce. Si elle fonctionne, la technique développée par l’équipe de Marc-André Langlois permettrait de fabriquer des vaccins, partout dans le monde, à un prix très compétitif.
Des expériences sur les poulets et les furets
D’autres chercheurs à travers le monde travaillent sur des approches de protection contre le coronavirus par vaporisation nasale.
Des scientifiques de l’Université de Stanford ont récemment lancé une étude clinique en Australie, qui consiste à envoyer des anticorps de poulet dans les narines des participants.
En inoculant la protéine S du coronavirus aux poulets, leur système immunitaire produit des anticorps qui se retrouvent jusque dans leurs œufs. Les chercheurs récoltent ensuite ces anticorps présents dans le jaune de l’œuf pour préparer une formule à vaporiser dans le nez. Le but: former une couche protectrice contre le coronavirus pour un coût avoisinant 1 $ par dose. La protection offerte serait cependant limitée à quelques heures.
Une autre étude menée par l’Université Columbia de l’État de New York a montré qu’un lipopeptide (une particule de cholestérol liée à une chaîne d’acides aminés) pourrait protéger des furets contre le SARS-CoV-2. Dans des cellules en culture, cet inhibiteur a empêché le virus de fusionner avec la membrane des cellules.
Bien que les tests in vivo n’aient été effectués que sur des furets pour le moment, les premiers résultats semblent assez probants. Lors de ces expériences, aucun furet protégé de cette façon n’a attrapé le SARS-CoV-2 alors que tous les individus du groupe témoin ont été infectés. Les chercheurs espèrent que cette protection pourrait durer environ 24 heures. Selon eux, ce serait une solution économique – d’autant que la molécule peut se conserver sous forme de poudre ne nécessitant pas de réfrigération. Un pharmacien ou un médecin n’aurait qu’à la diluer pour créer la solution du vaporisateur nasal.
Ces deux approches sont intéressantes, selon Marc-André Langlois. «Par contre, je crois que ce sont des solutions qui servent pour des circonstances très précises, dit-il. Ce serait moins utile pour protéger des populations complètes de manière préventive. De plus, surtout pour quelqu’un qui devrait se l’administrer tous les jours, je craindrais les effets secondaires.»
Il demeure que ces démarches doivent être encouragées, selon Andrés Finzi. C’est grâce à la recherche fondamentale effectuée lors d’épisodes comme celui du SRAS au début du siècle que l’on peut espérer avoir un vaccin d’ici les prochains mois. Et qui sait comment les avancées faites en ce moment pourront s’avérer utiles pour affronter la prochaine pandémie.