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25 août 2022
Temps de lecture : 3 minutes

À la découverte des plus vieux vêtements du monde

La robe Tarkhan, en lin, date de 3400 à 3100 avant notre ère. Elle a été trouvée dans un cimetière égyptien. Image : Musée Petrie d’archéologie égyptienne/University College de Londres

L’habit ne fait pas le moine, mais il révèle les secrets de nos ancêtres.

Des peaux de bête au chandail bedaine, les vêtements ont toujours occupé une place centrale dans toutes les sociétés, protégeant nos corps glabres du froid, du soleil et de la rudesse de la vie. Loin de n’être que fonctionnelle, la tenue vestimentaire joue mille rôles : parure, symbole d’appartenance, indicateur de statut et de fonction, signe politique ou religieux, accessoire de transgression sociale… De plus, l’histoire de notre garde-robe est étroitement associée aux découvertes (vers à soie, teintures), aux progrès techniques (rouet, métier à tisser) et chimiques (polyester, élasthanne).

Quoi de mieux, donc, que les vieux bas, les fonds de pantalons et les robes démodées pour raconter une époque passée ? Hélas, les vieux vêtements se conservent horriblement mal ! Pour se figurer la mode d’antan, les archéologues doivent généralement se contenter de dessins, de textes ou de témoins indirects, comme les nombreuses aiguilles retrouvées sur des sites préhistoriques. Ou encore de traces de pieds chaussés de mocassins datant de 30 000 ans, découvertes il y a peu dans la grotte de Cussac, en France. En 2021, on a aussi mis au jour dans une grotte marocaine 62 outils en os permettant de racler des peaux ; ils auraient entre 90 000 et 120 000 ans, ce qui en fait les plus anciennes preuves d’une activité de tannage chez Homo sapiens.

Mais ce sont surtout les textiles tissés ou tricotés, rarement préservés, qui captivent les archéologues. Ils témoignent d’un savoir-faire complexe et d’une utilisation créative des ressources. L’habileté à entortiller des fibres pour en faire des fils remonte à loin : une étude portant sur des fibres d’écorce, publiée en 2020 dans Scientific Reports, laisse entendre que les Néandertaliens maîtrisaient la technique, probablement pour fabriquer cordes et paniers.

Bouts de chiffons

Le record du plus vieux tissu est toutefois détenu par une étoffe trouvée dans les années 1960 à Çatalhöyük, un site néolithique turc considéré comme la première ville du monde. « Ce tissu n’est pas vraiment un vêtement : il était enroulé autour de la dépouille d’un enfant posée dans une corbeille et enterrée sous le sol de la maison, indique Antoinette Rast-Eicher, chercheuse à l’Université de Berne et spécialiste des fibres anciennes. Sa fonction avant ce rite funéraire n’est pas connue. »

Il date de 6700 à 6500 avant notre ère et en a long à dire. Alors qu’on présumait jusqu’ici qu’il s’agissait de lin, sa véritable nature vient d’être révélée par l’archéologue dans un article paru dans Antiquity. « C’est du liber [écorce interne] de chêne ; j’ai trouvé des restes de cellules perforées typiques de cet arbre », précise-t-elle.

Si la soie, la laine, le coton et le lin figurent au palmarès des fibres les plus tissées de l’histoire, chaque peuple a d’abord utilisé ce qu’il avait sous la main : outre le chêne, on a découvert du tissu à base de palmier fabriqué il y a 7 000 ans par les premières communautés en Floride ; des vêtements confectionnés avec des bananes sauvages en Mélanésie ; et d’autres probablement faits d’agave au Pérou. Quant aux Dorsétiens de l’île de Baffin, ils utilisaient des fils tressés et tissés, à base de fourrure et de tendons de lièvre et de bœuf musqué, bien avant l’arrivée des Européens.

Au-delà des fragments textiles, quelques pièces quasi complètes ont tout de même traversé le temps, à l’instar de la « robe Tarkhan » découverte en Égypte en 1913. Selon les datations au carbone 14 effectuées en 2015, l’étoffe en lin daterait de la Ire dynastie, soit il y a plus de 5 000 ans, ce qui en fait le plus vieux vêtement tissé jamais exhumé.

Autre trésor : le doyen des pantalons, trouvé à Yanghai, en Chine, sur un guerrier mort il y a 3 000 ans environ. Sa confection en laine est remarquable. Dans un article paru cette année en mars, des chercheurs de l’Institut archéologique allemand détaillent les quatre techniques de tissage et de tressage employées pour conférer au vêtement solidité aux genoux et élasticité à l’entrejambe. Fait intéressant, ces techniques provenaient de différentes régions d’Asie. À la croisée de plusieurs routes nomades, les tisserands de Yanghai ont su combiner des artisanats pour offrir la tenue idéale à leurs combattants, qui commençaient tout juste à guerroyer à cheval.

Il y a fort à parier que les 130 milliards de pièces de vêtements fabriquées chaque année de nos jours dans le monde n’auront pas autant de choses à raconter. Dommage pour les archéologues du futur !

Aiguilles mises au jour à Xiaogushan et Zhoukoudian Upper Cave, en Chine, et à Strashnaya Cave, en Sibérie, et datées entre 45 000 et 30 000 ans. Image: Francesco d’Errico, Luc Doyon, Malvina Baumann (Journal of Human Evolution, 2018)

Le pantalon de l’homme de Turfan est considéré par les archéologues comme un trésor du « patrimoine culturel mondial ». Image : Dominic Hosner/Institut archéologique allemand

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