De la de pyrite trouvée à marée basse dans le fleuve Saint-Laurent. Image: Mélissa Guillemette
Dans les sols et montagnes du Québec, de magnifiques pierres fines se cachent. S’ils finissent rarement montés sur une bague, ces minéraux ne sont pas moins l’objet de convoitise.
Quand Jacques Cartier est passé devant les falaises de ce qui a plus tard été appelé Québec, il a cru apercevoir des diamants, d’où le nom donné au cap sur lequel s’élève la citadelle de la ville. Les reflets scintillants étaient finalement… ceux du quartz. C’est d’ailleurs de cette anecdote que vient l’expression Faux comme un diamant du Canada !
Le territoire québécois abrite néanmoins une multitude de pierres précieuses et semi-précieuses, qu’on appelle aujourd’hui pierres gemmes. Il y a même des diamants − et pas faux du tout ! Une seule mine est en activité présentement, la mine Renard dans les monts Otish, à 350 km au nord de Chibougamau. D’autres diamants ont aussi été découverts lors de travaux d’exploration dans les monts Torngat (baie d’Ungava), dans le secteur de Wemindji (baie James) et dans le Témiscamingue. Le diamant compte parmi les quatre pierres dites précieuses, avec le saphir, le rubis et l’émeraude.
Côté semi-précieux, « une mine d’agate et deux mines de quartz sont exploitées de façon artisanale et seulement durant une période bien définie de l’année », indique un porte-parole du ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles du Québec. Il s’agit de la Mine d’agates du mont Lyall, en Gaspésie, et des mines de quartz Cristal du lac, au Lac-Saint-Jean, et Mine Cristal, en Estrie, qui offrent des excursions ou leurs produits en boutique. Mais de l’Outaouais à la Côte-Nord, bien plus de pierres ont été trouvées par des prospecteurs, des collectionneurs ou des fonctionnaires : aigue-marine, tourmaline, jade néphrite, apatite, pyrope, labradorite, scapolite, gaspéite…
Mais d’abord que veulent dire ces termes précieux et semi-précieux sur le plan scientifique ? Rien du tout ! Ce sont avant tout des classifications pour l’industrie des pierres ornementales. Le cas du saphir est particulièrement éloquent. « Le vrai nom du saphir, c’est le corindon, un oxyde d’aluminium, explique Olivier Rabeau, conservateur du Musée de géologie René-Bureau de l’Université Laval. C’est le minéral le plus dur après le diamant. Dans sa version translucide et bleue, c’est le saphir. Dans sa version translucide et rouge, c’est le rubis. Et dans sa version brune et opaque, ça donne du papier sablé ! » Du corindon bleu a été découvert au Québec, mais il n’était pas suffisamment translucide et beau pour susciter un intérêt, dit le géologue.
Pour tailler de la pierre, la dureté est importante. La présence de plans de clivage dans le minéral est quant à elle nuisible. Ce sont des angles dans la pierre qui sont en quelque sorte prêts à casser. Olivier Rabeau en a un exemple à portée de main − son bureau a tout d’une galerie. « Ici, c’est de la fluorite. On voit des plans déjà dessinés dans la pierre. Si je la frappe, ça va probablement casser à ces endroits. Pour les tailleurs, cela ajoute un défi supplémentaire. Ils polissent la pierre avec une machine spéciale ; si le plan de clivage saute, ils perdent toute la face ! »
Côté minéral joli, le mont Saint-Hilaire est une Mecque. Il recèle plus de 400 minéraux. « Les collectionneurs japonais connaissent le mont Saint-Hilaire ! » assure M. Rabeau.
Les collectionneurs d’ici aussi, comme en font foi les morceaux de sérandite et d’analcime recueillis dans ce lieu par Lise Lepage et Denis Villeneuve, un couple de Québec qui se passionne pour les minéraux depuis 20 ans. Mais pour eux, tailler les cristaux revient à les gaspiller. Ils préfèrent les exposer dans leur salon et leur sous-sol dans des présentoirs soignés.
Ils ont trouvé eux-mêmes la plupart des éléments de leur collection. Leurs trouvailles locales préférées ? M. Villeneuve sort deux pièces de vésuvianite vert pomme ramassées à la mine Jeffrey, en Estrie, à une époque où elle était encore accessible. Mme Lepage attire plutôt notre attention sur des grenats vert émeraude originaires de la mine de Black Lake, dans la région de Chaudière-Appalaches, puis une pièce de pyrite étincelante, cueillie dans le fleuve, à Québec. « À marée basse, on fouille ! » mentionne-t-elle.
L’homme et la femme montrent une roche de la grosseur d’un boulet de canon récoltée à la mine Lyall. « Là-bas, vous ramassez [les boules] comme des pommes tombées à terre, dit Denis Villeneuve. Les petites, la plupart du temps, il n’y a rien dedans. Mais celle-là, c’en est une grosse. » De retour à la maison, ils l’ont coupée en deux pour y trouver une magnifique agate mauve. Pour eux, ce souvenir est un trésor.