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11 janvier 2024
Temps de lecture : 2 minutes

Une avenue prometteuse pour contrer la dystrophie myotonique de type 1

Représentation artistique, à partir d’une image de fibres musculaires d’une personne atteinte de DM1, de l’effet négatif d’une cellule sénescente, au centre.

Une équipe transuniversitaire a découvert une avenue prometteuse pour épurer et « rajeunir » les muscles des personnes atteintes de dystrophie myotonique de type 1, une maladie génétique fréquente au Québec.

S’il y a une communauté qui comprend mieux que nulle autre l’importance d’unir ses forces, c’est bien celle des maladies rares. Et le Saguenay–Lac-Saint-Jean est un modèle en la matière. La région est mondialement connue pour son taux élevé d’affections génétiques, mais elle constitue surtout un laboratoire unique, où médecins, scientifiques et malades collaborent étroitement. Et la stratégie paie !

Les travaux d’Élise Duchesne et de Nicolas Dumont, publiés en juillet 2023 dans Nature Communications, l’illustrent bien : ils ont permis de dévoiler un nouveau mécanisme en cause dans la dystrophie myotonique de type 1 (DM1), de trouver un marqueur sanguin corrélé à la gravité des symptômes et de repérer dans la foulée un médicament potentiel ! « C’est un projet qui a roulé vite », se réjouit Nicolas Dumont, professeur à l’École de réadaptation de l’Université de Montréal.

La DM1 est une maladie neuromusculaire causée par une anomalie génétique bien connue. Elle affecte une personne sur 500 au Saguenay, contre une sur 8000 ailleurs sur la planète. Pouvant se manifester à n’importe quel âge, elle se traduit par une raideur et une fatigue des muscles d’intensité variable, et par toute une panoplie de symptômes cognitifs, digestifs, cardiaques…

« La DM1 est très difficile à étudier en raison de son hétérogénéité. Mais, ici, nous avons 450 patients tous suivis à la même clinique, ce qui est exceptionnel », explique Élise Duchesne, professeure en physiothérapie à l’Université du Québec à Chicoutimi. Cette cohorte est une mine d’or, avec sa foule de données cliniques et génétiques, d’échantillons sanguins et musculaires…

Le but des deux scientifiques et de leurs équipes respectives était de brosser le portrait des gènes exprimés dans les cellules souches musculaires, capables de régénérer les muscles, grâce à des techniques permettant d’analyser les cellules une à une. Résultat ? En cas de DM1, les cellules souches affichent plutôt un profil délétère… « De nombreuses cellules montrent une signature de sénescence », explique Nicolas Dumont.

Autrement dit, elles vieillissent avant l’heure, envoyant des signaux toxiques pour le muscle. « Des facteurs inflammatoires, notamment l’interleukine 6, sont fortement exprimés. Or, cette molécule avait déjà été mesurée par le passé dans les échantillons sanguins de la cohorte. Nous avons donc pu voir si ça avait une importance clinique », ajoute celui qui est aussi chercheur au CHU Sainte-Justine. La réponse est oui : plus l’interleukine 6 est élevée dans le sang, plus les symptômes sont graves, ce qui en fait un marqueur de choix pour évaluer le degré d’atteinte musculaire.

Ce n’est pas tout. « La découverte de ce mécanisme permet d’attaquer la maladie par une autre voie », souligne Élise Duchesne. L’équipe a testé plusieurs médicaments qui éliminent les cellules sénescentes et a retenu le plus prometteur. « Nous prévoyons étudier son efficacité sur des modèles animaux, et préciser le lien causal entre la sénescence des cellules souches et la pathologie », ajoute M. Dumont, en reconnaissant que la route est encore longue. Mais, encore une fois, l’union fait la force. « Nous avons la chance de travailler avec cette cohorte, très impliquée dans la recherche, et nous voulons aussi fédérer les meilleurs groupes scientifiques autour de nous ; la culture dans la recherche sur les maladies rares est basée sur le partage. »

Ont aussi participé à cette découverte : Talita Conte, Gilberto Duran-Bishop, Zakaria Orfi, Inès Mokhtari, Alyson Deprez, Isabelle Côté, Thomas Molina, Tae-Yeon Kim, Lydia Tellier, Marie-Pier Roussel, Damien Maggiorani, Basma Benabdallah, Severine Leclerc, Lara Feulner, Ornella Pellerito, Jean Mathieu, Gregor Andelfinger, Cynthia Gagnon, Christian Beauséjour et Serge McGraw (Centre de recherche du CHU Sainte-Justine, Université de Montréal, Groupe de recherche interdisciplinaire sur les maladies neuromusculaires au CIUSSS du Saguenay–Lac-Saint-Jean, Université du Québec à Chicoutimi et Université de Sherbrooke).

Photos: Yassine Ouhaddi ; Véronique Lavoie/CHU Sainte-Justine ; Amélie Fournier ; Pierre-Alexandre Paquet-Côté ; Maryline Bouchard

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