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14 juillet 2025
Temps de lecture : 3 minutes

Un musée de paléontologie québécois en quête de lieu d’exposition

Mario Cournoyer, paléontologue autodidacte, se passionne pour les fossiles depuis son enfance. Photo: Maureen Jouglain

Os de mammouth, moulage de trilobite géant, insectes préhistoriques… Une impressionnante collection sommeille dans un garage de Montréal, dans l’attente d’un local digne de ce nom.

Le garage de Mario Cournoyer a des airs de caverne d’Ali Baba. On y découvre des fossiles un peu partout, des microscopes et une multitude de livres illustrés. Un énorme fémur de mammouth posé sur une étagère donne le ton. Au total, plus de 80 000 fossiles sont entreposés à l’étroit dans cette arrière-cour de l’arrondissement du Sud-Ouest.

Depuis 2004, ce garage est au cœur d’un projet ambitieux : monter un musée d’histoire naturelle à Montréal. Pour porter cette mission, Mario Cournoyer a fondé le Musée de paléontologie et de l’évolution (MPE), un organisme qui rassemble une quarantaine de scientifiques et de bénévoles. Tous espèrent qu’un jour, la collection pourra être présentée dans un véritable lieu d’exposition – et qu’un bailleur de fonds ou un mécène rendra le projet pérenne.

Un projet de société

Ce fémur de mammouth vient de Russie. Il a été acquis par un collectionneur de Laval, puis donné au MPE. Photo: Maureen Jouglain

Tout démarre en 1995, sous l’impulsion de M. Cournoyer et de sa complice Nathalie Daoust, deux adeptes de paléontologie et membres de la Société de paléontologie du Québec. Après des années de fouilles partout en Amérique du Nord, le duo réalise qu’il a amassé plusieurs milliers de fossiles.

Il constate aussi que, même s’il existe des institutions comme le Musée Redpath de l’Université McGill, le Québec ne possède aucun musée national consacré à la paléontologie. « Notre but, c’est de ramasser des collections qui serviront de référence pour les fossiles québécois. Personne d’autre ne le fait », explique Mario Cournoyer, directeur général du MPE. Au fil des années, plusieurs scientifiques universitaires, collectionneurs, collectionneuses et autres passionnés se sont joints au projet.

La collection est composée en grande partie de fossiles d’invertébrés de l’Ordovicien, une période qui commence il y a 485 millions d’années, alors que les basses-terres du Saint-Laurent constituent le fond d’une mer tropicale et peu profonde.

À cette époque, les animaux n’avaient pas encore conquis la terre ferme, mais la vie marine foisonnait. Les trilobites, lys de mer, céphalopodes orthocônes, « un genre de pieuvre qui vivait dans une coquille conique », abondaient, aux côtés de spécimens plus familiers comme des éponges, des étoiles de mer et d’autres mollusques. Parmi les pièces maîtresses du musée figure la patte d’un euryptéride, redoutable scorpion de mer de l’époque, découverte dans les environs de Chambly.

Grâce à de nombreux dons, la collection s’est enrichie de fossiles venus d’ailleurs en Amérique du Nord et du monde. Certains proviennent d’anciennes collections universitaires, comme celle du Département de géologie de l’Université Concordia, récupérée après sa fermeture ; d’autres de collections privées.

« La plupart des musées québécois s’intéressent surtout aux vertébrés, souligne Alexandre Demers-Potvin, chercheur postdoctoral à McGill. C’est important d’avoir un lieu qui valorise aussi les autres formes de vie fossiles. »

Le jeune paléontologue s’est intéressé aux insectes fossiles de Scheffer­ville, une ville minière au cœur de la péninsule du Québec-Labrador. Il a mené une expédition en 2018 dans les anciennes mines de fer de la région. Après quatre semaines de fouilles, il a récolté avec son équipe plus de 300 spécimens. Dans un article publié en 2021 dans la revue Systematic Entomology, le chercheur a même décrit une nouvelle espèce de mante religieuse datant du Crétacé.

« Il n’y a pas de dinosaures au Québec, mais à Schefferville, on retrouve des insectes et des plantes de cette époque », explique-t-il. Des découvertes moins spectaculaires aux yeux du grand public, mais tout aussi précieuses pour la recherche. La plupart de ces fossiles sont aujourd’hui conservés au MPE.

Avenir incertain

Au fil des ans, le musée a organisé plusieurs expositions temporaires. Une collaboration avec le Biodôme, qui devait reproduire un écosystème du passé, a malheureusement été abandonnée. Aujourd’hui, la collection demeure inaccessible au public et aucun nouveau partenariat n’est établi.

Tous ces artefacts commencent à peser lourd sur les épaules de Mario Cournoyer. « Il ne faut pas que tout repose sur moi », confie celui qui reçoit encore régulièrement des dons de fossiles et dont le nom est associé au projet depuis maintenant 30 ans.

Certains fossiles de la collection sont des holotypes, c’est-à-dire des spécimens qui servent de référence dans la définition de nouvelles espèces. À ce jour, les paléontologues associés au MPE ont contribué à la description d’une vingtaine de nouvelles espèces à partir des fossiles du musée, citées dans la littérature scientifique !

Si ces découvertes font la fierté du directeur général, la responsabilité qui en découle est de taille. « Ces fossiles deviennent des jalons internationaux, si des gens trouvent des spécimens et qu’ils veulent les comparer avec l’holotype, il doit être disponible, explique Mario Cournoyer. C’est une grosse responsabilité et on est dans un garage ! »

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