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12 mai 2025
Temps de lecture : 4 minutes

Lectures, expos, balados : pour éveiller votre curiosité

Foules, océans, cerveaux, lichens… et même un épaulard vedette : notre chroniqueuse vous propose un tour d’horizon culturel aussi riche qu’inattendu.

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Foule surprenante

Capables du pire, comme du meilleur, les foules sont plus puissantes qu’on ne le croit. Tenez-vous bien : la force du nombre permettrait même de corriger… les erreurs individuelles ! L’exposition Foules, laboratoires humains présentée au Musée de la civilisation, à Québec, plonge au cœur de ce fascinant phénomène à travers une série d’expériences interactives. Conçue par la Cité des sciences et de l’industrie de Paris et adaptée pour le public québécois, l’exposition étudie la gamme d’émotions suscitée par les mouvements de masse. Puisque ces derniers sont aussi perceptibles dans le virtuel, l’expo aborde de front les opinions collectives et les débordements qu’elles peuvent engendrer. Foules permet une vibrante réflexion de groupe grâce aux recherches du scientifique en sciences cognitives Mehdi Moussaïd (que Québec Science avait interviewé en 2019). Commissaire de Foules, il est aussi le créateur de la chaîne YouTube Fouloscopie, dont l’expo s’inspire.

Foules : laboratoire humain, Musée de la civilisation, jusqu’au 30 août 2025. Mcq.org, et la chaîne YouTube de Mehdi Moussaïd).

LIRE

Réaction en chaîne

« Les survivants envieront les morts. » Cette phrase glaçante tirée de Guerre nucléaire : un scénario, d’Annie Jacobsen, continue de me hanter, plusieurs mois après l’avoir lue dans sa version originale. Dans cet essai captivant, la journaliste américaine, experte en sécurité intérieure, décrit minute par minute le déroulement d’une attaque nucléaire hypothétique lancée par la Corée du Nord sur les États-Unis. Les documents déclassés et les entrevues exclusives avec des sommités — physiciens nobélisés, ingénieurs nucléaires et anciens secrétaires de la Défense — lui permettent de dresser un tableau franchement terrifiant de la réponse militaire et des conséquences d’un tel cataclysme. Un gros canon qui a séduit le lectorat du New York Times et a même attiré l’attention du réalisateur Denis Villeneuve, qui y voit un potentiel cinémato­graphique digne des plus grands projets.

Guerre nucléaire : un scénario, par Annie Jacobsen, Denoël, 388 p.

 

Puissants vaga­bondages

Besoin d’un instant de poésie et de sensibilité ? Plongez sans plus tarder dans Les Actes inutiles, de Michel A. Bouchard, géologue et professeur retraité de l’Université de Montréal. Sous sa plume, une pause au son de la tondeuse du voisin devient une réflexion sur le temps et les grandes extinctions, tandis que l’expression « pour tout l’or du monde », chère à sa maman, se transforme en méditation sur les ressources (« qui ne se renouvellent plus une fois qu’on les a perdues. Ça m’inquiète »). Même l’achat d’un cerisier japonais l’amène à vagabonder sur les données recueillies depuis des millénaires pour mieux comprendre le rythme des saisons et les changements du climat. À travers son regard empli de sagesse experte, cet amoureux des chiffres invite à la curiosité, à « prendre soin », à savourer le moment. « On ne sait trop ni comment le temps passe ni pourquoi. On ne sait d’ailleurs pas très bien ce qu’est le temps. Chaque chose est donc éphémère, et c’est peut-être pour cela que je les compte. »

Les Actes inutiles, par Michel A. Bouchard, les Éditions du Boréal, 136 p.

 

Quand l’histoire surprend

Les récits fascinants du balado L’histoire ne s’arrête pas là, sur Radio-Canada OHdio, prennent une nouvelle vie dans un livre éponyme. L’animateur André Martineau y présente une douzaine de moments marquants de l’histoire québécoise, adaptés sur papier. Parmi ces récits enrichis de détails inédits, on retrouve celui consacré au sordide docteur Cream – un empoisonneur en série ayant étudié à l’Université McGill au 19e siècle – ainsi que celui sur l’expédition scientifique de 1964 à l’île de Pâques. Mené par une quarantaine de médecins et de scientifiques à bord d’un navire prêté par la marine canadienne, ce voyage a conduit à la découverte de la rapamycine, un composé bactérien aux propriétés immuno­suppressives révolutionnaires.

L’histoire ne s’arrête pas là, par André Martineau, éditions Hurtubise, 240 p.

 

Seuls, ensemble

En cette ère d’hyperconnexion, la solitude demeure un mal sournois et ravageur, au point d’être une préoccupation majeure en santé publique. Kristen Radtke, une journaliste américaine, explore ce paradoxe dans Seek You, une enquête illustrée qui mêle introspection et analyse sociale. Elle utilise la culture populaire, la recherche scientifique et les anecdotes personnelles pour dresser un portrait intime et captivant de la solitude moderne. Son approche créative donne à ce sujet une dimension profondément humaine. Seek You invite à une réflexion sincère sur un sentiment universel si souvent ignoré.

Seek You : un voyage dans la solitude contemporaine, écrit et illustré par Kristen Radtke, Québec Amérique, 352 p.

 

Bataille navale

Si de nombreux essais explorent les profondeurs des océans, La mer sans limites reste en surface – dans le sens propre du terme ! – sur 992 pages. Ce projet ambitieux, pour ne pas dire colossal, braque ses longues-vues sur l’histoire humaine et commerciale des océans à travers le rôle des marchands, des pirates et des explorateurs. L’historien britannique et professeur émérite d’histoire à l’Université de Cambridge David Abulafia surfe sur les trois principaux océans pour raconter une foule d’aventures, voguant entre les peuples, les conquêtes, les pratiques culturelles influencées par les ressources, l’émergence des cités portuaires et les nouveaux contacts civilisationnels. Cette fresque rigoureuse et foisonnante de détails est un véritable trésor pour les adeptes d’épaves et de navigation.

La mer sans limites : une histoire humaine des océans, par David Abulafia, Les Belles Lettres, 992 p.

 

REGARDER

Il était une fois… la Terre

Difficile d’imaginer à quoi ressemblait les premières secondes de la vie sur Terre, mais cette fresque documentaire de la BBC nous livre un scénario d’un réalisme saisissant. Et ce n’est pas tout : Les cinq vies de la Terre (Earth, en version anglaise) reconstitue la saga des 4,5 milliards d’années de notre globe en cinq captivants chapitres, de la jeune planète voilée de poussière et bombardée d’astéroïdes à l’émergence de l’humanité. Le documentaire nous transporte ainsi à travers une pléiade d’événements marquants comme la dislocation du supercontinent Rodinia, la glaciation de la planète en « Terre boule de neige », le verdissement par les cyanobactéries ou encore l’extinction de 90 % des espèces lors de la crise Permien-Trias, il y a environ 250 millions d’années. Grâce à des reconstitutions basées sur les connaissances scientifiques les plus récentes et à la contribution de plus de 200 scientifiques, ce panorama, digne des superproductions hollywoodiennes, met en lumière l’incroyable capacité de la Terre et de ses écosystèmes à se transformer. Popcorn!

Les cinq vies de la Terre (Earth, en version anglaise), vendredi 21 h sur ICI Explora dès le 2 février, en rattrapage sur l’Extra d’ICI Tou.tv.

 

Les temps fous

Certains films vous habitent longtemps, et Le temps, du scénariste François Delisle, est de cette trempe, car il résonne de façon troublante avec les tensions géopolitiques ambiantes. Sur fond de bouleversements mondiaux, on suit quatre personnages qui évoluent à différentes époques et sur différents territoires. Une jeune mère rongée par l’écoanxiété, un réfugié climatique, un agent de sécurité gouvernemental et une déserteuse se rebellent chacun et chacune à leur manière pour trouver un sens à leur vie dans un monde à la dérive. Comme dans son essai documentaire CHSLD, le réalisateur illustre cette fable environnementaliste en recourant à une technique de défilement d’images rappelant un diaporama. Une œuvre expérimentale saisissante, qui secoue et reste en tête.

Le temps, de François Delisle, en français, en anglais et en russe, d’une durée de 1 h 34 min. En salle.

Vert l’avenir

Les bioénergies et biocarburants figurent parmi nos meilleurs alliés pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Dans sa série Décarboner autrement, Savoir média explore les défis liés à ces solutions vertes en compagnie d’une vingtaine de spécialistes. Ils vulgarisent la nature des différentes bioénergies et les défis de l’industrie et rappellent surtout l’urgence d’accélérer cette transition.

Décarboner autrement, sur Savoir média, 6 épisodes de 20 minutes, savoir.media.

 

ÉCOUTER

Bien dans sa tête

Chaque cerveau est unique… et parfois particulièrement étonnant. Ainsi, alors que certaines personnes voient des couleurs particulières en entendant des chiffres, d’autres entretiennent des discours intérieurs ou ont une mémoire phénoménale. Dans tous les cas, le fonctionnement de notre matière grise émerveille les autrices Maude Nepveu-Villeneuve et Catherine Ouellet-Cummings. Elles ont fait de diverses expériences liées aux phénomènes neurologiques le cœur de leur balado, Le projet des cerveaux. Elles explorent ainsi les sujets de l’hypersensibilité, des souvenirs et de la synesthésie dans une première saison truffée de sympathiques discussions et de témoignages éclairants.

Le projet des cerveaux, environ 30 minutes par épisode, sur votre plateforme de baladodiffusion préférée.

 

Mon ami Keiko

Avec sa série de balados The Good Whale, Serial Productions s’écarte ici du true crime pour raconter l’expérience scientifique sans précédent ayant mené à la réhabilitation en nature de Keiko, épaulard vedette du film Mon ami Willy (1993). Captif depuis l’âge de deux ans, Keiko a vécu dans des aquariums jusqu’à ce que les fans du film réclament que la tête d’affiche puisse elle aussi connaître une fin heureuse hollywoodienne. Ne sachant ni s’alimenter seul ni rester de longues minutes sous l’eau comme ses congénères à l’état sauvage, l’épaulard domestiqué, malade et amaigri, a dû suivre un véritable entraînement militaire afin d’acquérir les compétences nécessaires à sa survie en mer. Ce bouleversant récit retrace son périple de son bassin du Mexique à une baie de Norvège. Les témoignages des biologistes et entraîneurs impliqués dans sa remise en liberté permettent de percevoir toute la complexité d’une telle entreprise et les dilemmes éthiques liés à la réhabilitation d’animaux en captivité.

The Good Whale, par Serial Productions et le New York Times, en anglais et en espagnol. Sur votre plateforme de baladodiffusion préférée.

S’ÉGARER

Petite vite

En avion, si vous préférez scruter la carte du suivi du vol plutôt que de planer sur le gros navet cinématographique de l’été d’avant, l’appli Flyover Country devrait vous séduire. Elle indique les points d’intérêt géographique (glaciers, sites de fossiles, montagnes) situés à 35 000 pieds sous vos pieds, en se servant de vos coordonnées GPS. Le tout en temps réel. Elle propose aussi des itinéraires pour les escapades en voiture et les randonnées, suggère des arrêts excitants et offre même des articles pour enrichir le parcours de faits intrigants. L’appli a été lancée il y a quelques années, mais elle reste incontournable. Après tout, les montagnes ne bougent pas trop vite !

Flyover Countryflyovercountry.io, gratuit.

 

SE BRANCHER

En filigrane

L’équipe d’Unpointcinq, reconnue pour son journalisme de solutions axé sur l’action climatique, a lancé FAIT QUE, une rafraîchissante plate-forme sur la culture et l’art de vivre. Dans la veine de ce que fait Rad, FAIT QUE propose des reportages sur des sujets touchant spécialement les 18-35 ans (mais pas que !), allant de la musique québ à l’économie et la mode, dans un format prêt à consommer sur son cellulaire. Si le climat n’est pas l’angle principal des topos, il est en filigrane, ce qui donne une couleur fort originale à ses entrevues avec les artistes.

FAIT QUE, faitque.ca, @faitque_ sur Instagram, unpointcinq.ca.

CONSULTER

Magiques et robustes

Ils colonisent autant les roches que les filets de basketball, survivent à des températures jusqu’à -196 °C et font de la photo­synthèse sous la neige. Eux, ce sont les lichens, des organismes résilients qui gagnent à être connus ! Les rois des forêts des hautes latitudes ont enfin droit à un ouvrage de référence. Lichens du Québec nordique ouvre une fenêtre sur la singularité de ces organismes, fruits de la symbiose entre un champignon et une algue. Le document collige 250 espèces de chez nous. Épatez la galerie lors de votre prochaine rando en ajoutant au répertoire de vos connaissances tout l’éventail des taxons du genre Cladonia !

Lichens du Québec nordique, par Catherine Boudreault, Kim Damboise et Serge Payette, Presses de l’Université Laval, 430 p.

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