La bactérie Staphylococcus aureus est très étudiée dans le contexte des infections nosocomiales. Mais elle est loin d’être la seule responsable. Photo: CDC/ Matthew J. Arduino, DRPH/Janice Haney Carr
Lors d’une infection après une intervention chirurgicale, on tend à mettre en cause l’hygiène déficiente dans les hôpitaux. Or, la bactérie problématique provient le plus souvent de la personne opérée!
On a beau stériliser les équipements, désinfecter les surfaces, filtrer l’air, porter une tenue chirurgicale, donner des antibiotiques, aseptiser la peau avant l’incision… Il existe toujours un risque d’infection après une intervention chirurgicale.
C’est la complication la plus coûteuse et la plus fréquente (environ 1 intervention sur 30). « On fait tout ce qu’on peut, mais ces infections continuent à survenir sans qu’on sache pourquoi ! » déplore le Dr Dustin R. Long, anesthésiologiste au service de soins intensifs du Centre médical Harborview, à Seattle, aux États-Unis.
Pour tirer l’affaire au clair, ses collègues et lui ont prélevé les bactéries du nez, du rectum et de la peau du dos de 204 personnes avant une opération à la colonne vertébrale. « C’est une opération “propre” : l’incision se fait loin des zones chargées en bactéries, comme la bouche ou l’intestin », précise-t-il. Malgré cela, 14 infections sont survenues.
Avec de graves conséquences ! « Il faut prendre six semaines d’antibiotiques ou retourner au bloc opératoire pour se faire retirer les implants, les os ou les tissus infectés », explique le médecin.
L’analyse génétique des bactéries en cause a révélé qu’elles étaient très variées. Et dans 86 % des cas, elles provenaient… de la personne opérée ! En outre, 59 % des souches bactériennes impliquées étaient résistantes à l’antiseptique ou à l’antibiotique utilisé.
Changer de paradigme
Ces résultats, publiés dans Science Translational Medicine en avril 2024, ne signifient pas que les mesures d’hygiène dans l’hôpital sont inutiles. C’est plutôt le signe qu’elles fonctionnent si bien que la seule source de contamination restante est le corps des patients ou patientes !
Selon le Dr Long, ce constat a provoqué deux types de réaction dans son entourage : « La moitié était déjà au courant, et l’autre moitié n’en revenait pas ! » Pour lui, cela démontre le manque de « compréhension commune » des infections post-opératoires : « Les connaissances fondamentales ne sont pas assez intégrées dans les pratiques de prévention et la conscience populaire. »
À court terme, son équipe veut revoir les instructions données aux gens sur l’hygiène et les soins de la peau avant une opération. À long terme, le but serait de tester l’ensemble de leur microbiote. En connaissant l’éventail de bactéries présentes et, surtout, lesquelles sont résistantes, on pourrait choisir les bons antibiotiques et antiseptiques. « Notre laboratoire travaille déjà à mettre au point des tests abordables et rapides, en 4 à 6 heures », lance le Dr Long.
« La rapidité sera la clé, dit Etienne Belzile, chef de service du Département d’orthopédie à l’Hôpital de l’Enfant-Jésus, à Québec. On a déjà de la misère à préparer les patients assez à l’avance pour leur chirurgie. » Les protocoles actuels prévoient 5 jours d’antibiotiques et de lavage à l’éponge antibactérienne. Mais une chirurgie est parfois prévue avec seulement 3 jours d’avance. « Il est étonnant que le délai de préparation d’un patient puisse être inadéquat après un an sur une liste d’attente, mais ça arrive. »