Que cherchez-vous ?

Publicité
14 janvier 2022
Temps de lecture : 1 minute

L’art subtil de tresser des bâtons de hockey

Image: Shutterstock

Une équipe de Polytechnique Montréal met au point une technique unique au monde qui permettra de recycler, voire de réparer les bâtons de hockey en composite.

Les amateurs de lancers frappés le savent bien : lorsque leur bâton en composite se casse sous leur élan, c’en est fini de lui. Direction la poubelle, et qu’on n’en parle plus ! Des recherches de pointe pilotées par Louis Laberge-Lebel, professeur au Département de génie mécanique de Polytechnique Montréal, pourraient toutefois permettre de recycler, voire de réparer les bâtons brisés de demain. Pour ce faire, il compte jumeler une tresseuse industrielle à un procédé dit de « pultrusion », qui consiste à tirer (to pull) un matériau à travers une série de filières (extrusion) afin de lui faire adopter une forme désirée.

« Pour fabriquer les bâtons actuels, on tisse des matériaux composites qu’on enduit par la suite d’une colle à base de polymères thermodurcissables, explique le chercheur. Une fois chauffée, la pièce acquiert sa forme définitive et l’on ne peut plus revenir en arrière. » Son approche consiste plutôt à combiner des fils de carbone et de verre, puis à les recouvrir d’une résine thermoplastique de manière à obtenir un fil hybride qui sera tressé. « Les bouteilles d’eau et les contenants Tupperware sont faits à base de thermoplastiques qu’on peut refondre et réutiliser à l’infini », précise-t-il.

L’étape suivante est celle de la pultrusion de la longue tresse de plusieurs dizaines de brins. Bien que le procédé existe depuis les années 1950 − on l’utilise notamment pour fabriquer les montants en fibre de verre des escabeaux industriels −, jamais personne jusqu’à maintenant n’avait réussi à l’appliquer à des composés à base de thermoplastiques. Louis Laberge-Lebel y est récemment parvenu. « Nous arrivons à ne pas briser les fils alors qu’ils sont tirés dans les filières. La clé est de séparer ces dernières par des chambres à vide pour retirer l’air et obtenir de belles pièces », révèle-t-il.

L’équipe du scientifique est pour l’instant l’une des seules sur la planète à maîtriser cette technique et elle compte bien en tirer parti. Depuis l’année dernière, elle travaille à l’élaboration d’un nouveau procédé de fabrication de bâtons de hockey en matériaux composites en collaboration avec Bauer Canada, établi à Blainville, et les entreprises québécoises Pultrusion technique et FilSpec. Si tout va bien, le célèbre fabricant de bâtons de hockey pourrait même rapatrier une partie, voire la totalité de sa production au Québec.

De nombreuses questions devront néanmoins être élucidées auparavant. L’une d’elles a trait aux matériaux précis à privilégier et à la manière de les combiner. « Le problème des thermoplastiques est qu’ils sont très visqueux. Il faut trouver une façon d’en imprégner les fils pour qu’ils soient recouverts de façon uniforme », indique Louis Laberge-Lebel. L’enjeu est grand : pensez à tous ces bâtons tombés au champ d’honneur du slap shot !

Publicité