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Les médecins n’ont pas toujours le temps de mesurer la tension artérielle de façon optimale. Au risque de surévaluer la tension des patients et patientes… et de les traiter inutilement.
À chaque rendez-vous de routine, on se retrouve les fesses sur la table d’examen, les pieds pendants, pour que notre médecin prenne notre pression. Le hic ? Cette méthode ne respecte à peu près aucune des recommandations médicales !
L’hypertension artérielle est un problème de santé extrêmement courant qui concerne près de la moitié de gens de 55 ans et plus, indique le docteur Martin Juneau, cardiologue et directeur de la prévention à l’Institut de cardiologie de Montréal. C’est un facteur de risque important pour les AVC et les maladies cardiovasculaires. Et comme elle ne cause souvent aucun symptôme, on la surnomme « la tueuse silencieuse ». D’où l’importance de faire prendre sa pression à chaque rendez-vous médical.
Mais comme la tension artérielle est fortement influencée par notre posture, il faudrait idéalement la mesurer alors qu’on est assis calmement depuis plusieurs minutes, dos appuyé, pieds à plat au sol, bras soutenu et brassard à la hauteur du cœur.
À défaut de quoi on obtient une valeur gonflée, révèle une étude américaine publiée l’automne dernier dans la revue eClinicalMedicine, qui portait sur 150 volontaires adultes. Dans le premier groupe, on a mesuré la tension artérielle alors que l’individu était assis sur la table d’examen. Puis, on répétait la mesure quelques minutes plus tard, cette fois dans un fauteuil ajustable conçu à cet effet. Dans le deuxième groupe, on a fait l’inverse. Dans le troisième groupe, les deux mesures étaient prises dans le fauteuil.
Résultat ? En moyenne, prendre la pression sur la table d’examen surestime les valeurs de 7 millimètres de mercure (mmHg) pour la pression systolique, et de 4,5 mmHg pour la pression diastolique. Pour certains ou certaines d’entre nous, cela peut suffire à franchir le seuil entre la normalité et l’hypertension !
Les signataires de l’étude évaluent que des millions d’individus considérés comme hypertendus ont peut-être en réalité une pression artérielle normale. Or, si on leur prescrit des médicaments hypotenseurs, ces personnes pourraient se retrouver avec une pression trop basse et par conséquent, ressentir des vertiges, des étourdissements, ou faire une chute. Aïe !
Mesures répétées
« Bien mesurer la tension artérielle prend du temps, mais les médecins sont pressés », indique le Dr Juneau.
On sait aussi que chez certaines personnes, le simple fait de se trouver dans un bureau médical fait grimper la tension artérielle ! Ce « syndrome du sarrau blanc », connu depuis des décennies, affecte entre 10 et 50 % des gens, lisait-on dans Hypertension Research en 2015.
Si notre tension est élevée lors du rendez-vous, notre médecin peut nous prêter un appareil portatif qui prend des mesures à intervalles réguliers pendant 24 heures. On notera ce qui se passe au moment où le brassard se gonfle (« partie de tennis », « réunion stressante », « pris dans le trafic »…) pour faciliter l’interprétation.
Et en cas d’hypertension avérée, les saines habitudes de vie (alimentation riche en fruits et légumes, exercice, gestion du stress, abandon du tabac, contrôle de l’alcool et du sel) sont aussi efficaces que les médicaments, note le Dr Juneau. « Le problème, c’est que le système de santé n’est pas fait pour [aider les gens à changer leurs habitudes]. Je suis chanceux : ici, on a une équipe multidisciplinaire – nutritionniste, kinésiologue, infirmière, psychologue – ce qui permet d’offrir un suivi serré. Malheureusement, les groupes de médecine de famille n’ont pas ça. »
La pression artérielle est la force avec laquelle le sang pousse sur les parois de nos vaisseaux. On exprime sa valeur à l’aide de deux chiffres. Par exemple : 130/70 mmHg.
Le premier – le plus élevé des deux – désigne la pression systolique, qui s’exerce au moment où le cœur se contracte pour faire circuler le sang dans l’organisme. Le deuxième désigne la pression diastolique, qui correspond au moment où le cœur se relâche et se remplit de sang entre deux battements.
Traditionnellement, la lecture se faisait sur un appareil doté d’une colonne de mercure. Voilà pourquoi on la mesure en « millimètres de mercure ».

Pour les gens sans médecin de famille, les stations de mesure de la pression accessibles en pharmacie sont assez fiables pour être utiles. Mais elles ne fournissent qu’une seule mesure, alors que notre tension artérielle varie continuellement. L’idéal, si on fait de l’hypertension, est d’avoir son propre appareil à la maison. Image: Mohamed Hassan/Pixabay