Plasma sanguin. Image: Wikimedia Commons
L’idée était pour le moins séduisante: utiliser le plasma sanguin (et donc les anticorps) de patients ayant vaincu la COVID-19 pour traiter ceux qui se battent contre le virus. Malgré l’enthousiasme des chercheurs, le traitement n’a pas atteint ses objectifs.
Le 29 janvier, l’essai clinique pan-canadien CONCOR-1 a pris fin après une analyse des résultats intérimaires. Portant sur 614 patients hospitalisés nécessitant de l’oxygène, mais sans assistance respiratoire mécanique, CONCOR-1 indique que l’administration de plasma aux patients dans un état modérément grave n’améliore pas leur convalescence.
Cet arrêt suit de près celui de la branche canadienne de l’essai clinique REMAP-CAP qui a été discontinué le 11 janvier. Comme le décrit le Dr Alexis Turgeon, chercheur principal de l’essai clinique REMAP-CAP au Canada, cette étude, qui réunissait 912 patients sous assistance respiratoire mécanique, testait la capacité du plasma à arrêter la réplication du virus évitant ainsi la cascade inflammatoire et les dommages tissulaires qui se présentent dans les cas graves.
Cependant, les résultats obtenus ont montré que, «la possibilité d’un effet était trop minime et considérée futile selon des règles préétablies», avec seulement 2,2% de chance d’être observé, dit le médecin spécialiste en soins intensifs au CHU de Québec-Université Laval.
Au Royaume-Uni, la branche de l’essai clinique RECOVERY sur le plasma convalescent, qui incluait 11 000 patients selon des critères similaires à CONCOR-1, a été interrompue le 15 janvier, ne parvenant pas non plus à trouver d’efficacité à l’intervention.
Comment expliquer cette inefficacité?
Devant ces déceptions consécutives, les chercheurs s’interrogent. «Un facteur crucial est celui du plasma lui-même», tente d’éclaircir le Dr Philippe Bégin, professeur à l’Université de Montréal, chercheur au CHU Sainte-Justine et co-chercheur principal de CONCOR-1. Le plasma des participants des deux études ne contenait peut-être pas suffisamment d’anticorps pour protéger les malades. Cette hypothèse est partagée par des études américaines sur la COVID-19, dont la dernière en date a été publiée le 13 janvier, qui suggèrent que la convalescence des patients dépend de la quantité d’anticorps présente dans la dose administrée.
Un autre responsable du projet CONCOR-1, le Dr Andrés Finzi du Centre de recherche du CHUM, ajoute que «les anticorps ont une fonction de neutralisation, mais ils ont énormément d’autres propriétés. Et on ne sait pas encore lesquelles agissent contre le virus!», s’exclame le scientifique.
Peut-être que le dénouement aurait été différent si le traitement avait été offert plus tôt dans la maladie. «Une fois aux soins intensifs, les résultats des études sont plutôt unanimes à suggérer qu’il serait trop tard pour administrer le plasma», dit le Dr Bégin en se référant aux résultats d’autres essais cliniques tels que RECOVERY et REMAP-CAP, menés simultanément. Les lésions pulmonaires peuvent en effet être déjà trop avancées pour être ralenties et contrôlées par les anticorps, une conclusion préliminaire tirée de toutes les études interrompues précédemment citées.
Une intervention étudiée depuis plus d’un siècle
En 1901, le Dr Emil Von Behring reçoit le tout premier prix Nobel de médecine pour avoir mis au point une antitoxine diphtérique à partir du plasma sanguin de chevaux qui avaient guéri de la diphtérie. Le principe est simple: les lymphocytes B du plasma produisent des anticorps spécifiques qui reconnaissent et neutralisent le pathogène, à condition de l’avoir rencontré une première fois. Le plasma des convalescents, qui ont les anticorps, peut donc armer les malades contre l’infection. Mais aucun des essais menés depuis n’a remporté de vif succès. «Ce traitement ne s’est jamais prouvé efficace de façon absolue ni contre la grippe, ni contre Ebola», précise le Dr Turgeon.
Un constat nuancé par le Dr Finzi. «Il y a toujours eu des signaux positifs associés à ce traitement, sinon on aurait cessé de tester son utilité. Mais on ne comprend pas encore suffisamment le mécanisme pour qu’il marche chaque fois.»
Ces travaux aux résultats décevants ont quand même du bon, estime Alexis Turgeon, loin d’être découragé. «De telles conclusions que l’on pourrait juger négatives permettent en réalité de diriger les ressources de temps, de matériel et de financement vers d’autres interventions, comme les anticorps monoclonaux.»