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11 octobre 2022
Temps de lecture : 3 minutes

Les secrets que révèlent les animaux momifiés du Yukon

Nun cho ga, le bébé mammouth trouvé au Yukon. Image: Gouvernement du Yukon

Connu pour son or, le sous-sol du Yukon recèle d’autres trésors, qui font le bonheur des paléontologues.

Le 21 juin dernier, le jeune mineur d’or Travis Delawski creuse dans le pergélisol boueux à l’aide d’une chargeuse frontale à Eureka Creek, au sud de Dawson City, au Yukon, et heurte quelque chose d‘étrange. Une chose munie d’une trompe ! Il arrête de fouiller le sol et appelle son supérieur. À son arrivée, ce dernier découvre les restes « momifiés » d’un bébé mammouth laineux, le premier jamais mis au jour au Canada.

« Ce mineur a fait l’une des découvertes les plus importantes au pays », affirme Grant Zazula, paléontologue au gouvernement du Yukon. Il s’agit du plus jeune des trois bébés de cette espèce retrouvés entiers dans le pergélisol de la planète. Préservés par le froid, ces animaux conservent leurs poils, leur peau, leurs muscles, voire certains de leurs organes internes.

« Ce bébé mesure environ 1,40 m de long et les paléontologues pensent qu’il était âgé de 30 à 35 jours au moment de sa mort. Il a vécu il y a de 35 000 à 40 000 ans », indique le spécialiste. Il a été baptisé Nun cho ga par la communauté de Trʼondëk Hwëchʼin, mots qui signifient « gros bébé animal » dans la langue hän.

« Les géologues qui ont récupéré Nun cho ga ont vu un morceau de l’intestin de ce bébé mammouth avec des fragments d’herbe à l’intérieur, explique Grant Zazula. Cela donne une idée des derniers moments de sa vie. Le jeune mammouth était sûrement à quelques mètres de sa mère, puis il se serait aventuré un peu plus loin pour manger de l’herbe et pour boire et il se serait enlisé dans la boue, où il aurait trouvé la mort. »

Si la mise au jour de Nun cho ga a été un beau cadeau, les scientifiques s’attendent à d’autres découvertes. « Pour l’instant, nous n’avons pas trouvé de carcasse entière d’un mammouth laineux adulte dans le pergélisol yukonnais, mais nous ne désespérons pas », assure le paléontologue John Storer, directeur du patrimoine au ministère du Tourisme et de la Culture du Yukon.

Vers le futur

En raison de l’essor des activités minières, d’autres dépouilles pourraient-elles émerger ? Si les découvertes de momies congelées de mammifères du pléistocène (de -2,6 millions d’années à -11 700 ans) sont fréquentes en Sibérie, elles sont rares en Alaska et au Yukon. L’absence de forêt sur le territoire sibérien où des mammouths ont été trouvés facilite les choses.

Le personnel minier et des géologues ont tout de même déterré plusieurs animaux partiellement ou entièrement momifiés au Yukon. Dans les années 1990, des mineurs autochtones ont par exemple exhumé, près de Last Chance Creek, des pattes de chevaux vieilles de plus de 10 000 ans. « Des recherches génétiques sur l’ADN conservé dans les tissus mous ont permis aux scientifiques de conclure que ces chevaux préhistoriques étaient très proches de l’espèce actuelle », précise John Storer.

Le Musée canadien de la nature, à Ottawa, conserve dans ses collections un putois mâle entier découvert à Sixtymile en 1984 par un mineur alors que son chien commençait à gruger la queue de l’animal. Ce putois momifié est vieux de 40 000 ans.

En 2016, c’est un louveteau femelle qui a été identifié dans des gisements aurifères près de Dawson City. Daté d’environ 57 000 ans, il est lui aussi entier. C’est « la momie de loup préhistorique la plus complète connue, mentionne la professeure Julie Meachen, paléontologue à l’Université de Des Moines, dans l’Iowa. Tout ce qui manque, ce sont ses yeux. Nous pensons que la bête est morte instantanément à la suite de l’effondrement de la tanière où elle se trouvait ». Les analyses génétiques publiées par son équipe en 2020 ont montré qu’elle était proche des anciens loups russes et béringiens, mais pas des individus nord-américains actuels.

En 2016, des mineurs ont également déterré la moitié antérieure d’un caribou complètement momifiée datant de la même période.

Hormis ces rares et émouvants spécimens, ce sont surtout les fossiles qui caractérisent le territoire du Yukon, notamment les squelettes et défenses de mammouths. Ils ont été repérés il y a un peu plus d’un siècle, au cours de la ruée vers l’or. « Les fossiles de 62 espèces de mammifères datant de la dernière glaciation ont été découverts au Yukon, signale John Storer. Quelque 75 % de ces espèces sont d’origine eurasienne et les autres proviennent du sud de l’Amérique du Nord. Parmi ces mammifères, quelques-uns ont subsisté tels le loup, le caribou, l’orignal, le bison et le bœuf musqué. Mais la plupart ont disparu. »

Parmi cette faune d’un autre âge, on trouve le castor géant, qui atteignait la taille de notre ours noir, le lion d’Amérique, le chameau et le cheval du Yukon, le pécari à tête plate, le paresseux géant de Jefferson et le mastodonte américain. Voilà d’autres animaux qu’il serait fascinant de retrouver momifiés !

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