Image: Bélugas dans le Saint-Laurent – Unsplash, Karl-Heinz Müller
Les biologistes qui étudient le béluga du Saint-Laurent ont raffiné les techniques utilisées pour estimer la population. Résultat : on croyait qu’il n’y avait que 900 individus, ils seraient plutôt entre 1500 et 2200. Mais leur situation n’est pas rose pour autant.
C’est dans le cadre d’un grand symposium de trois jours tenu à Montréal les 3, 4 et 5 mai et faisant le point sur l’état des connaissances sur le béluga du Saint-Laurent que la nouvelle est tombée, prenant plusieurs spécialistes par surprise. Véronique Lesage, biologiste spécialiste des cétacés à Pêches et Océans Canada, a présenté les résultats de plusieurs années d’analyses sur les méthodes utilisées pour réaliser les inventaires de bélugas.
« Ces chiffres sont des estimations extrapolées à partir des bêtes qu’on arrive à voir et à compter, a-t-elle expliqué devant une centaine de spécialistes québécois s’intéressant au béluga. Les données actuelles permettent d’affirmer que nos extrapolations sous-estimaient de moitié environ le nombre d’individus. Ils ne seraient pas 900 comme on le disait depuis plus d’une décennie, mais plutôt 1850, avec une incertitude de plus ou moins 350. »
Cela ne signifie pas, comme l’ont souligné plusieurs chercheuses et chercheurs, que la population de bélugas a augmenté ; c’est plutôt notre façon d’estimer leur nombre qui a changé et s’est précisée.
Il faut dire que les petits cétacés blancs sont difficiles à recenser. S’ils viennent respirer de temps à autre à la surface, ils sont plus souvent qu’autrement en train de nager à une profondeur qui les rend invisibles dans les eaux brunes du fleuve.
Les estimations de populations de bélugas sont basées sur de nombreux éléments, notamment d’abondantes photos aériennes, des décomptes visuels lors de survols à basse altitude, le pourcentage de juvéniles parmi les 10 à 20 carcasses qui s’échouent chaque année sur les berges… De ces paramètres sont extrapolés les chiffres officiels. On vient donc de revoir la façon dont l’extrapolation doit être faite… et de réviser les inventaires à la hausse.
Une bonne nouvelle, mais…
« C’est une bonne nouvelle, estime Arnaud Mosnier, biologiste à Pêches et Océans Canada qui a participé à l’effort de recherche ayant permis l’obtention de ces résultats. Les bélugas sont encore exposés à plusieurs dangers mais, au moins, le nombre d’individus est plus éloigné qu’on le croyait du seuil en-dessous duquel l’espèce amorcerait un déclin sévère. Ça laisse un peu de marge de manœuvre pour la conservation. Sans compter qu’une population plus grosse voit diminuer les risques dus à la consanguinité et est plus résiliente, si une partie du groupe devait succomber à une maladie soudaine par exemple. »
Mais le canari du Saint-Laurent n’est pas tiré d’affaire pour autant : alors que l’incidence de cancer dans la population était la plus élevée connue chez des animaux sauvages dans les années 1980 et 1990, un problème maintenant réglé par la réduction des rejets de contaminants dans l’eau par les alumineries du Saguenay, ce sont maintenant les femelles qui meurent mystérieusement en pleine mise bas et les bébés de quelques jours qui sont anormalement nombreux parmi les carcasses échouées.
Le symposium de Montréal, organisé 35 ans après un premier forum international sur l’avenir du béluga qui avait eu lieu à Tadoussac en 1988, a permis aux expertes et experts de constater que la recherche scientifique est loin d’être terminée – seules les questions de recherche ont changé.