Cette photo, prise le 3 juin 2023, montre les différents feux de forêt en activité au Québec. Photo: NASA Earth Observatory/Lauren Dauphin
Les feux de forêt du printemps 2023 ont déplacé des milliers de personnes en Abitibi-Témiscamingue et dans le Nord-du-Québec. Bien qu’impressionnants, ils demeurent dans la «variabilité naturelle», selon le spécialiste Yves Bergeron.
«Des feux de cette taille sont rares, mais ce sont ceux qui sont responsables de la plus grande superficie brûlée», fait valoir ce professeur en écologie et aménagement forestier à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue et à l’Université du Québec à Montréal , rappelant que bon an mal an, 5% des feux sont responsables de 95% de la superficie brûlée au Canada.
Le scientifique mentionne que le 20e siècle a été marqué par le déclin des feux de forêt enregistrés au pays, entre autres grâce à la mise sur pied de stratégies de suppression des feux — le travail d’arrosage ou de construction de pare-feux aujourd’hui réalisé par la SOPFEU au Québec —, mais surtout à cause du contexte climatique. Pour des cycles de feux particulièrement intenses, il faut plutôt regarder du côté des années 1910 et 1920 « et encore plus les 18e et 19e siècles », souligne M. Bergeron.

L’important nuage de fumée, provenant des feux de forêt au Québec, a enveloppé la ville de New York. Cet épais couvert de fumée a fortement dégradé la qualité de l’air. Photo: Wikimedia Commons/Anthony Quintano
Il note que la tendance devrait s’inverser d’ici 2100, moment où il devrait y avoir deux fois plus de feux et où la saison des feux de forêt devrait s’étirer de 40 jours — au Québec, on considère que la saison des feux dure généralement du début avril à la fin octobre. « On prévoit que de telles situations vont se produire plus fréquemment dans le futur, mais on ne peut pas affirmer que celle de l’année en cours [2023] soit due aux changements climatiques », assure-t-il.
Pour le professeur récipiendaire de nombreux prix, dont le prix Marie-Victorin pour ses travaux en sciences de l’environnement, la situation appelle cependant à des changements dès maintenant, notamment en aménageant mieux les zones habitées, par exemple en les éloignant des zones forestières. La Californie, une région dont le cycle de feu est de 25 ans, comparativement à 150-200 ans dans le nord-est de l’Amérique du Nord, qui comprend le Québec, a offert un aperçu des conséquences que les feux peuvent sur les milieux habités, illustre-t-il.
Une autre façon de contrer l’avancement des feux serait de creuser des tranchées, comme ce qu’ont fait plusieurs municipalités de l’Abitibi-Témiscamingue et du Nord-du-Québec au cours des dernières semaines. «Et si j’avais un chalet en plein milieu de la forêt, je mettrais du gravier sur bonne distance tout autour. Et après je planterais du gazon, qui va empêcher le feu», ajoute-t-il.