Virus respiratoire syncytial (en bleu) avec des anticorps humains (en jaune). Image: NIAID
Les urgences des hôpitaux pour enfants sont saturées, et le phénomène semble généralisé. En cause, la pénurie de personnel, bien sûr, mais aussi le retour en force – et en avance – de « vieux » virus comme le virus respiratoire syncytial (VRS), qui est l’une des principales causes d’hospitalisation des bébés.
Alors que le taux d’occupation de l’hôpital Sainte-Justine à Montréal atteint des sommets, la situation n’est guère meilleure en Ontario. Les médias rapportent des taux de débordement similaires dans la plupart des États américains, ainsi qu’en France où 4 000 soignants en pédiatrie ont dénoncé dans une lettre ouverte la saturation des services pédiatriques hospitaliers. Avec de nombreux lits fermés faute de personnel, les hôpitaux peinent à faire face à l’afflux d’enfants malades.
« Effectivement, la situation actuelle est vraiment exceptionnelle, avec un volume extraordinaire d’enfants se présentant aux urgences avec des infections respiratoires. Beaucoup d’entre eux requièrent une admission à l’hôpital, constate de son côté le Dr Jesse Papenburg, pédiatre-infectiologue à l’Hôpital de Montréal pour enfants. Une proportion très importante des cas est due au VRS, mais il y a aussi plusieurs autres virus comme les rhinovirus, les entérovirus, les adénovirus, les métapneumovirus… »
Le VRS entraîne tout un éventail d’infections allant du simple rhume à l’otite, jusqu’à la pneumonie et la bronchiolite potentiellement graves. Il est responsable de 60 à 80% des hospitalisations de bébés pour bronchiolite (une obstruction des voies respiratoires inférieures, qui peut entraîner des difficultés à respirer et à s’alimenter).
Décalage saisonnier
Au Canada, la saison du VRS commence généralement en novembre ou en décembre et se poursuit pendant quatre à cinq mois. Mais cette année, il est en avance, selon la veille de Santé Canada. Le Québec est particulièrement touché, avec 344 cas positifs la semaine dernière selon l’Institut national de santé publique.
« Le VRS circule à Montréal depuis mi-juillet. En 2021, nous avions aussi connu une saison de VRS hâtive dès la fin de l’été, intense, mais qui s’est terminée très tôt, en janvier, alors que d’autres provinces n’avaient pas encore atteint leur pic », ajoute le Dr Papenburg. Selon lui, cette arrivée précoce du VRS est peut-être un effet résiduel de la saison 2021-22, qui s’est terminée très tôt et n’a donc pas permis aux jeunes enfants et nourrissons de s’immuniser au cours des mois de printemps. Il précise que ce n’est toutefois qu’une hypothèse.
Le mécanisme de la « dette immunitaire » suite à la pandémie, dont nous parlions ici, est plus largement pointé du doigt par les experts. Le fait que la population, notamment pédiatrique, soit restée pendant deux ans à l’abri des virus saisonniers (en raison des mesures sanitaires, des fermetures d’écoles, etc.) la rend beaucoup plus susceptible de tomber malade alors que ces microbes se remettent à circuler.
Un article publié en septembre dans The Lancet Infectious diseases notait qu’après un ralentissement de l’activité du VRS pendant la pandémie de COVID-19, plusieurs pays ont rapporté des résurgences « hors saison » du VRS. Les auteurs rappellent que les facteurs expliquant la saisonnalité de ce virus, et les mécanismes qui expliquent sa réapparition chaque année, ne sont pas encore pleinement compris.
Quoi qu’il en soit, souhaitons que cette vague de petits malades qui submerge des systèmes de santé en manque de personnel s’atténue rapidement.